« La saison des figues » (méditation de Marc 11.11-20)

Le sermon du lendemain

Lundi 10 septembre 2018

« La saison des figues » (Marc 11.11-20)

Évangile selon Marc 11.11-26 (TOB)

12 Le lendemain, à leur sortie de Béthanie, il eut faim. 13 Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il n’y trouverait pas quelque chose. Et s’étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas le temps des figues. 14 S’adressant à lui, il dit : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples écoutaient.

20 En passant le matin, ils virent le figuier desséché jusqu’aux racines. 21 Pierre, se rappelant, lui dit : « Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit est tout sec. » 22 Jésus leur répond et dit : « Ayez foi en Dieu. 23 En vérité, je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne : “Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. 24 C’est pourquoi je vous déclare : Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé. 25 Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. »

Le récit du figuier maudit par Jésus est une histoire simple mais qui dérange beaucoup.  Ce n’est pas l’histoire d’un pauvre figuier carbonisé qui m’émeut… Ce qui fait problème, c’est que le figuier est une image de notre humanité. Le figuier c’est moi, c’est nous ! Et Jésus ici est désespéré de ne pas trouver de fruit dans le cœur de l’homme.

Bénédiction et malédiction

Qu’est-ce que ce fruit ? Il y a la longue liste de Gal 5.22 où Paul explique ce qu’est le fruit de l’Esprit.

Porter du fruit, c’est donc devenir des femmes et des hommes en relation, capables d’accueil, de vérité et de fraternité. Des compagnons d’humanité auprès de qui il fait bon vivre, des gens qui diffusent autour d’eux espérance, soutien et affection.

Mais il arrive que nous ne portions pas de fruits. Nous sommes centrés sur nous-mêmes ; de loin nous paraissons brillants, agréables, bons et intelligents, mais dans le regard du Christ qui sonde la profondeur des cœurs, nous sommes secs de l’intérieur. Notre vie n’est pas un lieu de partage, de rencontre. Peu à peu, ceux qui s’approchent de nous s’éloignent ; nous nous desséchons dans un égocentrisme solitaire qui nous tue à petit feu. Tel est le figuier de Marc 11.

Jésus en le maudissant ne fait que constater une réalité. On pourrait résumer la situation ainsi : porter du fruit pour les autres, c’est choisir la vie. Vivre en priorité pour soi, c’est choisir la malédiction.

Une envie de femme enceinte ?!

Une seule chose me dérange dans ce récit, plus encore que la malédiction de Jésus ; c’est cette petite phrase qui à première vue ressemble à une simple information, mais qui est beaucoup plus que cela. Marc précise que « ce n’était pas la saison des figues ».

Je ne comprends pas le titre traditionnellement donné à ce passage dans nos traductions : « Le figuier stérile ». Il n’est pas question de stérilité mais de non production hors saison.

Comment Jésus peut-il maudire un figuier qui ne porte pas de fruit quand ce n’est pas sa saison ? C’est révoltant ! Autant demander à un manchot de devenir champion de tennis !

Mais je n’arrive pas à croire non plus que Marc nous raconte un caprice de femme enceinte qui aurait une envie de fraises à Noël ! Marc est le seul à ajouter cette petite phrase. « Ce n’était pas la saison des figues… ». Quel est le sens de cette indication ?

Souvenez-vous que le figuier, c’est nous et non un arbre ! On peut reformuler le problème ainsi :  Quel est le bon moment pour vivre en chrétien ? Le dimanche matin ? Non pas seulement. Le chrétien est donc comme un figuier qui porterait du fruit toute l’année, saison et hors saison.

Cette idée de « fructification permanente » du croyant est bien au cœur de la pensée de Jésus. La pensée ou la logique du Royaume de Dieu est inverse à celle de notre monde.

