« Parrainez un enfant réfugié »

S'arrêter ? Ca nous mènerait trop loin

S’arrêter ? Ça nous mènerait trop loin…

Initié l’an dernier par Pierre et Christine Lacoste et mené en partenariat avec AMEL International, l’action de parrainage d’enfants réfugiés en provenance de Syrie est reconduite cette année. Vous trouverez toutes les informations sur cette plaquette de présentation :

plaquette parrainage_2015-2016

Accueillir des familles en Europe, c’est nécessaire, les aider à rester à proximité de leur pays et préparer activement leur retour, c’est indispensable.

Ce programme de parrainage offre la possibilité d’accompagner un enfant dans ses activités périscolaires (aide au devoir, écoute psy, jeux) ou de participer à une prise en charge d’un problème chronique de santé. A vous de choisir…

« Prolongement »

Cette prière est le témoignage de Damien, membre de l’Eglise protestante française de Beyrouth ; il  fait suite à la prédication du Dimanche 5 juillet. Un prolongement spirituel, une sorte de respiration de l’Eglise…


« Au pied de ta Croix nous te louons,

Petits artisans de foi et de piété,

Nous nous prosternons devant ton corps supplicié,

Attendant ton appel.

 

Devant ton tombeau ouvert,

Petites âmes humbles et incrédules,

Nous nous relevons par ta seule force,

Pour recevoir la seule vraie et unique bonne nouvelle,

 

A ta table, avec les bons disciples,

d’infatigables générations d’enfants de toi,

Se mettent en marche pour te suivre,

Pour témoigner de ta résurrection,

 

Notre Communauté bien-aimée fait une pause pendant cet été,

Mais nous continuons à marcher inlassablement vers toi,

C’est pourquoi nous te remettons tous nos membres, notre Pasteur, nos familles,

Garde-nous au creux de ta main, protège-nous, accompagne-nous,

 

Abba, Père, Sois glorifié car tu es fort et puissant ! Nous ne craignons rien ! »

De Tarchich à Mechref : du pèlerinage à l’apothéose œcuménique.

Ces deux témoignages complètent l’édition précédente. Ils nous disent toute l’émotion suscitée par ces deux journées. C’est sans doute au travers de pareils moments de communion que l’Eglise du Christ se construit. May, libanaise est une ancienne de l’Eglise protestante française ; Andry est malgache, ingénieur dans une entreprise du Nord du Liban. Regards croisés…

« Tarchich de tous les défis : pèlerinage »

tarchich« Traverser ce Metn, si cher à nos cœurs… Souvenirs heureux et plaies toujours vives, apaisées par la foi en Christ, cette grâce qui projette hors de soi, pour aller vers les autres. Si heureuse enfin de monter vers « Notre-Dame de la Route », célébrer ce culte, assise sur nos bancs qui nous attendaient.

Dans cette chapelle, à 1600 mètres d’altitude, avec vue sur la montagne, j’ai eu le sentiment d’être à nouveau dans notre temple à Koraytem, sereine est rassurée : le protestantisme dans le haut Metn !

Nous rencontrons là le père Joseph Nassar (SJ), affable et accueillant, revenant de la messe à Bikfaya de Notre-Dame de la délivrance. Nouveau pèlerinage! Pendant dix-sept étés, nous allions souvent à la messe avec notre mère, c’était comme hier.

Le repas commun varié avec une « hérissée » de Toni : remarquable !

Puis, ce fut une vraie joie à regarder ces filles, travailleuses domestiques, malheureuses mais tellement heureuses de s’éclater, chantant, dansant, infatigables, priant…

Merci au père Joseph est à Toni pour leur accueil. Merci Pierre et Christine et Wendela pour avoir organisé cette journée si réussie. Merci à nos sœurs malgaches pour leur joie de vivre et à nos sympathiques Bilal et Milad nos chauffeurs, si prudents dans le brouillard. Merci mon Dieu pour toutes les joies que tu nous donnes. »

Mechref : l’apothéose œcuménique !

