La vie en jaune (méditation du Psaume 71)

1SEIGNEUR, je t’ai pris pour refuge ;
que jamais plus je ne sois humilié !
2
Tu vas me délivrer, me libérer, dans ta justice.
Tends l’oreille vers moi, sauvemoi.
3Sois le rocher où je m’abrite,
où j’ai accès à tout instant :
tu as décidé de me sauver.
Oui, tu es mon roc, ma forteresse.
4Mon Dieu, délivre-moi des mains du méchant,
de la poigne des criminels et des violents.
5Tu es mon espérance, Seigneur DIEU,
ma sécurité dès ma jeunesse.
6Je m’appuie sur toi depuis ma naissance,
tu m’as séparé du ventre maternel.
A toi sans cesse va ma louange !
7Pour beaucoup, je tenais du prodige ;
tu étais mon refuge fortifié.
8Je n’avais que ta louange à la bouche,
que ta splendeur, au long des jours.
9Ne me rejette pas, maintenant que je suis vieux ;
quand mes forces déclinent, ne m’abandonne pas.
10Car mes ennemis parlent de moi,
ceux qui me surveillent se sont entendus.
11Ils disent : « Dieu l’a abandonné ;
traquez-le, attrapez-le,
personne n’ira le délivrer ! »
12Dieu, ne t’éloigne pas de moi,
mon Dieu, viens vite à mon aide !
13Qu’ils aillent se perdre dans la honte,
ceux qui s’en prennent à ma vie !
Qu’ils se couvrent de déshonneur et d’infamie,
ceux qui cherchent mon malheur !
14Pour moi, je ne cesse pas d’espérer
et je persiste à chanter tes louanges.
15J’ai tous les jours à la bouche les récits
de ta justice et de ton salut,
et je n’en connais pas le nombre.
16J’ai part aux prouesses du Seigneur DIEU ;
de toi seul j’évoque la justice.
17Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse,
et jusqu’ici, j’ai proclamé tes merveilles.
18Malgré ma vieillesse et mes cheveux blancs,
ne m’abandonne pas, Dieu :
que je puisse proclamer les œuvres de ton bras à cette génération,
ta vaillance à tous ceux qui viendront.
19Si haute est ta justice, Dieu !
Toi qui as fait de grandes choses,
Dieu, qui est comme toi ?
20Toi qui nous as tant fait voir
de détresses et de malheurs,
tu vas à nouveau nous laisser vivre.
Tu vas à nouveau m’élever
hors des abîmes de la terre.
21Tu rehausseras ma dignité,
et à nouveau tu me réconforteras.
22Alors, je m’accompagnerai de la harpe
pour te célébrer, mon Dieu, et ta fidélité ;
sur la lyre, je jouerai pour toi,
Saint d’Israël !
23Je jouerai pour toi,
mes lèvres chanteront de joie,
car tu as racheté ma vie.
24Et ma langue, tous les jours,
redira ta justice,
car c’est la honte et l’infamie
pour ceux qui cherchaient mon malheur.


 

Ce psaume tient en son espace de prière deux grandes vérités. La première en jaune, se détecte au travers de mots tels que salut, présence, délivrance, fidélité ; la seconde, en bleu, dans les mots ou les idées de justice et de rétribution. Le verset 15 exprime cette dualité : « J’ai tous les jours à la bouche les récits de ta justice et de ton salut ». A la lecture de ces 24 versets, j’ai le sentiment que la balance penche du côté de la bienveillance et de la grâce.

Islam et salut

On parle souvent de particularité biblique mais sans jamais évoquer la théologie des autres religions. Or, une particularité se définit toujours en rapport à une norme. La religion juive et l’Islam se construisent sur un fondement juridique. Torah et sharia (le chemin) mènent à la connaissance de la volonté de Dieu. En Islam, on a davantage besoin de guidance et de soumission (islam) que de salut. Ces deux monothéismes du livre constituent des orthopraxies (des religions de la juste pratique). C’est précisément ce qui fait le pouvoir d’attraction actuel de l’Islam sur les jeunes. Ce qu’il faut croire se dit en deux lignes et sans cérémonie publique (la shahada : « pas d’autre Dieu que Dieu et Muhammad est son prophète ») ; ce qu’il faut faire est explicite : la loi islamique définit les comportements de la vie quotidienne avec une précision très sécurisante pour les jeunes en perte de confiance dans l’avenir. Et il faut reconnaître qu’elle ne porte pas que de mauvais fruits ! La vie devient ainsi une sorte de grand livre comptable de toutes nos actions. Le musulman à la fin de sa vie comparaît devant Dieu : Celui dont la balance est lourde aura une vie agréable ; celui dont la balance est légère, sa mère est un abîme très profond »(Q 101 :6-9). S’il tient son livre de vie de la main droite, il ira au jardin des délices, s’il le tient de la main gauche, il ira en enfer.