Une scène d’évangile en Gare du Nord

Je me trouvais dans un train de banlieue à Paris cet été quand une femme avec un enfant au bras monte dans la rame. J’avais couru pour avoir ce train. Pas de guichet sur mon chemin pour acheter un ticket. Je ne voulais pas manquer ce train. Je m’assoie, inquiet. La femme avec son enfant au bras commence à demander l’aumône aux voyageurs. Je ne l’ai même pas vu me tendre la main tellement j’étais occupé à guetter le contrôleur.

La femme à l’enfant tend sa main vers une autre femme, assise un peu plus loin. Une femme qui de toute évidence vit aussi dans la rue. Elle est sale et semble fatiguée, chargée d’un gros sac à dos… Elle sort de son sac une belle banane et la donne à la femme et à son enfant ; elles se sourient. Je venais de rencontrer la femme figuier selon le cœur de Jésus. Celle qui porte du fruit tout le temps. Elle ne possède pas grand-chose mais elle trouve la force ou la simplicité de le partager. Elle a des yeux pour voir et un cœur pour accueillir.

L’évangile n’est pas seulement un vieux texte poussiéreux qu’il faut lire et commenter à l’Église le dimanche matin ou pour sa méditation personnelle. L’Évangile, c’est le rendez-vous de la vie qui se joue à tous les coins de rues, tous les jours que Dieu fait. Pour cela, il faut des yeux pour voir, quelquefois pour pleurer, et un cœur pour comprendre. Ce jour-là, dans ce train-là, mon figuier n’avait pas de figue… J’étais emprisonné par mes problèmes personnels ; je n’ai pas vu le Christ s’approcher de moi et me tendre la main. La logique du Royaume de Dieu consiste à faire de la place à celle ou celui qui tend les mains, quelle que soit la raison, quel que soit le moment…

A l’Eglise d’Harry Potter.

Quand le groupe repasse le lendemain, le figuier a séché… et Pierre interroge le Christ. Jésus répond au groupe des disciples : « Ayez foi en Dieu. Tout ce que vous demanderez en priant croyez que vous l’avez reçu. ». Alors que Pierre attend peut-être un enseignement du maître sur l’art de donner, Jésus donne une leçon sur l’art de recevoir.

Recevoir quoi ? Une foi à déplacer les montagnes ! On a souvent compris cette réponse de Jésus comme une invitation à rechercher la puissance des miracles. Certains mouvements évangéliques basent leurs réunions sur ces manifestations du surnaturel, au point qu’on se demande parfois si l’on se trouve dans l’Église de Jésus-Christ ou celle d’Harry Potter !

Une montagne de problèmes

Je me demande : « Quel serait l’intérêt de déplacer une montagne ? » A-t-on pensé aux conséquences ? Aux pauvres montagnards, aux animaux qui vont se faire écraser ! Les sources ? Et le tsunami que va provoquer la projection de la montagne dans la mer ! Est-ce qu’on y a pensé ?! C’est absurde ! Non, à l’évidence, Jésus ne nous demande pas de rechercher ce genre de manifestations. Par le mot « montagne », il désigne une autre réalité. Notre langue française l’a bien compris quand elle parle  » d’une montagne de problèmes ! » C’est celle-là précisément que nous sommes appelés à déplacer. C’est ce figuier sans fruit, cette vie centrée sur elle-même qui doit être séchée. Jésus nous demande de tuer en nous le mensonge, l’hypocrisie, l’indifférence, la violence, la soif de posséder, la négation et l’exclusion de l’autre.

Peut-être ici, plus précisément encore, ce qui est condamné par Jésus, c’est le désir de séduire, de paraître, de manipuler. Le figuier est attirant, ses feuilles vertes évoquent l’abondance. C’est un avertissement aux religieux d’Israël qui disent et ne font pas, qui s’attachent à l’apparence de la religion et en délaissent le cœur (ou au pasteur qui prend le train en Gare du Nord !)

Ne cherchez pas à vous améliorer, devenez croyant !

