La communauté malgache de l’Eglise protestante française de Beyrouth

Chorale malgache de l’Eglise protestante française de Beyrouth (Noël 2016)

Cette étude, initialement menée en 2016 par le pasteur Pierre Lacoste dans le cadre d’un Master recherche à la Faculté des sciences religieuses de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth est publiée aujourd’hui. Elle a pour but de mieux faire connaître la communauté malgache de l’EPFB, son histoire, ses craintes et son espérance.


INTRODUCTION

L’Eglise Protestante Française de Beyrouth (EPFB), depuis sa fondation en 1925, dans les circonstances d’après-guerre que l’on sait, n’a jamais rassemblé des foules à son culte dominical. Elle rassemblait un petit groupe de fidèles franco-libanais et d’origines ecclésiales diverses, auquel venaient s’ajouter quelques protestants français expatriés ou sympathisants des idées réformées dans leur expression francophone. Dans les années 2000, la communauté a vu ses effectifs s’amenuiser au point que certains dimanches ordinaires, le culte était célébré à quatre ou cinq au presbytère.

Alors que plusieurs s’interrogeaient sur l’avenir de l’EPFB, la venue de quelques protestants originaires de Madagascar, pour la plupart travailleuses domestiques au Liban, vînt ouvrir de nouvelles perspectives. Au fil des mois et des années, par le bouche à oreille, une véritable communauté malgache, mêlant chrétiens protestants et catholiques, devînt numériquement très majoritaire, redonnant espoir et vitalité à l’Eglise. Cette communauté issue de l’immigration, intégrant aujourd’hui d’autres fidèles venus des pays d’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Cameroun, Bénin, Congo, etc.) représente un segment communautaire d’une quarantaine de personnes, soit près de 80 % des participants au culte.

Cette enquête de type sociologique présente des données objectives sur le phénomène que représente cette présence malgache au sein de l’EPFB. Elle sera ponctuée de réflexions.

Nous présenterons dans une première partie l’état des lieux relatif à la présence malgache dans la communauté. Cette situation nous permettra de présenter et de développer la problématique que nous formulons dès à présent : « Comment ces femmes malgaches, migrantes et domestiques, font-elles Eglise et communauté au Liban, loin de leurs repères traditionnels, dans une langue française qu’elles maîtrisent peu ou prou et dans une forme de célébration différente de leur milieu d’origine?  Comment s’identifient-elles à cette communauté protestante française du Liban ? »

Nous nous interrogerons aussi, au-delà des considérations ecclésiales et culturelles, sur l’aspiration profonde de ces femmes : ne serait-elle pas de l’ordre de la quête de dignité humaine ?

Notre réflexion sera réalisée au moyen d’une enquête quantitative (questionnaire anonyme) et qualitative au moyen d’un entretien personnel.

Enfin, en conclusion, nous ouvrirons une réflexion « en sens inverse » : comment une Eglise aussi hétérogène, réunissant des attentes aussi différentes, peut-elle penser sa vocation ?

I. ETAT DES LIEUX : MIGRATION, PAROISSE, VIE SOCIALE ET SPIRITUELLE

La population visée

250 000 travailleuses domestiques vivent au Liban. Selon l’ONG INSAN, 5000 d’entre-elles seraient malgaches. Cette situation s’explique par le niveau d’extrême pauvreté où se situe leur pays d’origine. Selon plusieurs sources, Madagascar est classé au 5e rang des pays les plus pauvres du monde (Cf. Journal du net)

Le voyage :

S’expatrier, quitter sa famille, fuir la famine, amène cette population migrante à appréhender le voyage vers le Liban de façon anxiogène. La motivation n’est pas le tourisme mais la survie ! En guise d’agence de voyage, le « kafala system » (littéralement « adoption » en arabe ; expression politiquement correcte pour évoquer le statut de ces migrants économiques en quête d’un mieux vivre social pour eux et leur famille.)

Conformément aux règles du « transfert » énoncée par l’agence négociante installée dans le pays d’origine, les migrantes du travail ne prennent avec elles ni change, ni trousse de toilette, ni valise ; la famille d’accueil s’occupe de tout et paye le montant du voyage. Elles vont devenir dépendantes pour le nécessaire comme pour l’accessoire pour une durée d’au moins trois ans (durée normal d’un contrat).

L’arrivée : Peu de temps après leur arrivée, elles souffrent d’isolement. Cet enfermement peut-être entretenu par le discours souvent « protecteur » et sécuritaire de la famille d’accueil. Mais au fil des mois,  connexion wifi aidant, (les smartphones payés par leur patronne pour être joignables en permanence), les « filles » (c’est ainsi qu’on les appelle) se rendent compte que le Liban n’est pas le pays dangereux qu’on leur a décrit, qu’il existe des dizaines de millier de personnes employées de maison comme elles et qui sortent le dimanche. Le culte protestant devient alors un projet de sortie possible, du moins pour celles qui en obtiennent l’autorisation. Il est arrivé au pasteur de la communauté d’intercéder auprès des familles pour quémander un Dimanche de Pâques !

Malgaches protestantes ou non : Celles d’entre-elles qui se trouvent être protestantes sont pour la plupart membres de la FJKM (« Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara » – Eglise de Jésus-Christ à Madagascar – la plus importante communauté protestante du pays avec près de 3 500 000 membres). Mais d’autres sont de confession catholique ; c’est finalement la langue française et le lien d’appartenance à la foi chrétienne qui rassemblent.

Certaines femmes voyagent plus d’une heure pour rejoindre le lieu de culte, dépensant annuellement des sommes conséquentes. Mais se retrouver à l’Eglise Protestante Française de Beyrouth, célébrer Dieu en français et en malgache et retrouver ses amies revêt pour elles une importance capitale.