Le salut biblique renvoie à une réalité très différente. Il ne donne pas dans le registre de la justice légale et de la pratique religieuse, mais invite en premier lieu à une relation. Telle est sa particularité. Une relation se tisse au moyen de fils nombreux. Elle est complexe, unique, fragile et éternelle à la fois. Elle est pratique et connaît ses devoirs, certes, mais s’enracine dans la vie intérieure et spirituelle. Il y a bien un livre de vie dans la Bible, mais c’est Dieu qui le tient, non pas l’homme (Ps 56.8 ; Ap 3.5). Et ce Dieu décide de devenir amnésique de nos fautes à cause de Jésus-Christ. Devant Dieu, nous comparaîtrons les mains dans les poches avec un cœur reconnaissant pour tous les mots écrits en jaune dans ce psaume et ceux plus réjouissants encore prononcés par le Christ dans les évangiles. Le salut n’empêche pas la soumission, mais il l’obtient par amour, jamais par crainte.

Le vieillard, type du croyant (v.9 et 18)

Dans ce psaume, le vieillard est une image de nous-même. Au terme de son parcours, il sait ce dont il a besoin. Cet essentiel vital, c’est la présence de Dieu. Que Dieu soit juge et qu’il punisse les méchants ne saura jamais remplir sa vie. Le vieil homme, conscient de sa faiblesse, alors que les amis disparaissent, que la famille a trop à faire pour rendre une visite, tend les mains vers Dieu, non pour quémander une place au soleil dans le jardin des délices, mais pour implorer la visite du Seigneur libérateur (v.9, 12, 18, 21). Il voit sa vie en jaune !

A ma tante Lucie

Dans mes yeux d’enfant, « Tata Lucie » a toujours été âgée. Elle passait de longues heures à dormir sur son fauteuil voltaire dans l’attente d’une visite. Quand elle ne dormait pas, elle fredonnait des airs inconnus ou nous manifestait sa joie de nous avoir près d’elle. La visite la remplissait de joie et l’attente d’espérance. D’une façon ou d’une autre, sa vie était remplie des choses qui sont chantées dans ce psaume. Sans doute, quand nous manquions à nos devoirs, Dieu la visitait secrètement. Ce psaume nous dit (et tante Lucie avec lui), que nous vieillirons comme nous avons vécu, dans la solitude d’une vie centrée sur soi ou dans la joie de la rencontre et de l’attente du Dieu sauveur. Vieux angoissés, nécrosés ou croyants légers et reconnaissants, à nous de choisir !


 

« Le sacrifice de la joie ! » (Méditation de Romains 12.9-21)

joie couleurAprès avoir exposé le mécanisme du salut nommé « justification par la foi », fruit de la seule grâce de Dieu, l’apôtre Paul, égraine maintenant à ses destinataires romains un certain nombre de recommandations pratiques. Le salut n’est pas une construction mystique désincarnée à usage privé. La vie en Christ a ceci de particulier qu’elle crée de la vie, des relations, des interdépendances entre les gens. Le principe de cette dimension relationnelle du christianisme est exposé en tête de chapitre 12 : « Je vous exhorte à offrir votre corps en sacrifice vivant, consacré et qui plaise à Dieu. ». Et en guise d’application, l’ensemble 9 à 21 invite à la mise en pratique de 12 dispositions : amour sincère, zèle au service, joie, patience, hospitalité, bénédiction du prochain, ouverture à l’autre, humilité, recherche du bien, de la paix, de la non-violence, et de la victoire sur le mal.  Reste à savoir en quoi consiste cette offrande de soi ?

