J’entends des voix pas vous ? (Romains 5.1)

« Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Rom 5.1)

1 Ainsi donc, justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ; 2 par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu. 3 Bien plus, nous mettons notre fierté dans nos détresses mêmes, sachant que la détresse produit la persévérance, 4 la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l’espérance ; 5 et l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. 6 Oui, quand nous étions encore sans force, Christ, au temps fixé, est mort pour des impies. 7 C’est à peine si quelqu’un voudrait mourir pour un juste ; peut-être pour un homme de bien accepterait-on de mourir. 8 Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. 9 Et puisque maintenant nous sommes justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère. 10 Si en effet, quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. 11 Bien plus, nous mettons notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation. »


Le fondement de la foi chrétienne est posé. Fallait-il encore le découvrir en ces temps obscurs où la lumière de l’évangile, sa gratuité, sa puissance libératrice, était mise sous le boisseau de la religion des œuvres. Luther dans le sillage et sous la plume de Paul trouve réponse à ses questions. Les tourments de son âme se dissipent aussitôt. Il se sent, il se sait désormais justifié par la foi.

J’entends des voix…

Un long chemin précède cette illumination. Nos bonnes œuvres aident-elles peu ou prou à notre salut ? Que nenni !

Livrés à notre seule perception de Dieu et de nous-mêmes, nous sommes écartelés entre deux voix intérieures.

La première parle avec assurance et affirme que nous ne serons jamais à la hauteur : « Bon ? Tu ne seras jamais assez ! Ni fidèle, ni généreux, ni joyeux, ni pur, pour entrer dans le Royaume de Dieu. »

L’autre voix se veut plus modérée, se montre positive : « Si tu n’es pas assez, tu es quand même un peu ! On ne sait jamais, essaie quand même d’être bon. Si le bon Dieu te voit, comment ne s’attendrirait-il pas de tes efforts et ta bonne foi ? »

Et nous voici aussitôt relancés dans la course au salut ! Mais à peine avons-nous repris notre élan que l’autre voix interrompt sur un ton à couper le souffle : « Tu crois que ton image sera meilleure aux yeux de Dieu parce que tu as donné à manger à ceux qui ont faim ?  A ce propos, as-tu donné de ton superflu ou de ton nécessaire ? En fait, sous prétexte d’aider les autres, c’est toi que tu valorises, c’est de reconnaissance dont tu es épris, de justification. Humanité, altruisme, générosité, tout cela n’est qu’égoïsme qui ne dit pas son nom ! » N’avez-vous jamais entendu ces deux voix en vous se disputer le dernier mot ?

Une troisième voix !

A leur manière Paul et Luther ont été les chanteurs virtuoses de ces partitions-là.  Paul, le pharisien, le performer inégalable de la loi (Phil 3.6), persuadé qu’au bout de la justice personnelle se trouve la récompense. Luther, l’angoissé, le coupable inconsolable, anéanti par le bilan accablant de ses piteuses tentatives… Pour lui, Dieu est hors d’atteinte dans son exigence de justice et de sainteté.

La Bonne Nouvelle, pour Paul, Luther et tous les autres, c’est l’émergence d’une troisième voix. Elle fait taire définitivement les deux autres. Elle dit : « Je te rends juste par le moyen de la foi ».

Croire ou avoir la foi ?

Avant de sauter de joie, il nous faut bien comprendre ce que suggère la formule … Qu’est-ce que la foi ? Est-elle un acte (au sens juridique) que nous pourrions faire valoir, une subtile indulgence ? Est-elle une aptitude personnelle, une qualité, ou une performance religieuse qui nous vaudrait d’être sauvé ? Ce serait là encore l’œuvre subtile et perverse des voix intérieures, tantôt pour nous accuser de manquer de foi, tantôt pour nous imposer la foi comme un dogme à posséder, un bien à conquérir. La foi évangélique est ailleurs. Elle est don de Dieu (Eph 2.8-9). Pourrait-on faire valoir ce qui n’est pas à nous ?

La foi, c’est la réalité la plus simple qui soit. Elle naît de l’écoute confiante, de l’abandon de nos défenses, de l’accueil sans réserve d’un ami. Croire, c’est dire : « oui ! » à Celui qui me dit : « Je t’aime ! ». Christ est le cadeau d’amour que Dieu me fait.

Les cadeaux nous embarrassent toujours un peu… Nous nous sentons en dette et nous n’aimons pas cela. Mais devant Dieu nous ne sommes pas seulement redevables, nous sommes aussi insolvables ! Aucune vie, la meilleure soit-elle, ne sera jamais assez longue, assez profonde et parfaite pour satisfaire l’exigence divine de la justice !

Prenez donc ce cadeau sans vous poser de questions ! Serrez-le contre vous, partagez-le entre vous. C’est le Christ ! Croire, c’est se savoir aimés de Dieu pour ce que nous sommes, sans condition, sans raison, sans justification.

Paul a compris que la recherche frénétique de la perfection ne menait qu’à l’intolérance et au meurtre. Luther a compris que la paix avec Dieu ne pouvait se conclure qu’au prix d’un sacrifice. Pas le sien mais celui du Christ ! Il s’est abandonné au salut par grâce.

Bénis es-tu !

Il est juste et bon de célébrer l’événement historique de la Réformation, la doctrine paulinienne de la justification par la foi et la délivrance de Luther… Mais qu’en est-il mon frère, ma sœur de ta Réforme personnelle ? Es-tu en paix avec toi-même, avec les autres? Es-tu réconcilié avec Dieu ? Marches-tu seul en ce monde ou tiens-tu la main du Seigneur Jésus ?

Si c’est le cas, bénis es-tu ! Tes œuvres ne seront plus une façon d’acheter la terre ou le ciel ; elles ne seront plus cause mais conséquences de ton salut et de ta paix intérieure. Ton engagement chrétien n’est rien d’autre qu’un style de vie en Christ, tendu paisiblement vers Dieu, vivifié par l’Esprit, dans la gratuité, la paix. Puisses-tu vivre de cette vie là. AMEN !

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A propos Pierre Lacoste

Pasteur de l’Eglise Protestante Française de Beyrouth depuis juillet 2013

Pour marque-pages : Permaliens.

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