carmel SJ

Entre silence, parole et fête

« Accueillis dès l’arrivée des bus par les Soeurs du Carmel Saint-Joseph, le ton est donné de ce que sera pour nous tous cette journée de prière et de fête. La blancheur des bâtiments la pureté de l’air et l’abondance de la végétation dont « l’abricotier » prête à la détente (Soeur Maryam au moment des annonces nous a mis en garde contre l’arbre au milieu du jardin auquel il ne fallait pas toucher sous peine de s’empoisonner. Il venait juste d’être traité. Nous ne pensions pas si bien dire en témoignant de notre présence au paradis !) Temps propice au partage dès l’entrée dans l’église aux voûtes en pierres de taille, oeuvre d’un artisan tailleur syrien, qui a ciselé depuis les gravats de la sordide guerre de Damour cette magnifique construction à la gloire de Dieu.

C’est dans ce lieu qui pousse à la méditation qu’est célébré notre culte oecuménique, moment très fort relevé par soeur Maryam Nour, unique, en communion parfaite et indéfectible de profond recueillement et d’émotion, concrétisée par la célébration de la Sainte-cène, par les deux communautés réunies en Christ. La remise de la Bible et des trois lampes à sœur Mariam Nour pour la communauté du Carmel est un moment de grande émotion, évocateur de la fraternité et de continuité dans les relations. Le « faisons silence » du pasteur Pierre Lacoste trouve ici tout son sens. Merci pour ce moment de grâce.

Suite à un véritable festin aux multiples plats dans une ambiance festive et conviviale. Puis, place à la danse, avec initiation aux danses’malgaches avec en vedette, les sœurs du Carmel, très douées comme pour tous d’ailleurs. La présence des enfants met une note de gaieté insouciante. On fait la fête toutes générations confondues et on se sépare à contrecœur. Merci sœur Mariam Nour et les sœurs du Carmel pour votre accueil chaleureux, pour votre sens de la fraternité et de la fête. Un exemple pour toutes les communautés. Merci à notre église de nous offrir de tels moments de bonheur!  May King Hall

« Ce n’était pas des hommes et des femmes… »

Durant notre sortie à Mechref, je sentais que Dieu était en train de nous faire quelque chose et qu’il est présent parmi nous, je me sentais heureux, en paix et libre, c’était différent. J’ai eu la conviction que chacun de vous qui était là était un messager de Dieu et que Dieu avait utilisé chacun comme si c’était ses propres mains pour réaliser ces moments : surtout les sœurs carmélites : elles sont si simples, avec un si grandiose amour. Elles s’ouvrent à tous, en restant humbles, prêchant des messages d’amour qui vont au-delà de nos oreilles et de nos cœurs ; nous pensions que c’était des hommes et des femmes mais en réalité, c’était Dieu qui agissait lui-même ! Nous arrivions de nos différents milieux et cultures : malgaches, français, suisse, libanais, argentins, vietnamien, catholiques, protestants, …, mais un seul nom nous a uni: Jésus. » Andry Nirina Andriamanantena

Sortie d’Eglise à Nahar Brahim

nahar brahim

Le Nahar Brahim

Le dimanche 11 mai 2014, l’Eglise protestante française de Beyrouth était de sortie du côté de Nahar Brahim. Le Nahar Brahim (en arabe, le fleuve  d’Abraham) est un torrent d’eau claire qui prend sa source dans la grotte de Afqa à 1200 m d’altitude et se jette dans la Méditerranée au sud de Byblos.

Rendez-vous était donné à tous à 10h00 à Dora. Le temps de se regrouper autour du bus affrété pour l’occasion et vers 11h15 la petite communauté des hauts de la colline partait pour la montagne. Une cinquantaine de personnes, pour la presque totalité malgache, à l’exception de deux nouveaux amis français et libanais et de la famille pastorale, se mirent en route pour l’excursion dominicale. Pendant près d’une heure, l’infatigable présidente de la chorale anima le voyage, enchaînant chant sur chant, jusqu’à ce que le chauffeur, s’arrêtant au bord de la route, passe aux aveux : nous sommes perdus ! Après moult tergiversations, il fut décidé de redescendre vers la mer. Nous nous étions trompés de vallée ! Le temps passait, les estomacs se serraient et l’ardeur de notre présidente semblait quelque peu émoussée.

