« Que cherchez-vous ? » (Jean 1.38)

 Jean 1.6-39

6 Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean. 7 Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

9 Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. 10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue. 11 Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue. 12 Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. […]

29 Le lendemain, il voit Jésus qui vient vers lui et il dit : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30 C’est de lui que j’ai dit : “Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était.” 31 Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c’est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. » 32 Et Jean porta son témoignage en disant : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. 33 Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a dit : “Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” 34 Et moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu. »

35 Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. 36 Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : « Voici l’agneau de Dieu. » 37 Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus. 38 Jésus se retourna et, voyant qu’ils s’étaient mis à le suivre, il leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Rabbi – ce qui signifie Maître –, où demeures-tu ? » 39 Il leur dit : « Venez et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là ; c’était environ la dixième heure.


L’événement qui marque cette rencontre entre Jésus et Jean au bord du Jourdain dans l’évangile de Jean n’est pas le baptême comme dans les 3 autres évangiles, mais la rencontre entre Jésus et ses deux premiers disciples. Jean dit le baptiseur est le témoin de cette rencontre.

Jésus, le « people » de la religion chrétienne ?

La première chose que précise ce « témoin de la lumière » qui est Jean le baptiseur, c’est que Jésus vient comme un inconnu au milieu de la foule (v.10-11). On attend un sauveur aux qualités évidentes, investi d’un programme messianique fort, un président ! Mais c’est un homme parmi les hommes qui arrive. Pas de naissance miraculeuse dans l’évangile de Jean, pas de baptême fondateur, pas même d’institution de la Sainte-Cène. L’attente religieuse peut être déçue, elle qui se laisse plus facilement convaincre par la puissance, les miracles, les rituels. En ce sens, l’évangile de Jean est une contestation radicale de la religion. Et la religion, en réponse à cette contestation, clouera le Christ sur la croix. Et depuis ce sombre vendredi où le Christ meurt en contestant le monde des religions, une nouvelle religion est née. Elle s’empressera de déclarer « saint » le vendredi de la mort, elle s’appelle le christianisme ! Ce christianisme qui a besoin à nouveau d’être contesté, bousculé, réveillé par l’Evangile lui-même, par la Parole faite chair, pour qu’il ne se réduise jamais à une simple variante religieuse parmi d’autres. Le protestantisme est sans doute dans l’histoire l’expression de contestation la plus frontale de la religion chrétienne. Il ferait bien de s’en souvenir au moment où il fête cette année les 500 ans de sa Réforme.

Telle est la prédication de Jean le baptiseur : Celui qui vient n’est pas spectaculaire. Dans le grand concert des religions, il ne se trouve pas sur scène mais au milieu de la foule.

Trois mots, une prédication !

La seconde chose que l’on peut dire à propos du Christ johannique, c’est qu’il n’est pas un prédicateur bavard. Avez-vous repéré le nombre de mots qu’il prononce dans son premier sermon ? « Que cherchez-vous ? Venez et vous verrez ». Trois verbes.

La première parole de Jésus interroge notre quête religieuse. « Que cherchons-nous ? » Une religion à même d’apaiser notre angoisse devant l’apparence de vide et de chaos de notre monde ? Un opium qui nous dispenserait de penser et de questionner ? « Que cherchez-vous ? » Vous, les catholiques, dans vos rituels et vous, les protestants, par cet intellectualisme qui complexifie sans fin et vous encore les évangéliques avec vos réponses sans questions ? Qu’êtes-vous venus chercher chers amis en venant ici que vous ne possédiez déjà ? Des évidences religieuses, des confirmations de ce que vous croyez déjà ? Que cherchez-vous ?

L’appel d’air

Jésus ne dit pas expressément ici ce qu’il vient montrer, mais il y a quelque chose dans son attitude qui peut nous mettre sur la piste.

Le texte précise que « Jean se tenait là » (v.35) alors que Jésus lui « vient, marche et se retourne ». Jean le baptiseur est un point fixe sur la carte de l’évangile. Fixe comme la tradition prophétique d’Israël arrivée avec lui à son terme. Jean est planté comme un poteau de signalisation au bord de la route. Il montre celui que l’on attend mal, celui que l’on ne voit pas, marchant au milieu de la foule. S’il crie (1.23), c’est parce qu’il a peur qu’on confonde une fois de plus foi et religion, mouvement et tradition, vie et dogme !

En Christ seul, se trouvent le mouvement, la foi et la vie. Jean est le témoin. Cet appel d’air vient de l’Esprit.

L’Esprit qui descend sur Jésus comme une colombe, nous parle de l’identité du Christ. Il est et restera cet homme en mouvement, cet homme libre : libre d’aimer n’importe qui, de contester n’importe quoi, en particulier l’injustice et l’hypocrisie religieuse. Il est celui qu’inspire l’Esprit, cet Esprit qui donne des ailes à la liberté humaine et dont personne ne peut dire d’où il vient ni où il va. Le Christ est d’abord cet homme aux semelles de vent pour reprendre l’expression de Verlaine à propos de Rimbaud.

C’est toujours le moment !

Notez que Jésus passe deux fois au Jourdain, deux jours de suite au même endroit. Ignorons donc la prédication des évangélistes de la peur qui présentent le salut comme un train qu’il ne faut pas manquer au risque d’aller en enfer. Jésus passe et repasse. Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. Avec Christ, c’est toujours le moment !

Deux hommes veulent le suivre maintenant (v.37). Deux hommes épris à leur tour de liberté, de justice et de vie veulent venir et voir. Jésus se retourne. J’aime cet arrêt, ce mouvement qui s’interrompt, ouvrant un espace de rencontre et d’intimité. « Se retourner » est le même verbe pour dire « se convertir ». Le Christ à chaque rencontre se déplace lui-même vers l’inconnu, acceptant le risque lié à toute rencontre. Il n’est pas ce maître impassible qui enseigne et passe son chemin. Jésus en se retournant vers nous, s’expose, se fragilise, découvrant l’étendue et la profondeur de sa mission, effacer notre péché au prix de sa vie.

On passe à table ?

Jean par deux fois reconnaît en Jésus « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (29, 36). En disant cela, il discerne l’essentiel. Souvenez-vous de l’agneau pascal dans la nuit qui précède la sortie d’Egypte… Dans le livre de l’Exode, cet agneau n’est pas destiné à être sacrifié à Dieu, mais à être mangé pour prendre des forces avant le départ.

Jésus est l’agneau qu’il nous faut symboliquement manger ensemble pour que sa vie devienne notre vie, ses paroles nos paroles, sa contestation notre contestation, son amour notre amour, son Esprit notre esprit, sa liberté notre liberté ! Par lui nous sommes invités à faire l’expérience intérieure la plus exaltante qui soit : échapper au règne de la culpabilité et naître à la liberté. Il ôte non seulement le péché, mais l’œuvre du péché en nous qui est de nous enfoncer, de nous écraser jusqu’à la désespérance. Vivre dans cette liberté nouvelle, n’est-ce pas cela demeurer en Christ ? Quelle merveille que la découverte de Jean le baptiseur pour nous : Jésus, Verbe et agneau de Dieu pour l’apaisement de notre faim et la libération de nos peurs. AMEN !

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A propos Pierre Lacoste

Pasteur de l'Eglise Protestante Française de Beyrouth depuis juillet 2013
Pour marque-pages : Permaliens.

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