La tenue vestimentaire de ces femmes employées de maison, en congés dominical, mérite un commentaire. Hauts talons, jupes très près du corps, coiffures ostentatoires et maquillage soutenu, autant de signes revendicateurs d’une féminité occultée le reste de la semaine par le tablier rose. Il est important d’accueillir ces expressions de liberté, quelques fois outrancières. Elles manifestent une forme de résistance par une affirmation de soi « compensatoire ».

Le culte dominical

Chaque dimanche, à 10h30,  l’EPFB célèbre son culte. L’assemblée, d’affluence variable, est composée d’environ une 40aine de participants (pour les cultes ordinaires) :

  • 75 % de personnes issues de la migration afro-malgache (environ 90% de cette population est malgache).
  • 15 % de personnes franco-libanaises (membres « historiques » de l’Eglise)
  • 5% de protestants francophone expatriés
  • 5% de visiteurs libanais

Le culte suit le déroulement liturgique classique de l’Eglise protestante Unie de France, déroulement au cours duquel deux chants en langue malgache sont systématiquement proposés avec une traduction en langue française visible sur l’écran powerpoint. Chaque célébration prévoit l’intervention d’une personne d’origine malgache ou originaire des pays d’Afrique par une lecture ou une prière bilingue.

Les condoléances

Plusieurs fois par an, l’Eglise procède à un accompagnement des paroissiennes malgaches en deuil. Une cérémonie de condoléances traditionnelles en langue malgache est organisée à la fin du service religieux pour les personnes ne pouvant rejoindre leur famille en deuil au pays. Faire le deuil d’une mère, d’un mari, d’un enfant à distance provoque des chocs émotionnels et des traumatismes difficiles à effacer. Ce service d’accueil des personnes endeuillées n’étant pas réservé aux seuls fidèles de la paroisse, il peut donner lieu certains dimanches à de grandes affluences.

L’entraide

Il arrive fréquemment que des besoins à caractère sanitaire ou sociaux se fassent sentir. Les personnes travailleuses domestiques au Liban bénéficient d’un contrat d’assurance maladie dont le niveau de prise en charge est très faible. La communauté met alors en œuvre des contributions et donations permettant à des personnes malades ou nécessitant une opération urgente d’avoir recours à des soins ; les familles d’accueil n’hésitant pas dans certains cas à renvoyer leur employée au pays. Sur le plan social également, l’Eglise s’engage envers les femmes qui élèvent des enfants (souvent seules) dans le soutien financier à la scolarisation.

Les « excursions »

Depuis deux années consécutives, l’EPFB propose deux sorties d’Eglises par an nommées « excursions ». Ces sorties en bus dans un coin de nature, introduite par un culte en plein air, connaissent un grand succès. La dernière en date a rassemblé 100 personnes dont la grande majorité sont des personnes issues de la migration. Cet engouement traduit un immense besoin de liberté, de respiration et de reconnaissance d’humanité.

La fête nationale malgache

Chaque année, le 27 juin, la communauté malgache célèbre sa fête d’indépendance (1960). Le phénomène d’éloignement ajoute sans doute à la ferveur. Le pasteur est sollicité pour une prière spéciale et tranche, « au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit », le gros gâteau aux couleurs verte et rouge du drapeau malgache, sur fond d’hymne national. Cette demande de prise en compte de la dimension nationale est également à verser au compte du besoin de reconnaissance.

Le « Forum protestant » (groupe Whatzapp)

Un réseau social a été constitué via l’application WhatsApp. Il réunit 80 abonnés, tous reliés à la vie de l’Eglise. Ce groupe permet une diffusion efficace de l’information mais l’essentiel semble se situer ailleurs. Chaque vendredi soir, le pasteur diffuse auprès du réseau une lecture méditée au format audio de l’évangile du jour. Les 80 abonnés, une fois le travail terminé (souvent tard le soir), dans le secret du placard qui leur sert de chambre à coucher et de sanctuaire, prennent part à une écoute active des méditations bibliques. Certains membres du Forum Protestant diffusent quotidiennement des textes de la Bible en français. Les réponses des uns et des autres se limitent souvent à des « Amen et Alléluia !» ou à des émoticons d’approbation ; c’est le signe d’une présence vivante et joyeuse. Ce « Forum protestant », ouvert en 2013 est un lieu de parole, d’encouragement mutuel et d’écoute ; il semble correspondre à un besoin.

La fête du travail

Depuis deux ans, le 1er mai est célébré de manière assez originale par l’EPFB. L’Eglise ferme ses portes ce dimanche-là et se joint à la manifestation des « Domestic workers ». Une forme de célébration en actes. A cette occasion, ces femmes employées de maison, issues des pays les plus pauvres de notre monde, revendiquent un minimum de droits et de reconnaissance. Leur leitmotiv : la reconnaissance par l’Etat Libanais de l’article 189 du code international du travail qui leur confèrerait un peu plus de dignité en termes de droit. Est-ce la place d’une Eglise ? C’est en tous cas le chemin que le pasteur de l’EPFB (plus que l’Eglise au  sens institutionnel), a choisi de suivre : accompagner chacun au plus près de ses combats, de ses souffrances.

II. L’ENQUÊTE

Le terrain d’enquête se situe clairement ici dans un espace circonscrit à l’Eglise protestante française de Beyrouth, ses cultes, ses rencontres formelles et informelles. L’objet de l’enquête : les fidèles issues de la migration, travailleuses domestiques malgaches au Liban, participantes de la vie de l’EPFB.

Le sujet de l’enquête : comment la communauté migrante malgache s’identifie-t-elle à l’Eglise protestante française de Beyrouth et comment en modifie-t-elle en même temps la réalité ?

