« Laudate Dominum ! » Méditation du Psaume 147

« Louez le Seigneur, car un Psaume c’est bon ! » (v.1)

C’est ainsi que la Vulgate, version latine de l’Ancien testament traduit le 1er  verset du Psaume 147. Oui, psalmodier, pour Israël comme pour nous, c’est bon pour tout : pour le moral et pour la santé (v.3), pour la prospérité (v.7-9), pour la paix dans le monde (v.12-14) !

La prospérité ? Mot suspect s’il en est aujourd’hui ! Quand elle s’érige en théologie, la doctrine de la réussite du juste devient en effet une aberration. Mais ici la prospérité est fruit de la chanson et non de la rectitude doctrinale ou de la justice personnelle (nationale). Chante, loue (v.1, 7, 12) ! L’invitation à la joie rythme ce psaume comme toute existence qui se fonde sur Dieu (pas uniquement Jérusalem ; v.2). Oui, investis dans l’inutile, le beau, le simple, le mélodieux et ta vie sera pleine de bénédictions à commencer par celle d’être gai comme un pinson. (« Gais comme des pinson et beaux comme des dieux ») !

Allahu akbar !

Dieu est grand ! Ce sont les premiers mots du muezzin quand il appelle les musulmans à la prière. Ce sont aussi (d’abord !) les mots des psaumes de la Bible : Dieu est grand (48.1 ; 77.13 ; 95.3 etc.)! Mais il est grand comment selon la Bible ? De quelle nature est cette grandeur ? Au service de quoi est-elle utilisée ici ?

A chaque affirmation de l’infinie puissance de Dieu correspond une application précise.

Aux versets 5 et 6, le Seigneur est grand et, comme pour le prouver, il réconforte les humbles. Aux versets 8 et 9, le Seigneur est le maître de la pluie, source de toute vie au Proche Orient. Cette puissance est mise au service du bébé corbeau, autrement dit, de ce qui existe ici-bas de plus insignifiant. Encore aux versets 10 et 11, le Dieu grand méprise le langage de la force et les défilés militaires (v.11, litt. Il ne s’intéresse pas aux jambes et aux cuisses), mais il s’émeut de la foi, de l’espérance et de l’amour.

Et quand enfin la force du Dieu protecteur d’Israël est chantée (v.12-14), ce n’est pas pour l’annexion de territoires voisins mais pour l’établissement de la paix aux frontières (et donc de frontières justes) ; ce n’est pas pour l’occupation mais pour l’ouverture, l’échange et la fraternité des peuples.

Dieu est grand en ce sens qu’il déploie des trésors d’intelligence pour aimer, protéger et pacifier les hommes. Celui qui a donné à chaque étoile un nom (v.4), n’a pas d’autre préoccupation que l’humain dans son infinie fragilité. Dieu est grand parce qu’il connaît chacun de nous mieux encore qu’il ne connaît le cosmos. La toute-puissance du Dieu de l’univers, c’est l’arme absolue de son amour, le bras étendu de sa tendresse envers nous.

Une parole qui souffle le froid et le chaud (15-18)

Cet ensemble 15-18 peut être entendu de plusieurs manières. Premièrement, par sa parole, Dieu crée et maintient l’univers. Il commande à la pluie et à la neige, et les hauts sommets de l’Hermon revêtent un blanc manteau, signe que le Jourdain sera gros au plus chaud de l’été et que les récoltes seront abondantes. Du Mont Sion jusqu’au Mont Liban résonnent alors les cris de joie et de reconnaissance au Dieu créateur.

Mais l’on peut aussi entendre ces versets de façon plus théologique. Israël a reçu la parole de Dieu (19-20). Cette préséance, ce privilège devraient susciter chez lui au moins autant la reconnaissance que la responsabilité. On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné (Luc 12.48).

Israël est prévenu : cette parole dont il est récipiendaire souffle le chaud et le froid ! Non qu’elle dise une chose et son contraire (quoique les contradictions dans les saintes Ecritures ne manquent pas!), mais elle va se faire tour à tour message de jugement (la glace) et de salut (le feu, l’Esprit), ceci, tant pour les ignorants que pour les possédants.

Après avoir figé les hommes dans la glace d’un verdict sans appel, voici que la chaude haleine du Seigneur passe, réanimant tout sur son passage, c’est le temps de célébrer le Dieu du salut ! Dieu, par la bouche de Jean-Baptiste sur les rives du Jourdain, n’a-t-il pas promis pour chacun d’entre nous un baptême d’Esprit et de feu (Mat 3.11) ?

Seigneur, que coure ta parole sur la terre pour le salut du monde et pour notre joie ! Laudate Dominum !

Print Friendly, PDF & Email

A propos Pierre Lacoste

Pasteur de l'Eglise Protestante Française de Beyrouth depuis juillet 2013
Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*