Voilà sœurs et frères, je vous laisse à votre figuier, j’en ai bien assez du mien. Mais ne vous inquiétez pas trop. Le secret d’un figuier plein de figues nous est révélé par Jésus : « Ayez foi en Dieu ! ». Oui, avant de donner, il faut apprendre à recevoir. Nous ne nous sauverons pas nous-mêmes et nous ne sauverons personne autour de nous. L’appel de l’Evangile, c’est de laisser le Christ faire mourir en nous tout ce qui ne sert pas la bonne nouvelle de la vie ; tout ce qui n’enrichit pas ceux qui viennent à nous. La foi, Jésus la donne.

Voilà la vraie puissance : celle qui consiste à laisser agir en nous la grâce de Dieu. Et tout le reste sera donné par-dessus ! AMEN !

« Un moment au jardin… »

L’Eglise protestante française de Beyrouth lance ce mois de juin un programme d’événements culturels, intitulé : « Un moment au jardin… ». Depuis le mois d’octobre 2017, le cimetière protestant de la rue de Damas est prolongé d’un jardin, véritable oasis de paix, au cœur de la ville de Beyrouth. Ouvert au public tous les jours (8h-14h), le jardin se veut aussi lieu de rencontre autour d’événements culturels. Le dimanche 17 juin prochain, à 18h30, nous vous invitons à rencontrer Oussama Abdel Fatah, oudiste libanais et chanteur de poésie arabe empreinte de spiritualité soufi. Son spectacle, non sans résonance avec le lieu, s’intitule : « Hors sujet ». A l’issu du concert, pour prolonger la rencontre, un « apéritif solidaire » sera servi.

Confirmations à l’EPFB (15.04.2018)

En ce dimanche 15 avril 2018, l’Eglise protestante française de Beyrouth a célébré un grand culte.

Le gâteau des confirmations marqué des textes bibliques choisis par les catéchumènes

Rosa et Nirina, membres des Eglises protestantes FJKM à Madagascar, ont toutes deux confirmé leur baptême en prononçant des paroles d’engagement, très émouvantes, à suivre désormais le chemin de Dieu.

La chorale malgache en grande tenue a fait une entrée solennelle à la suite des confirmantes et du pasteur. Une centaine de personnes s’étaient massées dans la salle de réunion du CPF pour vivre l’événement. Nirina et Rosa ont suivi un parcours catéchétique d’un semestre au cours duquel elles ont pu approfondir leur connaissance de la Bible et débattre de questions relatives à l’engagement chrétien.

Voici les paroles qui scellent aujourd’hui cet engagement :

 

Nirina : « Je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. » (Jérémie 29.11)

Rosa : « Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné! 2 Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas d’iniquité, Et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! (Psaume 32.1-2)

Nous leur souhaitons un chemin plein de vie et de grâce !

Monsieur Achraf, a réalisé une vidéo de la célébration que nous partageons avec vous :

« Dieu, Allah et Cyrus le Grand» : la Bible, le Coran et nous…

« Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux… » (Psaume 95.3)

« Proclame sa grandeur ! » (le Coran, Sourate 111.17)

« Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. » (Es 45, 1.4-6)

« Sache donc, qu’en vérité, il n’y a point de divinité à part Allah » (Sourate 47,19 – Muhammad)


Une méditation tirée cette fois d’un article que j’ai publié fin octobre dans l’hebdomadaire catholique « Témoignage chrétien ».

Bible et Coran même combat (sanglant) ?

Il existe d’étranges ressemblances sémantiques entre la Bible et le Coran. En islam, l’appel à la prière (qui n’est pas coranique) débute par « Allahou akbar », ce qui signifie « Dieu est le plus grand » et invite les fidèles à confesser qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu (lâ ilaha illa lâh[1]). Les versets de la Bible et du Coran ont été cités plus haut par ordre de ressemblance Le « proclame sa grandeur » du Coran ressemble en effet comme un frère au « El gadol Yahvé !» (Le Seigneur est un grand Dieu !) du Psaume 95.3 et la Sourate 47 au « Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre » d’Esaïe 45.6. On dit que les mêmes mots de la Bible et du Coran ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités. Mais est-ce si sûr ici ?