L’enquête quantitative sous forme de questionnaire anonyme a été réalisée auprès de 10 personnes fréquentant régulièrement la communauté.

L’enquête qualitative, sous forme d’un entretien personnalisé a été proposé à la première personne arrivée à l’EPFB en 1996.

1. L’enquête quantitative : le questionnaire.

Les données sont regroupées dans le rédactionnel suivant en trois chapitres :  1. Données générales relatives au profil personnel, social et ecclésial ; 2. L’Eglise comme réponse aux besoins 3. La communauté malgache au service de l’Eglise (en italique, les commentaires).

1. Profil personnel, social et ecclésial

  • 10 femmes malgaches (8 d’âge mûr et 2 plus jeunes), de toutes origines sociales, vivant au Liban dans des conditions (satisfaisantes = 3 ou acceptables = 5 pers / ou difficiles à supporter = 1) depuis (7 à 20 ans = 7 pers / moins de 6 ans = 3 pers), connaissant l’EPFB depuis (1 à 5 ans  = 5 pers / entre 7 et 17 ans= 5 pers), fréquentant l’EPFB (très régulièrement = 5 pers / autant qu’elles le peuvent = 5 pers), et mettant entre 10 mn et 30 mn pour se rendre au culte dominical (= 7 pers) ou entre 30 mn et 1h30 = 3 pers) ont répondu au sondage.
  • Leur niveau d’études à Madagascar est très diversifié (5 = BAC et plus / 5 = le niveau primaire ou brevet) ainsi que leur connaissance du français : (5 = très bon et bon / 5 = moyen et pas très bon).

Cette réalité va affecter la manière dont ces femmes s’identifient à l’Eglise. Le lien ne passe pas nécessairement et uniquement par la compréhension du message annoncé par l’Eglise ou sa théologie.

  • 6 personnes sont issues du protestantisme historique malgache, 3 du milieu évangélique et 1 de l’Eglise catholique.

Ce qui confère à la communauté un caractère plutôt homogène du point de vue de la spiritualité chrétienne.

2. L’Eglise comme réponse aux besoins

  • Elles estiment unanimement avoir reçu un accueil « très chaleureux » à l’EPFB

L’unanimité, malgré le caractère anonyme des réponses, peut laisser penser que les personnes n’ont pas eu la liberté de dire quelque chose de dévalorisant à l’égard de l’Eglise d’accueil. Cette donnée est exploitable mais avec prudence.

  • L’Eglise est premièrement un lieu d’enseignement (5 pers ont situé le service de la parole en premier choix) et d’expression de la louange communautaire (4 pers en premier choix), une seule a définie l’Eglise prioritairement comme une « communauté spirituelle».
  • Elles estiment que la prédication du pasteur est facile ou très facile à comprendre (9 pers), une seule répond : « pas très facile à comprendre ».

Là encore, le sondage émanant du pasteur, il n’est pas impossible que la liberté de réponse ait été affaiblie.

  • En rapport avec les condoléances malgaches, rituel très codifié, le questionnaire offrait la possibilité d’une expression libre. Trois axes de réponses émergent ; certaines réponses cumulant les éléments propres à chaque axe. Le premier axe, mineur, que l’on peut appeler « l’axe identitaire » affirme l’importance de manifester la solidarité-unité entre compatriotes malgaches (3 pers) pers. 2. Le second, « l’axe spirituel » évoque la foi chrétienne (3 pers). 3. Le troisième, « l’axe affectif » est très majoritaire, (8 pers évoquent l’affection à donner pour la personne en souffrance).

Il est intéressant de relever que les aspects affectifs et spirituels sont exprimés plus fortement que le sentiment d’unité nationale. La « malgachité » au cœur d’un évènement traditionnel tel que les condoléances passe après l’affection et le rappel de l’espérance chrétienne.

  • Les excursions (2 cultes en pleine nature par an), permettent premièrement, de faire le culte autrement (5 pers) et de changer d’air (3 pers) ; la fraternité est placée 4 fois dans le binôme de tête.

Ce besoin de vivre l’Eglise autrement loin de la ville, au grand air pour resserrer les liens exprime un besoin évident que la situation sociale de ces femmes explique aisément. L’Eglise répond ici à un besoin « d’ailleurs et d’autrement »

  • L’Eglise soulage-t-elle la détresse sociale de ses fidèles? La réponse est « OUI » à 9 réponses contre 1 « NON ».
  • Selon une majorité, les représentants malgaches au Conseil de paroisse sont là pour « présenter des projets » (5 pers) et pour une minorité importante « représenter la communauté malgache » (4 pers)

Il est intéressant de relever qu’une majorité de réponses fait porter la responsabilité des responsables malgaches du Conseil sur le bien commun et non sur les besoins propres au groupe malgache (5 pers). Même si cette demande arrive juste après (4 pers) ! Indice d’une bonne intégration de la communauté malgache dans l’Eglise.

  • Pour clore ce chapitre une question ouverte sur le sens de l’Eglise. Trois personnes évoquent la référence malgache mais dans des domaines différents. L’Eglise offre aux malgaches une possibilité de se retrouver entre compatriotes 2. d’évangéliser les « brebis malgaches perdues ». 2. Elle offre un culte très proche du culte protestant malgache.

Les autres réponses évoquent des aspects plus classiques : l’Eglise comme lieu d’adoration, d’enseignement, de communion spirituelle et de prière les uns pour les autres.

3. La communauté malgache au service de l’Eglise

  • Qu’apporte le chant malgache dans l’Eglise ? La possibilité de « participer au culte » (7 pers) ; la possibilité de « se sentir reconnu » (2 pers). L’importance de la traduction des chants malgaches en français est reconnue unanimement (10/10)

Le culte n’est pas perçu ici comme un lieu où l’on vient chercher, prendre, mais comme un lieu où l’on vient donner de soi dans sa particularité culturelle et y être reconnu, non seulement toléré.