Finalement, vers 14h00, nous arrivions sur les rives du torrent d’Abraham, affamés et soulagés d’avoir trouvé l’emplacement de notre location.

On imagine mal ce qu’une excursion comme celle-ci peut représenter pour ces femmes « bonnes à domicile ». Sans droits tout au long de la semaine, ce jour du dimanche, jour du Seigneur et jour pour elles, est une fête exceptionnelle.

photo

La vie n’est pas tous les jours facile au Liban pour les femmes malgaches. Les occasions sont rares de faire la fête !

Après les grillades, introduites par un chant et une prière du pasteur, les premières se levèrent pour initier quelques pas de danse. Les autres, comme un seul homme (!) leur emboîtèrent le pas. Au plus fort des réjouissances, voici quelques jeunes étudiants libanais demandant à se joindre au joyeux mouvement. Signe du ciel, nous rappelant que la rencontre et le partage sont possible partout, au-delà des conventions et des barrières habituelles.

En marge de ces bruyantes agapes, on pouvait voir quelques relations se former, échanges à l’oreille comme pour mieux se comprendre…

Il reste à espérer que ces excursions sauront dans l’avenir fédérer plus largement les membres de l’Eglise protestante française. L’expérience de la rencontre, hors du cadre institutionnel, est un passage indispensable vers l’approfondissement de la conscience communautaire.

« Tu auras à démolir mais aussi à reconstruire » (Jérémie 1.10)

démolition

« Tu vois, aujourd’hui je te charge d’une mission (…) : tu auras à déraciner et à renverser, à détruire et à démolir, mais aussi à reconstruire et à replanter.» (Jérémie 1.10)

J’ai pris ces 2 photos cette semaine. Le temple et le presbytère sont tombés mais le printemps est là et le bougainvillée est en fleur… Les arbres du terrain ont été épargnés, les chats se  sont sauvés, les paroissiens aussi ! Mais ils ont pu trouver abri au Collège Protestant Français et le culte protestant est célébré chaque dimanche.

Bien que les larmes obstruent aujourd’hui la vision, les regards se tendent déjà vers demain, plein d’espérance. La reconstruction !

 

printemps revient miniature

Le bougainvillées est en fleur ! Le printemps revient aussi sûr que la communauté protestante des Hauts de la colline reviendra sur son site historique de Koraïtem

Une aventure à vivre entre tous va commencer, avec notre architecte Elie-Pierre Sabbag, Marc Friedel, chargé de conduire le projet au nom de l’APFB, les protestants français (CEEEFE, Défap, ACO, FPF), le soutien du Collège Protestant Français (Direction et PPFL) avec le concours et les prières de tous les partenaires de l’Eglise protestante française de Beyrouth. Merci de penser à nous.

Le printemps revient !

Amitiés, Pierre Lacoste.

 

Un endroit où reposer nos têtes

Message adressé par WhatSapp à l’Eglise protestante française mardi 25 mars 2014. Il a été suivi d’un nombre important de réactions toutes plus émouvantes les unes que les autres. Elles ont été rassemblées à la suite de ce message.

Chers amis, frères et sœurs du forum protestant,

empreinte croix

L’histoire laisse son empreinte ; les projets suscitent du désir.
Nous allons de l ‘avant dans la joie, gardant sur notre cœur la mémoire des choses.

Aujourd’hui est un jour particulier pour notre communauté. J’ai plusieurs fois expliqué le projet poursuivi par l’Eglise protestante française de Beyrouth. Le temple et le presbytère vont être bientôt détruits, la plus grande partie du terrain vendue, afin que nous reconstruisions un nouveau temple et consolidions le témoignage protestant au Liban.

déménageurs

Adieu l’harmonium

Notre sœur Wendela m’a mis en relation avec le Père Joseph Nassar, président de l’hôpital l’Hôtel Dieu et Directeur du Centre de vacances « Notre Dame Della Strada » à Tarchich dans la montagne. Très intéressé par le mobilier de notre temple (bancs, table, croix, grandes portes et harmonium), nous lui avons proposé d’enlever le tout pour l’installer dans sa chapelle actuellement en construction.

adieu la cloche

Adieu la cloche et à bientôt !