Monseigneur Georges Khoder, figure orthodoxe libanaise du dialogue islamo-chrétien au Proche-Orient, explique que cette formule comparative Allahou akbar est un vestige du combat que le prophète Muhammad mena contre le culte des idoles à la Mecque pour faire triompher le monothéisme. La ka’aba[2], avec sa pierre noire, panthéon des croyances préislamiques contenait une foule d’idoles dont celle d’Allah, finalement reconnu comme l’unique et le plus grand de tous les dieux (l’effigie de Marie fut conservée dans un premier temps avant d’être également détruite).

Victoire du monothéisme, qui à l’image du culte de Yahvé, le Dieu d’Israël, s’imposa dans la guerre et le sang (cf. Elie et les prophètes de Baal en 1 Roi 18). Muhammad Elie, même combat ?

Est-il fatal que l’affirmation historique de l’exclusivité de Dieu, en Israël ou dans la Péninsule arabique fasse autant de morts ? Le monothéisme est-il violent par nature ?

Cyrus le Grand : grand comment ?

L’appel adressé en Esaïe 45 par Yahvé au roi Perse Cyrus le Grand, dit symboliquement autre chose du monothéisme. Premièrement, Cyrus n’est pas un homme d’Israël. C’est un Babylonien, un impur. Un homme non éligible à l’onction divine mais que le Dieu de Jacob prend néanmoins par la main. Dieu n’appelle pas un zélé d’Israël à rebâtir le temple de Jérusalem mais un ignorant doublé d’un païen. Cyrus n’est pas catéchisé par les prêtres juifs détenteurs du savoir religieux monothéiste, mais par Dieu lui-même : « Je te donnerai les trésors déposés dans les ténèbres, les richesses dissimulées dans les cachettes et tu sauras que c’est moi le Seigneur. Je t’ai appelé par ton nom. » (45.3).

Sa domination sur les nations est marquée par deux événements rapportés ici : les armes tombent et les portes des villes s’ouvrent (45.1). Inspiré par la parole et par l’Esprit du Dieu UN, Cyrus est grand ! Il déploie un règne sans violence. Après son passage, les portes restent ouvertes. Le Dieu UN est bien celui qui façonne au plus profond des cœurs une vision de l’unité fraternelle, attachant tous les hommes à une histoire et un destin communs. C’est en cela qu’il est grand. Une unité qui sait nommer et mettre en œuvre cet essentiel commun que les Évangiles reconnaîtront en Jésus, le Christ. En lui, Dieu est grand ! Ou pour reprendre la formule paradoxale et un peu galvaudée : en Lui, le Très-haut s’est fait le Très-bas.

Cyrus est un messie qui, au-delà de son histoire particulière [3], annonce un règne de paix fondé sur un monothéisme de tolérance ouvrant les portes sans les forcer,  appelant, incluant sans contrainte, aimant sans exigence. Pas plus que le judaïsme et l’islam, le christianisme historique n’a su se montrer à la hauteur de l’appel reçu.

Mais la parole  nous l’adresse à nouveau. Qu’en ferons-nous ?

 

[1] La première partie de confession de foi musulmane, dite la shahada, : « Il n’y pas d’autre Dieu que Dieu » n’est pas plus inscrite dans le Coran que notre Credo dans la Bible.

[2] Vestige des cultes idolâtres de la Mecque autour duquel aujourd’hui tournent les fidèles en pèlerinage.

[3] La figure de Cyrus le Grand est évidemment utilisée comme une typologie messianique. L’histoire montre qu’il n’a pas seulement fondé son empire sur la tolérance.