  • Et quand on demande ce que le groupe malgache apporte à l’Eglise, le langage de la joie est mis en exergue (joie 5x, bonheur 1x, « vivacité » 1x, louange 5x) ; la communion spirituelle, la fraternité, apparaissent comme un apport majeur (6x) ; enfin le « don de la diversité » est également souligné, même si dans une moindre mesure (3x).

Une remarque isolée mais tellement juste, relève que le groupe malgache apporte le nombre !

Une autre remarque, dont il faudrait sonder la profondeur théologique : la présence malgache apporte « du réconfort spirituel » (1x). Cette communauté fait manifestement du bien aux membres historiques. Comment s’apitoyer sur son sort quand les chants polyphoniques de ces femmes, esclaves des temps modernes, remplissent le temple et les cœurs ?

2. Eléments d’analyse

  • Le dépouillement de cet échantillon de données révèle un aspect inattendu : la communauté malgache ne fait pas communauté dans la communauté. Elle fait Eglise avec les autres tout en exprimant sa particularité culturelle et linguistique. Ses attentes ou ses besoins ne sont pas différents de ceux de n’importe quel autre membre.
  • La communauté malgache a conscience d’être un facteur de vitalité pour l’EPFB. L’Eglise serait-elle encore là sans cette « manne paroissiale », cette présence fidèle et engagée ?
  • Il est enfin intéressant de relever la vocation sociale de l’Eglise L’accueil qu’elle réserve à ces femmes exploitées – même si, dans de nombreux cas, traitées avec respect par l’employeur – lui ouvre un véritable champ missionnaire.

3. L’enquête qualitative : l’entretien

Notre choix d’entretien s’est porté sur l’une des toutes premières personnes à avoir franchi le parvis du temple de l’Eglise protestante française de Beyrouth en 1996, il y a  vingt ans. Ce témoin est elle-même travailleuse domestique au Liban et protestante (FJKM).

Vous faites partie des pionnières malgaches de l’EPFB. Qu’est-ce qui vous a poussé à rechercher une Eglise au Liban ?

Le tout premier c’est Emmanuel, un ami protestant malgache. Comme chrétien francophone, on lui avait conseillé l’Eglise maronite Saint-François à Hamra. Là, il rencontre Gaston, un ami de Luc – le gardien du temple protestant. Juste après la messe, Gaston emmène Emmanuel chez Luc qui habitait au Collège protestant. Luc lui fait rencontrer le pasteur Robert et c’est ainsi que la toute première connexion s’est faite. Ensuite Emmanuel m’a fait rencontrer Luc le dimanche suivant et Luc nous a conduit au temple. Il y avait très peu de personnes présentes ; le culte n’avait lieu que tous les 15 jours. Je me souviens de ce jour. Nous sommes entrés à 4 malgaches  dans un temple presque vide.

 Vous souvenez-vous de vos premières impressions quand vous êtes entrée dans le temple ?

Le pasteur Robert nous a accueillies avec joie et nous a demandé d’inviter tous nos amis malgaches à rejoindre l’Eglise. Nous étions reconnaissants de découvrir une Eglise pour nous, de pouvoir chanter à nouveau les cantiques protestants qui ont les mêmes mélodies à « Mada » ou ici. C’était la fête ! A la fin du culte, le pasteur et sa femme nous ont invités à prendre un café au presbytère. Les pasteurs nous ont toujours soutenues. Ils n’hésitent pas à appeler les familles libanaises pour demander des autorisations de sortie en faveur de leurs « bonnes protestantes »

Qu’est-ce qui a changé depuis votre arrivée en 1996 ?

L’Eglise n’a pas changé sur le plan de sa foi. L’annonce de l’Evangile est toujours la même. Ce qui a changé, c’est qu’il y a un culte tous les dimanches aujourd’hui et, malgré la démolition du temple, j’observe une plus grande affluence au culte. La création de la chorale malgache a certainement favorisé cette croissance. La démolition a été un choc. C’était notre Eglise !

Je me souviens que dans l’ancien temple, il y avait les Malgaches à gauche et les Français à droite ? N’est-ce pas une drôle de façon de faire Eglise ensemble ?

Oui c’est vrai ! Mais je ne crois pas que ce soit le résultat d’une ségrégation ou d’une méfiance. Les Malgaches, comme toutes les minorités à l’étranger ont tendance à se regrouper parce qu’ils parlent la même langue. Le pasteur Robert voulait aussi qu’on se mélange ! Je n’ai jamais ressenti de malaise. Au contraire, l’Eglise protestante française nous a rendu la dignité que nous avions perdue en venant au Liban. Toute la semaine je suis une bonne et le dimanche je suis une chrétienne au même titre que les autres.

Si je vous demande trois mots pour décrire que ce que cette Eglise représente pour vous ?

Foi, Dignité et Partage ! La foi, c’est ce que l’Eglise annonce et que nous croyons ; c’est aussi ce qui nous rassemble. La dignité est au centre ! Je ne savais pas que je trouverai un cadeau aussi précieux dans ce pays qui m’a dépossédée de ma dignité humaine. Le partage enfin, c’est la vie communautaire qui se fabrique au fil des années. On apprend à se reconnaître comme frères et sœurs des quatre coins du monde, dans nos différences culturelles ou même de croyances.

Le service de condoléances est aujourd’hui ouvert à tous, pas seulement aux fidèles de l’Eglise. Vous êtes d’accord avec ça ?