Mardi matin, une équipe est venue pour déménager tout le mobilier. Quelques hommes du Collège protestant sont venus pour descendre notre cloche du clocher.

Dès mercredi matin, l’entreprise de démolition va commencer le chantier. Une page de notre histoire se tourne et recommence en même temps. En 1955, l’Eglise, alors établie à Clémenceau (Ecole Supérieure des affaires), cherchait un nouveau pasteur et un nouveau temple ! Elle obtînt d’abord son pasteur (Jean-Michel Hornus), puis son temple sur les hauts de la Colline, inauguré en janvier 1957.

 

 

 

 

 

Nous tournons aujourd’hui ensemble cette page et nos regards sont déjà portés vers l’avenir.

Dimanche dernier, malgré quelques absents, nous étions presque une quarantaine de personnes rassemblées pour culte. Nous pouvons dire aujourd’hui que la communauté des hauts de la colline a accepté le changement de lieu de culte. C’est pour moi en tant que pasteur un grand soulagement et un sujet de reconnaissance.

chapelle de tarchich

La chapelle de Tarchich en construction.
Les bancs de l’Eglise protestante française y seront bientôt installés en signe d’unité.

Un jour un scribe s’approcha de Jésus et lui dit : Maître je te suivrai partout où tu iras. Jésus lui répondit : « Les renards ont des terriers et les oiseaux ont des nids mais le Fils de l’homme n’a pas un endroit où reposer sa tête » (Mat 8.19-20).

Cette parole m’a été donnée ce matin. Nous sommes comme ce scribe, prompts à déclarer notre foi, à dire notre amour à Dieu. Pourtant le chemin du Seigneur n’est pas aussi facile, aussi confortable, aussi rassurant que nous le voudrions. Nous entrons dans une période de transition où les surprises bonnes et moins bonnes, ne manqueront pas.

Nous quittons aujourd’hui une vie sédentaire, historique, tranquille et agréable, pour cheminer ensemble vers l’inconnu, la nouveauté et notre histoire. Le Seigneur n’a pas eu d’endroit où reposer sa tête. Hamdoulah ! Le Collège protestant français nous offre un très bel endroit où poser la nôtre et prier.

Mais nous avons perdu nos repères, nos habitudes et nous allons devoir aller de l’avant ne comptant que sur la grâce de Dieu.

J’espère du fond du cœur que ces années d’attente, de réflexion, nous rapprocherons de Dieu et permettront de forger une communauté plus forte, plus engagée,  plus responsable encore.

descente de la croix

Vers le nouveau temple : un chemin de croix ?

Aujourd’hui nous disons encore : Maître nous te suivrons partout où tu iras.

Le passage s’achève par ces mots au verset 23 : « Jésus monta dans la barque et ses disciples l’accompagnèrent. »

Nous sommes appelés à nous embarquer avec Lui sans nous poser de questions, posant ensemble un acte de foi et acceptant de ne pas avoir d’endroit où poser notre tête pour quelques temps du moins.

Sœurs et frères, demain matin l’entreprise de démolition commencera ce nouveau chantier. Ne regardons plus derrière mais regardons ensemble vers l’avenir lumineux que le Seigneur nous prépare !

Pierre Lacoste

Réaction du forum protestant

Boudou : « C’est avec un petit « pansement » au cœur que j’ai assisté à la scène ce matin. Je passais par là et en voyant le camion des « déménagements Khaled » devant le portail, j’ai suivi un peu ma curiosité et j’ai vu les gens en train d’embarquer les bancs. Mais comme le pasteur l’a cité : on suivra le Seigneur là il va.  On embarque avec vous Pasteur dans cette nouvelle aventure avec beaucoup de foi en un avenir meilleur ! Merci. »

Hasna : « Je ne sais pas trop quoi dire mais une chose est sûre, je ressens une grande émotion. C’est pas facile pour nous d’entendre que notre maison n’est plus là, que notre église va être détruire .Mais ça va, on va reconstruire ! Oui Pasteur, on suit notre Dieu quoiqu’il arrive ou quoiqu’il fasse. Merci de nous informer et de nous encourager !!! Un grand remerciement à tous ceux qui ont bien aidé à arranger les problèmes. »