A la recherche du temple promis

Comme chaque printemps, l’Eglise protestante française de Beyrouth organise sa sortie à la montagne, appelée ici « excursion ». Christine nous raconte cette journée du dimanche 25 juin 2017, temps fort de rencontre et de joie fraternelle.


La chorale malgache en action

Depuis trois ans notre Eglise attend patiemment son « temple promis », vivant il est vrai un confortable exil au Collège Protestant. Chaque année nous organisons une excursion à la montagne. Temps privilégié du partage de la joie d’être ensemble, de la communion fraternelle et des repas exotiques ou locaux préparés par chacun. Cette année nous avons eu la joie et la surprise d’accueillir une groupe d’amis libanais ayant répondu aux invitations des fidèles.

Ce 25 juin, la fête était double puisque le jour de l’excursion correspondait à la fête d’indépendance de Madagascar.

C’est donc 150 personnes réparties en trois bus et quelques voitures qui ont quitté Beyrouth sous une chaleur accablante. Notre petite caravane s’est arrêtée dans la région du Metn, au bout d’une une petite vallée bien exposée à la fraîcheur, dans un lieu à l’enseigne attirante : « Moussa (Moïse) Pique-Nique », le patron du lieu, à défaut d’un prophète !  Au cœur d’une végétation préservée, entouré de l’air pur des montagnes, dans un silence troublé seulement par le crissement des cigales, notre destination nous est apparue comme un havre de paix. Très vite le culte entonnait ses premiers cantiques, notre louange montait vers Dieu, portée par une chorale malgache toute bariolée des couleurs nationales.

Pierre a médité avec nous le passage de Matthieu 10 v 34 :  » Je ne suis pas venu porter la paix mais l’épéee », l’épée désignant dans ce passage la puissance de la Parole et de l’Esprit, nous équipant pour un travail de séparations salutaires, celui des relations fusionnelles et totalitaires qu’elles soient affectives, familiales, nationales, culturelles ou cultuelles, nous libérant de ce qui nous attache, nous enferme, pour nous rendre UN, c’est-à-dire autonomes et vrais dans notre relation à Dieu et aux autres.

N’est-ce pas ce que s’efforce de vivre notre petite communauté mosaïque. Que nous venions du Liban, de Madagascar, d’Afrique ou de France, que notre origine ecclésiale soit protestante, catholique, maronite ou orthodoxe, nous nous rassemblons un à un chaque Dimanche pour écouter la Parole de Dieu et faire Eglise ensemble. C’était particulièrement visible en ce beau dimanche de fête. Et si nous étions déjà « le temple promis » ?

Christine Lacoste

Fête de Noël à l’Eglise protestante française de Beyrouth, pour tous ou presque …

Dimanche 18 décembre à 15h00, dans le grand hall du Collège protestant, le pasteur Pierre Lacoste annonçait l’ouverture de la fête de Noël édition 2016. Au programme, concert de la chorale Malgache, chorégraphie de Faniry et Rayan, une histoire de Noël ponctuée de chants traditionnels comme « Minuit chrétien » (dirigé par Fiston) et pour finir la distribution des cadeaux aux enfants (assurée par Wendela). La joie était au rendez-vous pour tous, ou presque…

Le matin même au culte était annoncé le décès de notre frère et ami Luc Dingamoundou, gardien historique du temple et du CPF. Ami et confident de tant de personnes, sa maison était ouverte à celui qui entrait, même sans frapper. La fête peut avoir certain jour un goût amer. Mais Luc n’aurait pas partagé cette réserve. La vie qui vient du Christ ne finit pas pour celui ou celle qui la saisit. Chaque jour vécu dans la foi est un jour de fête. Nous exprimons notre reconnaissance pour le témoignage de notre ami Luc et confions Alex et Stéphanie, ses enfants  à la grâce de notre Seigneur.