Une personne dans la peine n’est ni protestante, ni catholique, ni athée, elle est juste dans la peine. L’Eglise par vocation doit se tenir aux côtés de ces personnes endeuillées. Elle doit accueillir sans condition toute personne en demande de réconfort. Cet accueil inconditionnel peut aussi produire un déclic chez la personne. Dieu agit au travers de notre amour. C’est lui qui évangélise son Eglise. Il reste beaucoup de femmes malgaches à rejoindre !

Vous êtes membre du groupe WhatsApp : qu’est-ce qu’il vous apporte?

J’écoute les méditations du vendredi soir après le travail quand je suis au calme dans ma chambre. Je suis aussi abonnée au site web de l’Eglise ; je reçois les prédications et cela nourrit ma foi. Mais au moins trois fois par semaine  après ma journée de travail, je fais du baby sitting jusqu’à minuit. Je rentre trop fatiguée pour écouter et je me couche directement.

Comment vois-tu l’avenir de la communauté malgache dans l’Eglise ?

Il faut que nous soyons vigilants la communauté malgache est fragile. Il y a eu par le passé des problèmes de mésententes entre responsables. Il y a eu aussi des groupes concurrents et même la chorale a connu des moments difficiles. Ces tensions pourraient mettre l’Eglise en difficulté. Je crois que le rôle du pasteur est ici très important. Il doit rassembler et continuer de travailler à l’unité entre tous. Il doit à la fois veiller à ne pas entrer dans les petites histoires et rester ferme dans la direction à donner. C’est sans doute l’un des grands défis à venir.

(Ps. L’entretien a eu lieu en 2016, au moment où de fortes tensions se faisaient sentir au sein  de la communauté malgache, ce qui n’est plus le cas au moment de la publication de cet article)

Conclusion Générale

Cette enquête révèle une très belle histoire. Elle apporte la « preuve » que Dieu n’abandonne pas son Eglise dès lors qu’il a une mission à lui confier.

Alors que l’Eglise Protestante Française de Beyrouth à la fin du siècle dernier arrivait doucement à la fin de son histoire au Liban, une manne venue de Madagascar et d’Afrique a ouvert de nouvelles perspectives.

Comment la communauté migrante malgache est-elle parvenue à s’identifier à l’Eglise Protestante Française de Beyrouth ? De la plus simple des manières. En s’y laissant accueillir et en y apportant humblement l’expression de sa foi. Cette rencontre montre que la mixité ethnique et culturelle est le plus beau cadeau qui puisse être fait à l’Eglise du Christ. Il est tellement facile (et tellement ennuyeux !) de rester ce que l’on est pour l’éternité. C’est peut-être cela l’enfer…!

Cette étude a montré que la « communauté malgache » – expression devenue désormais inappropriée, a modifié la réalité et le témoignage de l’EPFB. Quelques témoignages rapportent que d’anciens membres franco-libanais ont cessé de venir face à l’affluence des « gens de couleur ». Mais la bénédiction est pour ceux qui la saisissent dans la foi. En vingt ans, l’EPFB est passée du statut « d’Eglise d’amis » à celui d’« Eglise en mission ». Depuis trois ou quatre ans, se greffe sur le vieux tronc historique, un nouveau rameau : celui de la communauté « africaine ».

Luc Dingamoundou, tchadien d’origine, « employé » du temple et du CPF dans les années de guerre (1975-1990), serait heureux de constater l’évolution actuelle de l’Eglise et l’accroissement de la population africaine. Son accueil chez lui de toute personne isolée ou en recherche d’un moment d’amitié, était un sas d’entrée à l’Eglise protestante française.

Aujourd’hui, les uns avec les autres, indépendamment de leur origine ou de leur ancienneté, contribue par leur présence, leur foi et leur amitié, à bâtir une Eglise différente. Dans un monde libanais communautarisé et socialement très compartimenté, l’Eglise protestante française de Beyrouth porte un témoignage à la fois fragile et unique. Que Dieu lui prolonge encore ses jours !

Un verre de l’amitié très joyeux à l’occasion de la visite au Liban du président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

« Oussama, le voyageur du oud » (17 juin 2018)

Ce Dimanche 17 juin 2018 à 18h30, le jardin de la rue de Damas atteignait presque sa capacité d’accueil maximale. Un premier « concert -test » pour savoir enfin si le public franchirait les 30 mètres qui séparent la rue de Damas du jardin, tout au fond, et qui vous oblige à traverser en suivant l’allée centrale le cimetière protestant français. Une traversée vers un lieu de vie. Ils l’ont fait ! Familles, enfants, amis, inconnus aux visages intrigués, 90 adultes et une dizaine d’enfants se retrouvèrent ce soir-là au jardin pour le concert d’Oussama Abdel Fatah. Un son excellent assuré par Jean Gibran et « Sound People ».

Françoise Toscane, enseignante au CPF, a choisi des mots forts pour vous raconter…

