« Dieu, Allah et Cyrus le Grand» : la Bible, le Coran et nous…

« Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux… » (Psaume 95.3)

« Proclame sa grandeur ! » (le Coran, Sourate 111.17)

« Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. » (Es 45, 1.4-6)

« Sache donc, qu’en vérité, il n’y a point de divinité à part Allah » (Sourate 47,19 – Muhammad)


Une méditation tirée cette fois d’un article que j’ai publié fin octobre dans l’hebdomadaire catholique « Témoignage chrétien ».

Bible et Coran même combat (sanglant) ?

Il existe d’étranges ressemblances sémantiques entre la Bible et le Coran. En islam, l’appel à la prière (qui n’est pas coranique) débute par « Allahou akbar », ce qui signifie « Dieu est le plus grand » et invite les fidèles à confesser qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu (lâ ilaha illa lâh[1]). Les versets de la Bible et du Coran ont été cités plus haut par ordre de ressemblance Le « proclame sa grandeur » du Coran ressemble en effet comme un frère au « El gadol Yahvé !» (Le Seigneur est un grand Dieu !) du Psaume 95.3 et la Sourate 47 au « Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre » d’Esaïe 45.6. On dit que les mêmes mots de la Bible et du Coran ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités. Mais est-ce si sûr ici ?

Monseigneur Georges Khoder, figure orthodoxe libanaise du dialogue islamo-chrétien au Proche-Orient, explique que cette formule comparative Allahou akbar est un vestige du combat que le prophète Muhammad mena contre le culte des idoles à la Mecque pour faire triompher le monothéisme. La ka’aba[2], avec sa pierre noire, panthéon des croyances préislamiques contenait une foule d’idoles dont celle d’Allah, finalement reconnu comme l’unique et le plus grand de tous les dieux (l’effigie de Marie fut conservée dans un premier temps avant d’être également détruite).

Victoire du monothéisme, qui à l’image du culte de Yahvé, le Dieu d’Israël, s’imposa dans la guerre et le sang (cf. Elie et les prophètes de Baal en 1 Roi 18). Muhammad Elie, même combat ?

Est-il fatal que l’affirmation historique de l’exclusivité de Dieu, en Israël ou dans la Péninsule arabique fasse autant de morts ? Le monothéisme est-il violent par nature ?

Cyrus le Grand : grand comment ?

L’appel adressé en Esaïe 45 par Yahvé au roi Perse Cyrus le Grand, dit symboliquement autre chose du monothéisme. Premièrement, Cyrus n’est pas un homme d’Israël. C’est un Babylonien, un impur. Un homme non éligible à l’onction divine mais que le Dieu de Jacob prend néanmoins par la main. Dieu n’appelle pas un zélé d’Israël à rebâtir le temple de Jérusalem mais un ignorant doublé d’un païen. Cyrus n’est pas catéchisé par les prêtres juifs détenteurs du savoir religieux monothéiste, mais par Dieu lui-même : « Je te donnerai les trésors déposés dans les ténèbres, les richesses dissimulées dans les cachettes et tu sauras que c’est moi le Seigneur. Je t’ai appelé par ton nom. » (45.3).

Sa domination sur les nations est marquée par deux événements rapportés ici : les armes tombent et les portes des villes s’ouvrent (45.1). Inspiré par la parole et par l’Esprit du Dieu UN, Cyrus est grand ! Il déploie un règne sans violence. Après son passage, les portes restent ouvertes. Le Dieu UN est bien celui qui façonne au plus profond des cœurs une vision de l’unité fraternelle, attachant tous les hommes à une histoire et un destin communs. C’est en cela qu’il est grand. Une unité qui sait nommer et mettre en œuvre cet essentiel commun que les Évangiles reconnaîtront en Jésus, le Christ. En lui, Dieu est grand ! Ou pour reprendre la formule paradoxale et un peu galvaudée : en Lui, le Très-haut s’est fait le Très-bas.

Cyrus est un messie qui, au-delà de son histoire particulière [3], annonce un règne de paix fondé sur un monothéisme de tolérance ouvrant les portes sans les forcer,  appelant, incluant sans contrainte, aimant sans exigence. Pas plus que le judaïsme et l’islam, le christianisme historique n’a su se montrer à la hauteur de l’appel reçu.

Mais la parole  nous l’adresse à nouveau. Qu’en ferons-nous ?

 

[1] La première partie de confession de foi musulmane, dite la shahada, : « Il n’y pas d’autre Dieu que Dieu » n’est pas plus inscrite dans le Coran que notre Credo dans la Bible.

[2] Vestige des cultes idolâtres de la Mecque autour duquel aujourd’hui tournent les fidèles en pèlerinage.

[3] La figure de Cyrus le Grand est évidemment utilisée comme une typologie messianique. L’histoire montre qu’il n’a pas seulement fondé son empire sur la tolérance.

Concilier les inconciliables (méditation de Matthieu 10.16)

Matthieu 10.1-8

1 Puis Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.

6 N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. 7 En chemin, prêchez que le royaume des cieux est proche. 8 Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

16  Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ;  soyez donc rusés comme les serpents et simples comme des colombes.