On n’est pas des bonzes !

Je revois ces images désolantes de chrétiens philippins, les soirs de vendredi saint, poussant la folie religieuse jusqu’à se faire crucifier pour suivre jusqu’au bout le chemin de souffrance de leur maître. S’il y a bien une association de destin entre les croyants et le Christ, elle se définit de toute autre façon. Pour devenir martyre ou kamikaze, il suffit de s’emmurer avec sa cause, sa vérité. Tôt ou tard, il en sortira quelque chose de dramatique. L’offrande de son corps en sacrifice, telle que la préconise l’apôtre Paul, répond à d’autres exigences, bien plus coûteuses si l’on y réfléchit.

« Offrir son corps en sacrifice vivant à Dieu » signifie : « Que la vie de l’homme tout entier devienne un culte à Dieu ! ». Toutes vos existences ! Paul emploie le mot corps ici pour éviter justement les dichotomies piégeuses autour de la pratique religieuse. Dans la vie du chrétien, il ne peut y avoir de domaines séparés : la vie cultuelle et la vie profane. Comme le corps ne peut déclarer étranger l’un ou l’autre de ses membres, la vie de la semaine doit être le prolongement de la vie dominicale, pas sa face cachée ou le revers de sa médaille.

Chrétiens du Dimanche ?

Le chrétien ne peut pas être un petit saint à l’Eglise et un homme sans foi ni loi dans la vie de tous les jours. Paul barre ainsi une autre voie : la vie chrétienne n’est pas constituée de deux sphères distinctes et opposées, l’une spirituelle et l’autre matérielle. Le sacrifice spirituel n’est pas celui de belles prières qui ne coûtent pas cher, et le matériel, relatif à quelques tâches « subalternes » de ménage ou encore le service de la collecte ! Les trésoriers sont spirituels quand ils comptent les sous et les pasteurs le sont aussi (et peut-être surtout !) quand ils changent eux-mêmes une ampoule dans le temple au lieu d’appeler le « frère-matériel » de service.

Dans cette même dynamique holistique, la prédication de la parole ne peut se contenter d’égrainer des pensées pieuses qui touchent à peine le sol et a fortiori la vie des gens.

Je hais vos sacrifices ! (Jérémie 6.20)

En utilisant le langage sacrificiel de l’Ancien Testament l’apôtre Paul que dans la Nouvelle Alliance, tous les croyants sont à la fois prêtres et victimes. La voici l’association de destin dont nous parlions plus haut ! En raison de mon attachement à Christ, c’est moi qui dois offrir et c’est moi que je dois offrir. Ce sacrifice doit être vivant parce que Dieu n’a plus que faire des sacrifices mortels et mortifères de toutes les religions du monde. Depuis l’événement de la croix, c’est la foi et la vie qui sont agréables à Dieu, non le sang et les larmes !

Et s’il fallait dégager l’essentiel de la liste des 12 dispositions qui font le chrétien en 9-21, on pourrait choisir la joie, l’hospitalité et la victoire sur le mal. Voilà le nouveau sacerdoce, les trois piliers d’une vie chrétienne consacrée. Je me bornerai, pour ne pas faire long, au pilier qui me semble soutenir le plus solidement mon existence.

La joie, non comme émotion subie qui va et qui vient au gré des circonstances ; mais la joie comme choix résolu, comme fondement à l’existence, comme parti-pris. Paul ne parle pas ici de tempérament mais de style de vie assumé. Quand la tristesse nous assaille, quand la vallée obscure, interminable, semble vouloir tout engloutir, la joie de Dieu est toujours possible, chemin étroit sur lequel chantent les fous de Dieu au beau milieu des désastres de l’existence. Soyons prêtres et prêtresses de la joie !

« Prie les yeux grand ouverts ! » (Méditation du Psaume 123)

L’ensemble des psaumes 120 à 135 constitue un livret à part dans le psautier. Ce sont des chants dits « des montées », composés à l’occasion des grandes fêtes juives. Les pèlerins en route vers Jérusalem y puisaient du réconfort.