« Le cimetière protestant des étrangers est sur la route mythique de Damas, qui a séparé, fut un temps, l’ouest et l’est de Beyrouth. Dans ce lieu de paix, adossée au mur, une tendre pelouse invite au repos et à la méditation. Dimanche, Pierre Lacoste, le pasteur, nous invite à un concert de Oud. Oussama Abdel Fatah, Le musicien, joue une musique aux rythmes hypnotiques et vertigineux. Je ferme les yeux. J’imagine Zyriab, ce musicien de Oud chassé d’Arabie et parti se réfugier à Cordoue. Je suis dans le désert. Je vois aussi Laurence d’Arabie et son enchantement. Je sens l’odeur du thé, qui se mêle au flamenco d’Andalousie. Il y a le bruit des chameaux et les pas des chameliers qui s’enfoncent dans le sable profond. On marche dans le désert au portes de l’orient vers Cordoue la grande. Tout autour, c’est calme, les bébés ne bougent pas, ils écoutent, eux aussi emportés par la mélodie. Le musicien joue, chante et regarde sa petite fille de quelques mois qui bouge dans les bras de sa maman. Pour qui joue t’il ? Les enfants, attentifs, s’agitent peu à peu et filent dans le cimetière au milieu des tombes. Ils s’amusent et c’est simple. Le public entend quelques rires à peine étouffés, et quelques « chut ! » des parents. Les enfants courent entre les tombes, jouent, ramassent une pomme de pin, la lancent. Je les regarde et tout à coup, je suis envahie d’émotion. Un instant de bonheur : ces enfants ont peut-être tout compris en gambadant ainsi en liberté. Qui a dit que les morts avaient besoin de vide et de silence ? En sortant, je rencontre Nadine qui me parle de sa grand-mère espagnole qui aimait visiter les cimetières. Je me souviens de la mienne. Elle était catalane et adorait m’emmener dans les cimetières. L’idée que sa grand-mère ou ses parents se retrouveraient un jour dans un cimetière faisait pleurer mon petit frère. Moi, je regardais les fleurs en porcelaine, je trouvais ça laid. Je détestais ma grand-mère qui adorait nous faire de la peine. Et puis, je voyais des tombes fleuries et d’autres pas, des tombes ostentatoires et d’autres pas, des tombes entretenues et d’autres pas. C’est peut-être à ce moment là que j’ai compris l’humanité. Même les morts sont traités différemment selon leur rang et l’amour qu’on leur porte. Ce dimanche soir, le Oud a été entendu par tous, les vivants et les morts, avec la même émotion et la même énergie. Là, tout au fond de la terre ou tout en haut du ciel, les morts ont dû aussi pleurer en écoutant ces caravanes de chameaux s’élancer dans le désert, entourées d’enfants qui nous souhaitaient une belle route. »

Françoise TOSCANE

« Un moment au jardin… »

L’Eglise protestante française de Beyrouth lance ce mois de juin un programme d’événements culturels, intitulé : « Un moment au jardin… ». Depuis le mois d’octobre 2017, le cimetière protestant de la rue de Damas est prolongé d’un jardin, véritable oasis de paix, au cœur de la ville de Beyrouth. Ouvert au public tous les jours (8h-14h), le jardin se veut aussi lieu de rencontre autour d’événements culturels. Le dimanche 17 juin prochain, à 18h30, nous vous invitons à rencontrer Oussama Abdel Fatah, oudiste libanais et chanteur de poésie arabe empreinte de spiritualité soufi. Son spectacle, non sans résonance avec le lieu, s’intitule : « Hors sujet ». A l’issu du concert, pour prolonger la rencontre, un « apéritif solidaire » sera servi.

Confirmations à l’EPFB (15.04.2018)

En ce dimanche 15 avril 2018, l’Eglise protestante française de Beyrouth a célébré un grand culte.

Le gâteau des confirmations marqué des textes bibliques choisis par les catéchumènes

Rosa et Nirina, membres des Eglises protestantes FJKM à Madagascar, ont toutes deux confirmé leur baptême en prononçant des paroles d’engagement, très émouvantes, à suivre désormais le chemin de Dieu.

La chorale malgache en grande tenue a fait une entrée solennelle à la suite des confirmantes et du pasteur. Une centaine de personnes s’étaient massées dans la salle de réunion du CPF pour vivre l’événement. Nirina et Rosa ont suivi un parcours catéchétique d’un semestre au cours duquel elles ont pu approfondir leur connaissance de la Bible et débattre de questions relatives à l’engagement chrétien.

Voici les paroles qui scellent aujourd’hui cet engagement :

 

Nirina : « Je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. » (Jérémie 29.11)

Rosa : « Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné! 2 Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas d’iniquité, Et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! (Psaume 32.1-2)

Nous leur souhaitons un chemin plein de vie et de grâce !

Monsieur Achraf, a réalisé une vidéo de la célébration que nous partageons avec vous :

Fête des Rameaux au jardin de la rue de Damas

A l’ombre des cyprès et des oliviers, la petite communauté protestante des « Hauts de la Colline » rassemblée dans son jardin de la rue de Damas (25.03.18)

Cette fête des Rameaux 2018 restera dans les mémoires des fidèles de l’Eglise protestante française de Beyrouth.

Célébrée pour la première fois au jardin de la rue de Damas – entièrement rénové et inauguré à l’occasion du jubilé de la Réforme en octobre 2017 – plusieurs questions restaient pourtant en suspens…

La communauté des Hauts de la Colline, composée en grande partie de personnes originaires de Madagascar et d’Afrique, éprouve, c’est bien connu, quelques réticences à entrer dans les cimetières.

Ce jour des Rameaux était donc un  jour test. L’espace de verdure et de paix, rendez-vous des oiseaux et des visiteurs de passage, bien séparé du cimetière, allait-il exercer un pouvoir d’attraction suffisant ?

Une quarantaine de fidèles se rassembla ce jour-là pour célébrer le culte. Quelques témoignages cueillis à la sortie nous encouragent à recommencer. C’est un bon début.

La prochaine célébration sera franco-allemande à l’occasion du départ du pasteur Jonas Weiss Lange et de son épouse Chris.

En cette période d’attente interminable du nouveau temple, le jardin de la rue d Damas représente un lieu de rendez-vous très agréable, aussi bien adapté au recueillement qu’à la convivialité. De l’avis de tous, il ne faut pas tarder à recommencer !