Elianne : « Merci Pasteur. Oui, on croit que le Bon Dieu va nous préparer un nouveau temple. Alors il nous faut prier et remercier déjà pour attendre le miracle qu’Il va nous faire ! Dieu est Grand, Il peut nous faire un plus beau temple qu’avant, et j’espère bientôt! »

Voadisoa : « C’est dur mais Dieu peut nous faire un temple encore plus beau qu’avant. Oui, Dieu est grand ! »

Julia : « Je ressens une grande émotion d’entendre tout ça ! Plein de souvenirs repassent dans ma tête ! Une page se tourne aujourd’hui vers un avenir que le Seigneur nous a préparé ! On compte sur sa grâce ! On s’embarque avec JESUS confiant et avec beaucoup de foi ! Avec vous aussi pasteur ! : « Maître nous te suivrons partout où tu iras » ! Amen ! »

Haja : « C’est vrai, notre parcours en tant que croyant et fidèle n’est pas toujours facile, mais nous ne nous décourageons pas, car cela fait partie de notre témoignage envers Dieu. Si nos bras et nos genoux fléchissent, qu’ils se ressaisissent !!! (Allusion à une récente méditation Whatzapp)

Tiana : « Sans toit… L’important pour nous, c’est que tu sois là Seigneur ! Accompagne-nous car ce n’est pas en ce monde que nous fondons notre espérance, mais en Toi. Nous voulons être ton vrai temple, là où Tu t’abrites. Que ni déluge, ni orage, ni tempête, ni engin, ne nous rase ! Oh Seigneur, que ce sentiment soit en nous tous, sentiment du désir d’être ton abri ! Amen ! »

Hanitra : « Quel que soit l’endroit où nous nous assemblons pour célébrer notre Seigneur Dieu. Il sera toujours là.  Christ a promis en Mathieu18:20 : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Le Seigneur est au milieu de nous, Il nous accompagnera tout au long de notre chemin pour les années à venir. Ayez foi en Dieu ! Dans cette épreuve, peut-être que Dieu nous envoie un message : que le plus important c’est nous, le temple vivant que nous ne devrions pas laisser détruire. Ce moment met en exergue notre FOI : Qui pourra nous séparer de Son Amour ? Ne chancelons pas, soyons le temple et l’évangile vivant du SEIGNEUR! »

Pasteur Pierre : Merci à toutes et tous pour ces paroles de foi. Il apparaît clairement à vous lire que le seul endroit où nous pourrons reposer notre tête sera l’épaule du Seigneur !

Lettre à Youssef, Ziad et Najila

Hors ses frontières, le Liban semble  pris dans les éternels tourbillons de la géopolitique.

 Mon Liban est le tien, Youssef, et celui de tes camarades, vous les joyeux enfants  espiègles de la fourmillante banlieue de Bourj Hammoud, à l’écart des lumières de Beyrouth. Le refuge de toutes les minorités arméniennes,  palestiniennes et syriennes aujourd’hui. Aux ruelles grouillantes d’humanité, aux saveurs  de cardamome et aux notes de doudouk.

 Hors ses frontières, le Liban vibre au moindre souffle annonciateur d’orage.

Mon Liban est celui de ta sérénité, Ziad, toi la druze au soir de ta vie. Au bout du couloir de ta maison des aînés de Hamlin, dans les montagnes maronites, tu pries en serrant contre ton tablier la photo de ton fils émigré, vendeur de falafels sur les marchés de Créteil.

 Hors ses frontières, le Liban vit en permanence sur le fil du rasoir d’une histoire déchirée.

Mon Liban est celui de ton sourire tranquille, Najila, toi la jeune  institutrice d’Ebel El Sagi. Tu fais classe chaque matin dans le no man’s land jouxtant les tonnes de barbelés dressés jusqu’au ciel étoilé, face à la Galilée israélienne.