Le langage du corps

Ce psaume 123 est une prière d’appel au secours. Celui qui prie par ces mots se sent écrasé par l’oppression. Il ressent une humiliation profonde et dans un cri de désespoir, il lève les yeux vers le ciel…

Cette attitude de lever les yeux, d’ouvrir les yeux sur le ciel, dit des choses intéressantes sur la prière. Considérons un instant les différentes attitudes de notre corps quand nous prions. Chacune exprime un message différent.

Prier debout, assis à genoux. Prier les mains jointes, les mains levées ou les mains ouvertes. Prier les yeux fermés ou les yeux ouverts, la bouche fermée ou en faisant vibrer nos cordes vocales… Tout cela dit quelque chose, non seulement de notre disposition intérieure, mais plus profondément du sens que nous donnons à la prière.

Nous n’y prêtons guère attention. Ce sont des habitudes de vie et de culte qui nous ont été quelquefois transmises depuis l’enfance par nos parents ou d’autres chrétiens.

Mais cela ressemble souvent à : « Quand tu pries, ferme tes yeux, ferme tes mains, ferme ta bouche ! »  La prière ressemble alors inévitablement à un recroquevillement sur soi, un repli sur nous-mêmes. Tête baissée, mains crispées, yeux fermés. On ne sera pas étonné qu’une telle gestuelle accouche d’une prière autocentrée !

Prier, c’est vivre !

La prière du fidèle dans ce psaume prend la direction contraire. En Israël la prière, souvent publique, n’est pas un enfermement sur soi. On se méfie au contraire des silences intérieurs, source de toutes les confusions, de toutes les diversions. Qu’y a-t-il d’ailleurs de plus bruyant que le silence intérieur ?

Dans ce psaume, la prière est au contraire une ouverture. Je lève les yeux vers le ciel. J’ouvre grand les yeux sur le ciel. Garder les yeux ouverts, c’est rester éveillé, lucide, connecté au réel. Prier les yeux ouverts, c’est inévitablement découvrir au passage les besoins des autres.

La prière biblique n’est pas une fuite de la réalité. Elle n’est pas un passeport pour un voyage spirituel hors du temps et hors du monde. Bien au contraire, la prière biblique est un engagement au plus près des réalités. Elle est un combat les yeux grand ouverts !

En fermant  les yeux, on ne prie, symboliquement, que pour soi. Et quand on prie pour les autres, ce sont encore les autres réduits à la dimension de ce que nous en comprenons dans le huis clôt de notre être intérieur. Et si nous faisons souvent fausse route dans notre intercession pour les autres, c’est parce que nous projetons sur eux ce que nous voudrions pour nous. C’est une erreur.

Ici le psaume est un cri réclamant la fin de l’oppression et de l’humiliation. Ce cri, les yeux grand ouverts, est dirigé vers le ciel, unique source possible de libération. Et si nos gestes de prière sont trop fortement ancrées, eh bien, comme le dit la chanson, « ouvre les yeux de ton cœur » !

Tels les yeux des serviteurs… Tels les yeux d’une servante… Tels nos yeux vers le Seigneur attendent qu’il fasse grâce. Grâce ! Seigneur grâce !

Un geste de la main

Je trouve ce regard des serviteurs fixé sur la main de leur maître particulièrement beau. Cela ne justifie pas l’esclavagisme! L’accent porte sur l’attention du serviteur aux désirs de son maître. Il fixe des yeux cette main qui peut tour à tour ordonner, bénir, inviter et encourager…

Il faut rappeler que le statut des esclaves en Israël n’était pas comparable à celui des noirs en Amérique au 19e siècle. La loi de Moïse prévoyait la libération des esclaves au bout d’une période de sept ans (Exode 21.2).

Mais ce qui fait réellement une différence dans ce psaume,  c’est la capacité de la main du maître à bénir, à secourir, à faire grâce. Le fidèle attend du Père céleste pardon, secours et protection. C’est ainsi que Jésus lèvera les yeux vers le ciel avant la multiplication des pains, rendant grâce à Dieu, le Père qui prend soin des affamés. (Mat 14.19)

Tenez bon !

Nous sommes loin ici des exigences de ces « Madame » ou de ces « Monsieur » pour lesquels nombre d’entre vous travaillent du matin jusqu’au soir. Leurs yeux surveillent vos mains pour vérifier que vous en faites assez, exigeant toujours plus d’heures, toujours plus de travail.

