« Etes-vous heureux ? » (Méditation de Matthieu 5. 3-11)

Matthieu 5.3-12

3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !

6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !

7 Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !

8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux!

Nous voici arrivés au terme de ce parcours de 4 méditations sur les béatitudes, espérant que vous vous sentez un peu plus heureux qu’avant :))

Nous avions repéré deux séries de béatitudes : 4 « négatives » (bienheureux les pauvres en esprits, ceux qui pleurent, qui oint faim et soif, les persécutés) et 4 « positives » (bienheureux ceux qui ont le cœur pur, les doux, les compatissants et les faiseurs de paix)

Nous avions également suivi la recommandation de l’évêque grec orthodoxe Georges Khodr de ne pas chercher à collectionner les béatitudes, pensant qu’en les enfilant les unes après les autres sur le collier des exercices spirituels nous gagnerions le ciel. « On ne peut isoler aucune béatitude. Ceux qui ont une âme de pauvre sont nécessairement les doux, les affamés et assoiffés de justice, les cœurs purs. » (G.K.) Autrement dit, vivre une seule de ces béatitudes, un seul instant, c’est déjà « se pénétrer de l’esprit des béatitudes » (communauté des sœurs de Pomeyrol) ; vouloir les inscrire sur la liste de nos trophées spirituels, c’est courir le risque de les perdre toutes, de nous perdre nous-mêmes, loin du Royaume des cieux !

Quelle paix ?

Nous terminons par la dernière béatitude positive : « Bienheureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu !» De quelle paix s’agit-il ?

Jésus nous dit-il que la voie du bonheur, c’est vivre en paix avec les autres ? Mais alors pourquoi déclare-t-il aussitôt après : « Heureux ceux qui sont persécutés… » ? La persécution n’est-elle pas le résultat d’un conflit ? Procurer la paix, ce n’est donc pas éviter les conflits, les tensions, voire les affrontements ! Un chrétien peut être appelé à entrer en conflit. Sa foi, ses manières de vivre, ses prises de position peuvent être interprétées comme une menace. Les noirs américains qui ont refusé le système ségrégationniste de l’Amérique des années 50, en transgressant les lois, en organisant des marches, ont posé des actes qui ont déchaîné contre eux la violence du système. Ne travaillaient-ils pas pour la paix ?

Une paix qui peut coûter cher

Jésus ici ne nous promet pas une vie paisible. Le bonheur annoncé est promis à ceux qui procurent la paix autour d’eux. Le bonheur est pour ceux qui sortent de chez eux et qui prennent des risques ! Il ne s’agit pas ici de cette paix intérieure que le zen, le yoga ou les médicaments peuvent procurer. Il s’agit d’une paix agissante, d’une paix épuisante à mettre en œuvre autour de nous et il y a tant à faire ! Jésus ne dit pas « heureux êtes-vous si on vous fiche la paix », mais « heureux ceux qui procurent la paix ».

Si donc vous souhaitez une vie paisible sans histoire, ne devenez pas disciples de Jésus. La paix des béatitudes n’est pas la paix des cimetières.

Au mode actif

Les béatitudes sont presque toutes actives et non passives : elles ne disent pas : heureux ceux qui sont aimés, mais heureux ceux qui aiment ! Non pas, heureux ceux qui ont une femme, un mari ou des enfants plein de douceur, mais « heureux ceux qui diffusent la douceur autour d’eux ; elles ne disent pas, « heureux celui à qui l’on fait justice, mais « heureux les assoiffés de justice (pour les autres)» ; elles ne disent pas, heureux ceux qui reçoivent la paix mais ceux qui la donnent ! Les béatitudes n’indiquent pas un chemin de réalisation et d’épanouissement personnels, mais un chemin de rencontre et d’engagement.

Le bonheur évangélique est finalement plus un bonheur à partager qu’à garder pour soi ; un bonheur que l’on peut expérimenter au cœur des situations les plus difficiles, les plus injustes, les plus violentes. Jésus nous dit que, quoique nous subissions, il y a toujours moyen d’être heureux !

Il y a toujours quelqu’un à aimer, quelqu’un à qui apporter un peu de paix, un peu de soulagement à son angoisse, un peu d’écoute, un peu d’argent, un peu de tout ce qui lui manque et qui pourrait l’aider à se remettre en marche !

Be happy !

Ce bonheur des béatitudes n’est pas centré sur soi, sur ses besoins ; il se découvre dans l’expérience personnelle du vide intérieur, l’accueil de la Parole et l’ouverture aux autres. Expérience libératrice s’il en est ! Elle nous envoie dans le monde, les mains vides et  le cœur plein de l’amour et de la paix du Christ. Ce bonheur que l’on charrie avec soi sans même s’en rendre compte, fait de nous des filles et des fils de Dieu ! Soyez heureux !

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A propos Pierre Lacoste

Pasteur de l'Eglise Protestante Française de Beyrouth depuis juillet 2013
Pour marque-pages : Permaliens.

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