« Le bonheur n’est pas dans le pré (Méditation d’Exode 15.22-16.18)

Exode 15

22 Moïse fit partir Israël de la mer des Joncs et ils sortirent vers le désert de Shour. Ils marchèrent trois jours au désert sans trouver d’eau. 23 Ils arrivèrent à Mara, mais ne purent boire l’eau de Mara, car elle était amère – d’où son nom « Mara ». 24 Le peuple murmura contre Moïse en disant : « Que boirons-nous ? » 25 Celui-ci cria vers le SEIGNEUR et le SEIGNEUR lui indiqua un arbre d’une certaine espèce. Il en jeta un morceau dans l’eau, et l’eau devint douce.

C’est là qu’il leur fixa des lois et coutumes. C’est là qu’il les mit à l’épreuve.

26 Il dit : « Si tu entends bien la voix du SEIGNEUR, ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements, si tu gardes tous ses décrets, je ne t’infligerai aucune des maladies que j’ai infligées à l’Egypte, car c’est moi le SEIGNEUR qui te guéris. »

27Ils arrivèrent à Elim : il y a là douze sources d’eau et soixante-dix palmiers. Ils campèrent là, près de l’eau.

Chapitre 16

1 Ils partirent d’Elim, et toute la communauté des fils d’Israël arriva au désert de Sîn, entre Elim et le Sinaï, le quinzième jour du deuxième mois après leur sortie du pays d’Egypte. 2 Dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël murmura contre Moïse et Aaron. 3 Les fils d’Israël leur dirent : « Ah ! si nous étions morts de la main du SEIGNEUR au pays d’Egypte, quand nous étions assis près du chaudron de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour laisser mourir de faim toute cette assemblée ! »

4 Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Du haut du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour la ration quotidienne, afin que je le mette à l’épreuve : marchera-t-il ou non selon ma loi ? 5 Le sixième jour, quand ils prépareront ce qu’ils auront rapporté, ils en auront deux fois plus que la récolte de chaque jour. »

6 Moïse et Aaron dirent à tous les fils d’Israël : « Ce soir, vous connaîtrez que c’est le SEIGNEUR qui vous a fait sortir du pays d’Egypte ; 7 le matin, vous verrez la gloire du SEIGNEUR, parce qu’il a entendu vos murmures contre le SEIGNEUR. Nous, que sommes-nous, que vous murmuriez contre nous ? » –  8 Moïse voulait dire : « Vous la verrez quand le SEIGNEUR vous donnera le soir de la viande à manger, le matin du pain à satiété, parce que le SEIGNEUR a entendu les murmures que vous murmurez contre lui. Nous, que sommes-nous ? Ce n’est pas contre nous que vous murmurez, mais bien contre le SEIGNEUR. »

9 Moïse dit à Aaron : « Dis à toute la communauté des fils d’Israël : Approchez-vous du SEIGNEUR, car il a entendu vos murmures. » 10Et comme Aaron parlait à toute la communauté des fils d’Israël, ils se tournèrent vers le désert : alors, la gloire du SEIGNEUR apparut dans la nuée.

11 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 12 « J’ai entendu les murmures des fils d’Israël. Parle-leur ainsi : Au crépuscule, vous mangerez de la viande ; le matin, vous vous rassasierez de pain et vous connaîtrez que c’est moi le SEIGNEUR, votre Dieu. » 13 Le soir même, les cailles montèrent et elles recouvrirent le camp ; et le matin, une couche de rosée entourait le camp. 14 La couche de rosée se leva. Alors, sur la surface du désert, il y avait quelque chose de fin, de crissant, quelque chose de fin tel du givre, sur la terre. 15 Les fils d’Israël regardèrent et se dirent l’un à l’autre : « Mân hou ? » (« Qu’est-ce que c’est ? »), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le SEIGNEUR vous donne à manger. 16 Voici ce que le SEIGNEUR a ordonné : Recueillez-en autant que chacun peut manger. Vous en prendrez un omer par tête, d’après le nombre de vos gens, chacun pour ceux de sa tente. » 17 Les fils d’Israël firent ainsi ; ils en recueillirent, qui plus, qui moins. 18 Ils mesurèrent à l’omer : rien de trop à qui avait plus et qui avait moins n’avait pas trop peu. Chacun avait recueilli autant qu’il pouvait en manger.