Youssef, Ziad, Najila…vous êtes au nombre des plus déchirantes images de ce Dieu vivant que l’on essaye depuis trop longtemps d’effacer dans votre Orient où le sang coulé ne sèche jamais. Vous m’aidez à voir où est le vrai désastre et où est la grâce.

A vos côtés, je crois que la lumière se lèvera un matin tellement pure et vive au-dessus de l’étable de Bethléem, que l’Orient proche sera tiré de son coma, comme au jour de la sortie d’Egypte. Que les cœurs se mettront alors à aimer…

 Albert Huber Albert Huber

Albert Huber,

Président de l’Action Chrétienne en Orient

(article paru à Noël 2013 dans le journal La Croix)

« Déplacées »

Bien sûr il y a la mer, rendue impraticable par la présence des égouts et des bonnes mœurs – qui apprennent aux femmes qu’elles sont plus à leur place sous le parasol que dans l’eau ; bien sûr, il y a l’humidité qui étreint, la foule bigarrée où les voiles religieux multicolores se mélangent aux vrais et fausses Stiletto, le spectacle des fumeurs de narguilés, l’odeur du café fraîchement torréfié, les mezzés entre persil et menthe fraîche…

Mideast Lebanon Syria

Elles sont à chaque coins de rue, sur chaque trottoir, déplacées vers nulle part

Mais ce qui m’a immédiatement bouleversée, c’est la présence des mendiants syriens « les déplacés » comme on les appelle ici. Imaginez un quart de la population libanaise accueillie sans limite mais à qui on refuse le statut de réfugiés. Ils sont partout, plus particulièrement des femmes toute voilée de noirs aux yeux sans avenir avec des jeunes enfants noirs de crasse mais trouvant encore la force de jouer. Postés à tous les carrefours, au moindre feu rouge avec pour tout horizon les gaz d’échappement. Ils ont tout perdu, souvent en quelques heures, tout et surtout l’espoir. Le premier réflexe est de fermer les yeux, trop perturbant. Il ne suffit pas de détourner les yeux pour faire disparaître la misère ; deuxième réflexe, donner, avoir toujours de la monnaie sur soi. Mais ça ne suffit pas, un petit billet vite glissé dans une main sale, revient à fermer les yeux, la  bonne conscience en plus. Nous avons décidé de récupérer des vêtements, les avons triés et distribués, accompagnés d’un billet et de biscuits pour les enfants. Quelques mots d’arabe, un sourire échangé, le regard qui s’éclaire un bref instant.

syriens 3

insoutenable image de l’enfance sacrifiée

Les froids sont arrivés et toujours plus de « déplacés ». Nous ne pouvions continuer seuls, il nous fallait aider plus et mieux mais sans céder à la tentation de l’aide communautarisée très développée au Liban. Notre prochain n’est-ce pas celui qui est là ? Pierre rencontre alors le très charismatique Docteur Mohanna,  président de AMEL (l’ouvrier) international, un homme intègre dans ses convictions qui met sa vie au service des autres sans distinction politique ou religieuse. Education, santé, aide alimentaire…Les ouvriers de Amel sont sur tous les fronts. Pierre a alors l’idée un peu folle de vouloir entraîner nos amis de France dans notre désir d’aider. Le miracle de la solidarité a lieu, bouleversant de rapidité et d’efficacité. Matha, Paris, Orthez, Cannes, protestants, catholiques, amis du vivre ensemble, en quelques semaines nous avons recueilli 6000 dollars que Pierre a pu remettre à Amel association. Et l’argent continue d’arriver. A l’aide d’une amie libanaise de la paroisse, je vais partir à la rencontre des femmes gravitant dans le quartier, pour les interroger en arabe sur leurs besoins et constituer des colis types à distribuer. Aujourd’hui je me sens à mon tour « déplacée » dans un espace où la vie bascule du jour au lendemain, où  toutes les fausses sécurités disparaissent, où  l’espoir devient survie mais où l’amitié entre les hommes éclaire un regard meurtri dès qu’une main se tend et qu’un sourire s’échange. Surtout ne jamais fermer les yeux.  » Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Évangile de Matthieu 14.16)

Christine Lacoste