Tous ou presque encore… Combien d’amies, travailleuses domestiques au Liban, ont-été retenues au travail dans leur foyer ? Au moins Marie a pu trouver une place à l’hôtellerie ! Elles n’ont pas eu droit à cette place, à ce jour de congés leur permettant de venir se réjouir dans leur Eglise de la naissance du Seigneur. Je vous laisse avec les mots de Gina, l’une d’entre-elle déposés sur notre forum « Whatzapp :

« Bonjour, c’est très joli votre fête de Noël ! Bravo à la chorale Malgache ; je suis tellement contente de les écouter ! Mais je suis aussi très triste parce que je n’ai pas pu participer à la fête avec vous. Alors je regarde la fête sur Youtube et je pleure. Qu’est-ce que c’est joli ! »

« Prenons-en de la graine ! » (méditation de Luc 17.3-6)

Luc 13.18-19 (TOB)

18 Il dit alors : « A quoi est comparable le Royaume de Dieu ? A quoi le comparerai-je ? 19 Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme prend et plante dans son jardin. Elle pousse, elle devient un arbre, et les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » 20 Il dit encore : « A quoi comparerai-je le Royaume de Dieu ? 21Il est comparable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève. »

Luc 17.3-6

« 3 Si ton frère vient à t’offenser, reprends-le ; et s’il se repent, pardonne-lui. Et si sept fois le jour il t’offense et que sept fois il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. »

Les apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi. » Le Seigneur dit : « Si vraiment vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous obéirait.


« Augmente-nous la foi ! » Les disciples demandent une augmentation. Le syndicalisme n’est donc pas né au 20e siècle ! De tous temps les hommes ont revendiqué plus de droits , plus de privilèges. Ici, ils n’hésitent pas à demander une rallonge de puissance spirituelle : plus de foi !

Puissance, désir de puissance…

A leur décharge, depuis qu’ils ont tout quitté pour suivre Jésus, ils ont vu des choses étonnantes, des actes de puissance (dunamis en grec traduit par miracles, Luc 10.13 et 19.37)

Jésus leur est apparu comme un maître étincelant au pouvoir sans limite. Ils ont vu des foules se déplacer et être nourries par lui ; ils l’ont vu calmer une tempête, guérir un paralysé, et, comble de tout, ressusciter un mort à Naïn.

Ils ont sans doute été moins traversés par son enseignement  appelant à devenir pauvre, à ressembler aux enfants, à aimer ses ennemis, à renoncer à soi en prenant sa croix…

Qui n’a jamais exprimé à Dieu cette prière des disciples : « Seigneur donne-nous plus de foi ». Mais sommes-nous conscients de ce que nous demandons-là ?

Petit mais costaud

La réponse de Jésus nous montre que cette prière n’est pas celle que nous devrions prier. J’entends Jésus nous répondre quelque chose comme ça :

« Alors mes amis ? Vous voulez une foi en béton ? Vous voulez une foi capable de déplacer les montagnes ? Vous avez besoin d’une connexion toute-puissante avec le ciel pour agir avec puissance sur la terre ? J’ai ce qu’il vous faut ! »

Je l’imagine maintenant fouiller dans sa poche et sortir un objet microscopique, invisible, une graine de moutarde…

Voilà ce qu’est la foi : une petite graine. La foi, ce n’est pas une question de taille, de plus ou de moins. Elle n’est pas quelque chose qu’on peut travailler, sculpter, perfectionner, quantifier. La foi n’est pas une OGM qu’on bricole dans un laboratoire pour produire des plantes plus rentables ; au contraire, la foi est simple comme une graine de moutarde. Autrement dit : elle est ou elle n’est pas !

La question de la foi

Par cette image de la graine de moutarde, Jésus veut  faire comprendre à ses disciples qu’on ne peut pas être plus ou moins croyants. Dans la rencontre avec Jésus, il n’y a pas de compromis possible : ou bien on suit, ou bien on reste en arrière. En le suivant, on découvre la foi dont on a besoin pour vivre et agir dans le monde. La question qui est au centre de cette discussion c’est : Avez-vous choisi de vous mettre en marche avec le Seigneur Jésus ?