« Une marche symbolique pour célébrer autrement »

Dimanche 30 avril 2017, Beyrouth : une nouvelle fête du travail, une nouvelle marche à travers la ville pour dire que les conditions d’emploi des 250 000 femmes travailleuses domestiques au Liban sont toujours aussi précaires. Salaire à 150 dollars par mois pour la grande majorité, jour de congés hebdomadaire non garanti,  contrat d’assurance santé minimaliste, conditions de logement indécentes, incarcération immédiate pour les clandestines en cas d’interpellation, enfants sans statut, droits non reconnus :la cause des employées de maison n’a guère évoluée depuis l’année dernière.

Quelques représentants de l’Eglise protestante solidaires de la cause

Le rassemblement à Sodeco square pour une marche d’une heure jusqu’à Raouché, bien encadré par une police bienveillante, a rassemblé un peu plus de monde que l’année passée (300 personnes environ). Mais il faut regretter que les syndicats de défense des droits des travailleuses n’ai pu s’accorder pour une manifestation commune. Quand les organisations et les Ego marchent devant, les idées passent derrière !

Pas de culte programmé à l’Eglise protestante française de Beyrouth qui avait appelé le dimanche précédent ses membres à rallier l’appel de Sodeco. L’évangile du jour nous invitait lui-même à cette marche.

En début de matinée, la méditation postée à toute l’Eglise par le pasteur sur le groupe Whatzapp, portait sur la marche des compagnons d’Emmaüs dans le récit de Luc 24. Trois jours après la mise à mort de leur Seigneur, déprimés, ils quittent Jérusalem devenue le lieu de leur désenchantement. Ils sont rejoints dans leur marche par Jésus. Cette marche est celle de la désillusion. L’évangéliste Luc choisit un lieu inconnu des cartes routières pour nommer leur destination. Emmaüs est un lieu symbolique. Disons qu’ils sont en marche vers nulle part. Il faudra que la parole soit partagée et que le pain soit rompu pour que leurs yeux s’ouvrent, les yeux de la foi : « Nos cœurs ne brûlaient-ils pas au dedans de nous quand il nous expliquait les Écritures en chemin ? »

Julia notre leader syndical !

Commence alors une nouvelle marche, en sens inverse, de nulle part vers le lieu du témoignage, Jérusalem, où se trouvent les autres disciples. C’est la puissance du ressuscité qui les mobilise maintenant.

La distance qui sépare Sodeco square de la corniche Raouché à Beyrouth fut en ce dimanche 30 avril notre Emmaüs-Jérusalem. La symbolique du culte protestant avait cédé la place à un autre symbole, celui marche à travers la ville pour réclamer un peu plus de justice.

Deux symboliques, une même puissance de vie, puisant la vérité de son témoignage dans une rencontre fondatrice avec Christ. Il y a des jours où prière, prédication et action se donnent la main pour célébrer autrement, dans la rue, avec et au milieu de tous.

Le Dieu qui a ramené le Christ de la mort à la vie est venu à notre rencontre pour nous rappeler que les mots amour et justice ne peuvent se satisfaire de célébrations désincarnées dans l’entre-soi. En ce dimanche 30 avril, à l’occasion d’une fête du travail à Beyrouth, nous avons marché avec lui et lui avec nous !

Colloque « Parole de Dieu, violences des hommes », Beyrouth, 17-19 mai 2017

Organisé par l’Eglise protestante Française et la Fondation des Cèdres

 

 

COMMUNIQUÉ

Les relations entre religions et violences sont d’une actualité dramatique. Scrutées par le monde académique, disséquées par les médias et suivies minutieusement par les Etats, elles laissent pourtant les sociétés civiles toujours aussi désemparées. Le projet du colloque « Parole de Dieu, violences des hommes » est d’ouvrir de nouvelles perspectives sur ces relations. Son ambition est de prendre de la hauteur pour mieux connaître, interpréter et combattre les violences de certains mouvements politiques, sociaux ou religieux, que ceux-ci justifient et alimentent par des références religieuses.

Il s’agit avant tout d’offrir au plus large public une expérience vivante. Montrer au public non universitaire que le travail académique ne se réduit pas à la seule érudition, mais qu’il peut nourrir un débat constructif car rationnel, sans préjugés ni partis pris. L’événement contribuera à faire comprendre, en particulier au public jeune, que si cette violence existe et perdure depuis la nuit des temps, il est possible de la penser à partir de données concrètes et au moyen de la raison, et qu’il existe des moyens de la défaire, tout cela… pacifiquement.

Connaître et interpréter pour mieux lutter contre la violence : croiser les interprétations du christianisme et de l’islam, mêler les approches de disciplines des sciences humaines rarement convoquées sur ce thème, faire dialoguer des spécialistes et des praticiens engagés, sur la base de « cas de discours » diversifiés et rarement rassemblés, voilà les contributions originales de l’événement « Parole de Dieu, Violences des hommes ».

Partir de « cas de discours » concrets : pour comprendre les violences à justification religieuse, il faut partir de « cas de discours » concrets. Les hommes appellent à la violence au nom de la religion dans des textes doctrinaux, des discours politiques, des prédications, des harangues, des slogans, mais aussi dans la poésie, le théâtre, le roman, l’audio-visuel etc.

Interpréter et réinterpréter les discours de violence instrumentalisant les religions : dans le cadre de deux tables rondes thématiques dialoguées, les « cas de discours » sont interprétés par des spécialistes de l’exégèse scripturale (Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran), de la socio-politique, de la psychanalyse et de la médiologie.

Associer spécialistes et praticiens : les représentants de cinq ONG engagées dans la lutte contre différentes formes de violence invoquant la religion, exposent les principes qui guident leur action (mémoire, vivre-ensemble, dialogue, témoignage, contre-discours, éducation…) et les mettent en discussion avec les spécialistes.