On dit que râler en France est un sport national. C’est vrai ! Mais au championnat du monde, en finale,  il faudra se méfier des Hébreux ! Quel mauvais coucheur que ce peuple d’Israël (« murmurer » en hébreu vient d’un verbe qui veut aussi dire « passer la nuit, loger » !). A peine est-il délivré de ses vieux esclavages qu’il rêve déjà d’y revenir. Pourquoi faut-il passer par ce maudit désert ? Que peut-on bien apprendre d’une pareille traversée ?

Franchement, il y a de quoi !

Il est bien difficile de s’élever à la hauteur des destins auxquels nous sommes appelés… Les visions, les appels, les promesses c’est très beau, mais ça ne nourrit pas son homme !

Trois jours seulement qu’Israël a traversé la mer à pied sec et déjà la mélodie du cantique de Moïse est oubliée (15, 1-21). Il fait chaud, il fait faim et soif. Israël entonne alors un autre genre de cantique, une complainte : « Et le peuple murmura… ». Ce verbe apparaît huit fois dans le livre de l’Exode dans le sens de contester, maugréer. Il faut dire qu’il y a de quoi : au lieu de les faire entrer en terre sainte par la route du littoral, à trois jours de marche, Dieu, sous prétexte de leur éviter le découragement, leur a indiqué la route du Sinaï (Ex 13.17) ; la route de la soif, de la faim. Une route vers nulle part…

Que celui qui n’a jamais maugréé contre Dieu ou son prochain jette donc la première pierre ! Nous trouvons Israël indigne de son appel ? « Ah ! pensons-nous, si nous avions vu la mer grande ouverte, pris le chemin de la liberté, marchant derrière la nuée… Aurions-nous osé murmurer ? »

Et bien oui, je vous l’assure, nous aurions maugréé tout notre soûl, comme les Hébreux, parce que ces récits ne nous racontent pas l’histoire des autres, la nullité des autres mais bien la nôtre. Oserais-je demander à quand remonte notre traversée de la Mer Rouge ? Avons-nous, ne serait qu’un jour, pris le moindre risque au nom de notre foi en Dieu ? A bien y regarder, nos petits inconforts de vie d’Eglise, arrivent-ils à la cheville des angoisses ressenties par Israël perdu dans ce désert hostile ?

Au fil des années de vie chrétienne, nous sommes devenus les champions toute catégorie du murmure en Eglise. Et franchement, il y a de quoi ! Nous avons toutes les raisons du monde de râler. Qu’est-ce qui nous a donné un pasteur aussi nul ? Un synode aussi nul ? Des frères et des sœurs aussi inconséquents, si peu cultivés, si peu aimants, si peu généreux, si peu, si peu…

Changer de regard

Ce récit nous présente quelque chose de très étonnant. A l’ingratitude Dieu répond par le don. A chaque murmure, chaque mouvement de contestation, il apaise les manques, comble les attentes : de l’eau, du pain, des cailles, des palmiers et des sources (12 pour ne pas faire de jaloux ! 15.27). Au lieu de serrer la vis, de prêcher l’austérité et l’éducation à la dure, Dieu offre un moment de répit et rend l’espoir.

Ne serait-ce pas là une invitation à changer de regard sur les épreuves de la vie ? L’épreuve est clairement ici un chemin vers la bénédiction. Comment connaîtrions-nous l’intense plaisir que procure l’étanchement d’une soif de trois jours si le désert n’existait pas ? Comment ferais-je l’expérience de la réconciliation si en chemin je ne rencontrais aucun adversaire ? Ce frère, cette sœur qui m’agace comme un jour de canicule sans eau ni air conditionné, n’est-il pas en même temps l’oasis où je suis appelé à me désaltérer ?

Au plus fort de l’épreuve, Dieu invite Israël à une orientation de son regard : « Et comme Aaron parlait à toute la communauté des fils d’Israël, ils se tournèrent vers le désert : alors la gloire du Seigneur apparut dans la nuée » (16.10).

Regarder vers le désert et non vers un monde idéal, aseptisé d’où l’épreuve, l’adversité et la mort seraient exclues ; faire face au chemin que Dieu place devant nous pour nous y réaliser dans les larmes et dans la joie : c’est cela contempler la gloire de Dieu ! Une gloire qui ne se révèle pas dans l’évitement des difficultés mais dans l’engagement au cœur même des réalités.

Avec Dieu, le bonheur n’est pas dans le pré, il est au désert, là où nous attendent de rudes combats autant que de sources merveilleuses.

 


 

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A propos Pierre Lacoste

Pasteur de l'Eglise Protestante Française de Beyrouth depuis juillet 2013
Pour marque-pages : Permaliens.

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