Le plus dur reste à faire

Cette histoire de sycomore volant est choisie pour bien faire comprendre aux disciples le caractère déplacé et ridicule de leur requête En réalité, on ne déplace pas plus les sycomores de Galilée que les cèdres du Liban ou les platanes de Marseille. La foi n’a pas pour but la déforestation et la désertification. Au contraire, la foi est donnée pour planter, construire, protéger, partager et surtout… PARDONNER ! Nous avions perdu de vue le contexte de la demande des disciples : ils veulent plus de foi parce qu’ils n’arrivent pas à pardonner  ! (v.3-4)

La foi sert donc à réaliser des choses indispensables au vivre ensemble entre les hommes. Faire voler des arbres, ne sert à rien. Mais pardonner plusieurs fois par jour, à celui qui nous tourmente, cela peut avoir d’immenses conséquences : la  transformation de soi et du monde ! Et seule la foi en Jésus donne ce pouvoir de pacification.

Ta grâce me suffit !

Cette semaine nous avons appris le terrible accident d’un jeune activiste de l’association « Offre joie » à Beyrouth. Sur le réseau social de l’Eglise, quelqu’un nous a invité à prier pour lui en ces termes : « Priez pour que Jésus fasse un miracle et que notre ami revienne à Sa vie ». (S majuscule dans le texte !). « La vie de qui ? » ai-je aussitôt demandé. La vie du Christ à n’en point douter !

La vie après l’accident, qu’elle suive le chemin du rétablissement ou non, ne dépend pas de la puissance de notre prière. Nous sommes seulement invités à demander que ce jeune homme revienne à la vie de Dieu pour y trouver sa place. Quelle que soit sa future condition, s’il est en Christ, sa foi, à défaut de faire voler les sycomores, transportera des montagnes d’inertie, d’égoïsme, d’amertume et de colère pour les jeter dans l’abîme de l’oubli.

La foi n’est donc pas un pouvoir qui nous ferait échapper à notre condition humaine. Elle en est la puissance transfiguratrice ! Amen.

« Transfigurations à Dhour Chouwer » (2 octobre 2016)

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Sous les pins, au calme, nous avons fait monter nos prières à Dieu

« L’Eglise protestante française de Beyrouth est encore entre ciel et terre ce matin. Les célébrations en altitude sont connues pour transfigurer la face des hommes et peut-être du monde ! La communauté s’est en effet déplacée ce dimanche 2 octobre à Dhour Chouwer dans le Mont Liban (1100 m d’altitude) pour un culte et une journée de détente en pleine nature. Merci à Wendela pour une organisation sans faille ! Certains désistements de dernières minutes n’ont pas empêché de réunir près d’une centaine de personnes. Pour l’Eglise et son pasteur, ces femmes travailleuses domestiques au Liban représentent une mission dans la mission. Principalement Malgaches et Africaines, protestantes ou non, elles vivent dans des conditions proches de l’esclavage. Les maisons qu’elles astiquent à longueur de jours sont leurs champs de coton. Six jours sur sept (pour celles qui bénéficient d’un jour off), elles sont corvéables à merci pour un salaire dérisoire. Les cantiques qu’elles font monter vers Dieu dans leur langue maternelle avec une ferveur qui ne peut laisser personne indifférent sont leur Gospel. Si ces excursions bi-annuelles remportent un vif succès, c’est parce qu’elles offrent la possibilité de retrouvailles dominicales avec la dignité humaine. Tel est le message évangélique, il ne change pas nécessairement la condition humaine, il la transfigure, l’illuminant de grâce et d’espérance. Regardez ces visages ! Pierre Lacoste

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Après le culte et le pique-nique, la danse, la joie !