Les intervenants du colloque appartiennent à des institutions académiques ou des associations de huit pays du Moyen-Orient, d’Egypte, du Maghreb et d’Europe. Cette diversité ouvre une « vue large » qui permet de dégager des questions communes au-delà des clivages traditionnels Orient-Occident ou islam-christianisme.

Programme : Programme colloque FR

Contacts :

Contact : contact@colloquedescedres.org  /Site internet : www.colloquedescedres.org

Twitter : Colloque Des Cèdres (@CDCedres) / Instagram : Colloque Des Cèdres (@colloquedescedres)

Facebook : Colloque Des Cèdres

Fête de Noël à l’Eglise protestante française de Beyrouth, pour tous ou presque …

Dimanche 18 décembre à 15h00, dans le grand hall du Collège protestant, le pasteur Pierre Lacoste annonçait l’ouverture de la fête de Noël édition 2016. Au programme, concert de la chorale Malgache, chorégraphie de Faniry et Rayan, une histoire de Noël ponctuée de chants traditionnels comme « Minuit chrétien » (dirigé par Fiston) et pour finir la distribution des cadeaux aux enfants (assurée par Wendela). La joie était au rendez-vous pour tous, ou presque…

Le matin même au culte était annoncé le décès de notre frère et ami Luc Dingamoundou, gardien historique du temple et du CPF. Ami et confident de tant de personnes, sa maison était ouverte à celui qui entrait, même sans frapper. La fête peut avoir certain jour un goût amer. Mais Luc n’aurait pas partagé cette réserve. La vie qui vient du Christ ne finit pas pour celui ou celle qui la saisit. Chaque jour vécu dans la foi est un jour de fête. Nous exprimons notre reconnaissance pour le témoignage de notre ami Luc et confions Alex et Stéphanie, ses enfants  à la grâce de notre Seigneur.

Tous ou presque encore… Combien d’amies, travailleuses domestiques au Liban, ont-été retenues au travail dans leur foyer ? Au moins Marie a pu trouver une place à l’hôtellerie ! Elles n’ont pas eu droit à cette place, à ce jour de congés leur permettant de venir se réjouir dans leur Eglise de la naissance du Seigneur. Je vous laisse avec les mots de Gina, l’une d’entre-elle déposés sur notre forum « Whatzapp :

« Bonjour, c’est très joli votre fête de Noël ! Bravo à la chorale Malgache ; je suis tellement contente de les écouter ! Mais je suis aussi très triste parce que je n’ai pas pu participer à la fête avec vous. Alors je regarde la fête sur Youtube et je pleure. Qu’est-ce que c’est joli ! »

« Transfigurations à Dhour Chouwer » (2 octobre 2016)

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Sous les pins, au calme, nous avons fait monter nos prières à Dieu

« L’Eglise protestante française de Beyrouth est encore entre ciel et terre ce matin. Les célébrations en altitude sont connues pour transfigurer la face des hommes et peut-être du monde ! La communauté s’est en effet déplacée ce dimanche 2 octobre à Dhour Chouwer dans le Mont Liban (1100 m d’altitude) pour un culte et une journée de détente en pleine nature. Merci à Wendela pour une organisation sans faille ! Certains désistements de dernières minutes n’ont pas empêché de réunir près d’une centaine de personnes. Pour l’Eglise et son pasteur, ces femmes travailleuses domestiques au Liban représentent une mission dans la mission. Principalement Malgaches et Africaines, protestantes ou non, elles vivent dans des conditions proches de l’esclavage. Les maisons qu’elles astiquent à longueur de jours sont leurs champs de coton. Six jours sur sept (pour celles qui bénéficient d’un jour off), elles sont corvéables à merci pour un salaire dérisoire. Les cantiques qu’elles font monter vers Dieu dans leur langue maternelle avec une ferveur qui ne peut laisser personne indifférent sont leur Gospel. Si ces excursions bi-annuelles remportent un vif succès, c’est parce qu’elles offrent la possibilité de retrouvailles dominicales avec la dignité humaine. Tel est le message évangélique, il ne change pas nécessairement la condition humaine, il la transfigure, l’illuminant de grâce et d’espérance. Regardez ces visages ! Pierre Lacoste

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Après le culte et le pique-nique, la danse, la joie !

Les dessins du dimanche

Les enfants de l’Eglise protestante Française assistent au culte. Mais pendant la prédication ils ont le droit de dessiner ! Je vous invite à la première exposition des dessins de Faniry, Sara, Hasna et Mitia. Il semble que « l’ambiance biblique » dans laquelle ils ont été réalisés a été inspirante. Bonne visite !

la maison

Très jolie maison avec un nez de cochon ! Ce pourrait être aussi notre Eglise recevant d’en-haut l’Esprit (Sara – 2016)

maisons tête-bèche

« Les maisons à l’envers » selon l’endroit de la planète où l’on vit… (Hasna – 2015)

l'abat-jour

L’abat-jour des années 50 ! Superbe ! (Sara – 2016)

la voile

Étrange objet… Est-ce une voile poussée par le vent ? Une croix aux couleurs de la diversité ? (Sara – 2016)

le sapin

Le sapin psychédélique ( Faniry)

l'arbre arc-en-ciel

Un arc en ciel recouvrant l’orage… une image de la grâce (Hasna- 2016)

les poissons

Les poissons qui font des bulles (Hasna et Faniry – 2016)

coeur

Un cœur bien vivant et plein de joie ! (Hasna)

 

 

le bateau

La bateau qui fait du surf ; une autre parabole de la vie… (Sara – 2016)

big bang

Le big bang ? (Mitia – 2016)

 

mitsiya abstrait

L’harmonie des couleurs selon Mitia (4 ans – 2016)