Ce psaume est donné aujourd’hui comme une grâce, un outil de résistance pacifique à toutes les femmes d’Afrique, d’Asie qui sont soumises par le « Kafala system » à des conditions inhumaines de travail (même si, hamdullah, certaines d’entre vous sont très bien traitées.).

Avec celles et ceux qui souffrent aujourd’hui de leur situation au point même de désespérer, je partage avec beaucoup d’émotion ce psaume 123. J’appelle avec eux, pour eux la grâce de notre Dieu.  Qu’elle soit pour vous comme un rayon de soleil qui vient d’en-haut, comme un geste de la main qui vous dit l’amitié du Père. Amen !

Le braqueur de la mort (Psaume 107.16)

« Célébrer le Seigneur car il est bon, car sa fidélité est pour toujours ! » (Psaume 107 v.1)
L’essentiel de ce long psaume 107 est dit dès le premier verset : Dieu est bon et son amour dure toujours. Le mot hébreu Hésèd que nous traduisons par AMOUR ou FIDÉLITÉ est  en réalité beaucoup plus riche. Il veut dire premièrement que Dieu a un cœur plein de tendresse et de compassion. Dieu souffre de nous voir souffrir. Le mot veut dire aussi que Dieu s’engage à fond dans l’histoire de son peuple. il ne se limite pas à pleurer avec ceux qui pleurent, il agit ! Enfin, Dieu est FIDÈLE veut dire que Dieu s’attache à nous pour toujours (« Le Seigneur est fidèle: il vous affermira et vous gardera du Mauvais » ; 2 Thess 3.3)

S’il fallait un mot pour le dire…

Le Dieu de la Bible est premièrement, ultimement et fondamentalement AMOUR ! C’est ce que l’apôtre Jean dans sa première épître affirme : « Dieu est amour ! » (4.8)
Le fidèle et donc celui qui n’a plus peur de l’avenir.  Si Dieu est Amour et que demain lui appartient, à quoi bon s’inquiéter ? Dieu a démontré sa fidélité et son amour dans l’histoire, dans mon histoire, de quoi aurais-je peur ?

Comme une valse à trois temps

Ce psaume 107 est construit comme une valse à 3 temps sur un rythme quasi métronomique.
Premièrement, il décrit des situation de détresses (les paumés de la vie 2-5 ; les prisonniers 10-12 ; les dévoyés 17-18 ; les navigateurs en danger 21-27)
Ensuite le désespéré appelle au secours le Seigneur et le Seigneur intervient ( 6-7 ; 13-14 ; 19-20 ; 28-30 ). Enfin,  le fidèle est invité à la joie, à l’action de grâce envers le Dieu qui délivre.

Hold up en Hadès !

Les prisonniers ?  Ils seront délivrés. Il ne s’agit pas de ceux qui subissent en prison une erreur de justice, mais bien de ceux qui ont commis le mal et qui sont là pour payer leurs dettes. Qu’ils crient vers Dieu, se repentant du mal qu’ils ont fait, et le Dieu d’amour volera à leur secours. Ils seront sauvés comme le brigand sur la croix invoquant la grâce du Seigneur Jésus-Christ agonisant à ses côtés pour le salut de tous les hommes.
Jésus n’est-il pas allé prêcher la bonne nouvelle aux esprits en prison (1 Pierre 3.19) ?
Il n’existe pas de lieu, pas de cœur, pas de révolte qui ne soit accessible à la grâce de Dieu.
Le verset 16 est magnifique :  « Il a brisé les portes de bronze et fait sauter les verrous de fer ». On retrouve cette même expression sous la plume du prophète Esaïe (45.2). Le serviteur de l’Éternel, sera donc un braqueur de serrure ; il sort par effraction de là où personne ne revient jamais.

Le Seigneur Jésus en sortant du tombeau a fait sauter le verrou le plus puissant, le plus rouillé qui tenait nos vies sous bonne garde : le verrou de la mort.
Désormais, comme l’écrit l’apôtre Paul, nous sommes ressuscités avec Christ (Colossiens 2.12; 3.1). Puisque nous sommes ressuscités,  eh bien, vivons comme des ressuscités et non comme des morts !
Nous nous sentons peut-être enfermés, pris au piège, sans espoir d’avenir.
Cet enfermement est angoissant et nous nous sentons mourir. Quand on nous fait du mal ou que l’on fait du mal à ceux que nous aimons, quand nous faisons nous-même le mal, nous touchons aux portes de la mort (v. 18)

Secoue-toi !

Ce psaume nous appelle à réagir. Ne subissons pas en silence, mais crions notre désespoir.
Il faut crier, il faut exprimer notre souffrance dans les larmes ; dire au Seigneur que nous ne supportons plus de vivre enfermés, prisonniers de nous-mêmes ou des autres, que nous avons besoin de sa délivrance !
Ce psaume nous donne des mots très forts pour prier, des mots très forts pour crier.
Que nous soyons dans la peine, que le sentiment de culpabilité nous serre le cœur, nous savons que le Dieu du salut nous invite à sortir de nos tombeaux. Celui qui a promis d’essuyer un jour les larmes de nos yeux (Ap 7.17), nous invite à la joie !
La joie ce n’est pas simplement rire, être excités ou heureux quand tout va bien. La joie profonde c’est la conviction d’être attaché au Seigneur Jésus-Christ et de demeurer en lui.
La vie n’est pas facile au Liban pour beaucoup de gens… Et je pense en particulier ce matin aux femmes travailleuses domestiques enfermées qui n’obtiennent pas le respect de leur droit et notamment celui d’aller prier à l’Eglise le dimanche.
Ce matin ce psaume les invite à garder confiance en Dieu. Dieu est bon, il rend libre les opprimés ! Comme dit Jésus : « Ne craignons pas ceux qui peuvent tuer le corps mais qui ne peuvent tuer l’âme » (Mat 10.28). Notre âme appartient au Seigneur.

Choisissons plutôt de célébrer Celui dont l’amour pour nous dure toujours ! Amen !

« Histoire d’une petite flamme » : l’Eglise Protestante Française de Beyrouth (1er épisode)

Cette série d’articles historiques se donnent la mission d’évoquer le parcours de l’Eglise protestante française de Beyrouth. Nous découvrirons les circonstances de sa création et cheminerons avec les personnages qui ont concouru à l’entretien de la « petite flamme » de la présence protestante française au Liban.

Ma seule légitimité à vous en faire la relation est de m’être plongé dans les archives des associations qui ont été créées à cet effet et de m’inspirer largement du livre « Le protestantisme français et le Levant » édité aux Editions Oberlin (Strasbourg), dont je suis co-auteur avec Jean Paul Eyrard. Puisse ce travail vous inspirer le désir de reprendre le flambeau et porter à votre tour les valeurs universelles du protestantisme français au Levant. Georges Krebs.

Les protestants au Liban : une vieille histoire…

Au commencement était le premier culte protestant de langue française jamais organisé au Moyen Orient. C’était un 23 novembre 1856 devant 23 fidèles et une certaine concorde en Europe a permis que ce culte soit présidé par un pasteur allemand parfaitement bilingue.

La guerre de 1914/18 balaye cette « entente cordiale » et ce sont d’autres rapports qui s’établissent à la sortie de la guerre.

A l’origine : le traité de Versailles (1919)
Le Traité de Versailles signé en 1919, principalement dans son article 438, définit dans quelles conditions les biens appartenant à des missions religieuses chrétiennes allemandes sontdévolues à des missions religieuses des états alliés ayant les mêmes croyances.
Le protestantisme en France essentiellement tourné vers les terres d’Afrique n’était pas particulièrement préparé à assumer cette nouvelle responsabilité.
Cependant après bien des tergiversations et tâtonnements, des hommes comme le pasteur Jean Bianquis à la FPF (Fédération protestante de France) et son fils Philippe, professeur à l’université américaine à Beyrouth, ont su relever le défi et avec opiniâtreté faire avancer le dossier.

Le pasteur Jean BIANQUIS (1853-1935) Président de la Mission évangélique de Paris

Le pasteur Jean BIANQUIS (1853-1935)
Président de la Mission évangélique de Paris

En 1925, avec la bénédiction des autorités françaises furent constituées deux associations de droit français : l’une à vocation culturelle, l’autre cultuelle.
La dénomination de ces associations évoluera avec le contexte historique mais toutes deux continuent d’œuvrer aujourd’hui sous l’intitulé respectif de :
-Présence Protestante Française au Liban (PPFL) pour la culturelle
– Association Protestante Française de Beyrouth (APFB) pour la cultuelle.
Par la suite nous mentionnerons ces 2 entités sous le sigle de PPFL et APFB.

1925 : naissance d’une communauté
A ces deux associations il faut ajouter la création à Beyrouth, cette même année 1925, de «l’Eglise Protestante Française du Liban » dénommée en fait « Eglise protestante française de Beyrouth », en charge de la vie de locale de l’Eglise, sous la responsabilité du Conseil presbytéral.

Entre patriotisme et protestantisme français…

Enfin, il nous faut mentionner une autre association toujours active de nos jours, l’Action Chrétienne en Orient (ACO), crée dès 1922 par le pasteur Berron, alsacien, et dont l’origine fait suite aux persécutions des arméniens sous l’Empire ottoman.

L’aventure ne fait que commencer… car il faut maintenant mobiliser les énergies pour assumer « ce lourd héritage d’obligations et de responsabilités nouvelles » comme pourra le proclamer en conférence publique Jean Bianquis, en concluant qu’avec l’arrivée des deux associations « toutes les familles spirituelles de la France soient représentées dans ce Liban où s’exercent tant d’influences religieuses diverses et opposées » Et de préciser sa pensée que les 5000 à 6000 protestants libanais n’ont trouvé devant eux jusqu’ici que les pères catholiques, l’Alliance juive et la Mission laïque. Il est donc temps de montrer « que la protestantisme français existe et qu’il constitue une force morale de notre pays ». Il faut noter que dans ce grand élan de générosité, au sortir de la « grande Guerre », les motivations patriotiques ne sont pas absentes quand pour mobiliser les énergies (et la générosité …) la FPF lance une campagne de « propagande » et dans un communiqué conclut « Un grand devoir patriotique s’impose à nous en même temps qu’un grand devoir chrétien »

Et M. Ponsot (haut-commissaire du Levant en 1929) marquera sa gratitude en affirmant «la collaboration très précieuse que le protestantisme français lui apporte dans son œuvre de pacification.»
Il faudra encore attendre le printemps 1926 pour qu’une mission conduite par le sénateur Eccard séjourne au Liban accompagné de Jean Bianquis (ancien directeur de Société des missions évangéliques de Paris – aujourd’hui le Défap) et de Mlle Puech, infirmière.
En plus de la visite de l’Eglise protestante, celle-ci aura un double objectif…

L’Hôpital Saint-Jean

Les trois piliers : une Eglise, un dispensaire, une école
Le premier est de conserver et plus précisément de récupérer les biens dévolus dans le cadre du traité de Versailles composés de l’Hôpital Saint-Jean et la Maison des diaconesses occupés principalement par l’Armée française et accessoirement par l’embryon du Musée national du Liban !

Le deuxième était de créer une œuvre à caractère protestant.
La récupération du terrain donna lieu à une négociation serrée avec les autorités militaires de la part du sénateur Eccard appuyé en cela par le Quai d’Orsay soucieux du respect de l’at 438 du Traité de Versailles…

L'orphelinat

Le premier bâtiment des diaconesses allemandes

Quant aux œuvres, après avoir pris l’avis des protestants tant français que libanais, il a été décidé de poursuivre celle éducative accomplie précédemment par les diaconesses allemandes, et donc de créer une école de jeunes filles. L’œuvre hospitalière pour sa part sera abandonnée à l’armée française par la cession en 1929 des terrains et des bâtiments de l’Hôpital pour se concentrer sur l’ouverture dès 1927 d’un dispensaire ophtalmologique.
La mise en œuvre de ces dispositions et l’arrivée concomitante d’un pasteur français aumônier de l’Armée du Levant allait permettre à la petite flamme du protestantisme français de s’affirmer dans le paysage encombré des communautés religieuses…
Nous verrons donc prochainement après le temps de la réflexion comment sous le regard bienveillant pour ne pas dire intéressé de l’administration et autorités militaires françaises est venu le temps de l’action jusqu’aux confins du Djebel druze…

Georges Krebs, administrateur de PPFL (suite au prochain épisode)