Cette parole de Jésus contient toute une ménagerie ! Une véritable arche de Noé : brebis, loups, serpents et colombes ! Elle décrit un climat d’adversité auquel les chrétiens sont confrontés. Notre monde va mal ; oui, mais pas beaucoup plus mal qu’au premier siècle de notre ère ou qu’aux « temps des origines ». Il n’y a qu’à feuilleter les premières pages de la Bible : l’accusation, la jalousie, le meurtre fratricide sont à toutes les pages. « L’homme est un loup pour l’homme » a écrit le philosophe Thomas Hobbes. Cette vie est un combat sans pitié entre loups. Et les brebis dans tout ça ?

Pour une foi incarnée

Elles sont envoyées par leur Pasteur dans un monde de brutes. Il ne les met pas à l’écart dans une bergerie blindée. Il ne leur fabrique pas une arche sécurisée aseptisée. « Moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » L’Eglise n’a pas vocation à se bunkériser dans la chaleur moite et étouffante de l’entre soi. L’Eglise qui se replie dans l’illusion d’un idéal de sainteté, court un risque bien plus grand que celle qui choisit de s’exposer aux dangers de la vie. Entre les murs d’une société de purs, on trouve toujours un mal (mâle!) dominant : celui de la culpabilité et du jugement des autres. La foi chrétienne n’est pas une sortie du monde mais une entrée ! Pas une fuite, mais une incarnation, une prise de risque, un engagement.

A la suite du Christ, par nos comportements, nos paroles, nos silences, nos prises de position, nos projets, par toute notre vie, nous proposons une alternative à la violence, nous offrons la possibilité d’un monde nouveau ; nous disons et nous démontrons que la violence, même justifiée, même rationnelle, même légale n’est pas une voie de résolution des conflits, mais une voie de destruction de notre humanité. L’exemple de l’action militaire de la France en Lybie contre le régime de Kadhafi est éloquent ! On pensait extirper le mal et on l’a fait fleurir !

Comme Christ, nous confessons que l’amour de l’ennemi est plus fort que la punition ou la mort de l’ennemi. Nous nous confions nous-mêmes et notre monde à la tendresse de Dieu.

Pas un, mais plusieurs

Chacun de nous sait très bien qu’il ne se réduit pas à cette gentille brebis prête à se faire tondre sans piper le moindre bêlement !

Ça tombe bien car là n’est pas le but de la mission ! Le berger ne nous envoie pas à la boucherie. Il adresse à ses brebis missionnaires une feuille de route, un code de comportement assez surprenant…

Il leur demande d’être rusées comme des serpents et simples comme des colombes. Autrement dit, Jésus nous demande d’être une chose et son contraire. C’est preuve qu’il nous connaît bien ! Il sait que nous sommes des brebis capables de mordre comme des loups ! C’est pourquoi il n’hésite pas à nous demander des choses aussi paradoxales : serpent et colombe : malins et confiants, calculateurs et naïfs, politiques et innocents, prévoyants et légers…

Le Christ signe là une parole d’expert en humanité. Il nous connaît comme s’il nous avait fait ! Il sait que nous pouvons nous montrer doux comme des agneaux le dimanche à l’Eglise et prêts à tuer pour une place de parking le lundi matin en retard au boulot !

Etre rusés comme des serpents, c’est apprendre à penser le monde de façon complexe, paradoxale, à se tenir sur la brèche des choix impossibles. Rien n’est jamais noir ou blanc. Il faut apprendre à composer avec les contraires. Les chrétiens sont des gens capables d’une expertise, d’une herméneutique responsable et courageuse de la vie.

Accompagner jusqu’au bout

Simone Weil nous a quittés ces jours-ci à l’âge de 89 ans. En légalisant le recours à l’IVG dans les années 70, qu’a-t-elle fait ? Certains diront de manière lapidaire qu’elle a donné le droit d’attenter à la vie impunément, qu’elle a légalisé la transgression suprême.

Mais n’a-t-elle pas offert aussi la possibilité à des femmes de rester en vie au lieu d’aller avorter clandestinement dans des conditions sanitaires épouvantables, d’interrompre une grossesse non désirée, psychologiquement insoutenable, au lieu d’accoucher d’un enfant sans amour, sans avenir ? Elle a permis à des femmes d’échapper au régime oppressif des maternités à la chaîne au nom de la loi naturelle, divine ou celle de leur mari !

De bons chrétiens ont eu vite fait de jeter la pierre du jugement.

Mais le chrétien, même s’il est intimement convaincu de l’importance de défendre la vie humaine, peut aussi choisir d’accompagner l’histoire des hommes et des femmes de son temps ; de se montrer plus malin, plus intelligent que les foules bien-pensantes. Il est appelé ici à témoigner de sa foi au cœur des situations humaines les plus douloureuses, à composer avec les réalités plutôt qu’à les nier ou à les juger. Il résiste à la tentation du jugement radical et définitif, pour rejoindre l’autre là où il se trouve et non là où devrait être ! Il fait le choix de l’accompagnement, de la présence et de l’accueil, malgré tout, au nom du Christ, au cœur des situations humaines les plus désespérées.

Simone Weil, rescapée des camps de la mort a dit : « Un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s’unissent au moins pour lutter contre la haine de l’autre, contre l’antisémitisme et le racisme, contre l’intolérance ».

Il y aura des loups et des serpents…

Au fond, nous sommes en même temps, tour à tour, selon les circonstances, serpents et colombes, brebis et loups. Nous sommes appelés à concilier en nous et entre nous les inconciliables. C’est bien ce monde-là qui vient et qui est déjà là en Jésus. Ce monde paradoxal annoncé par le prophète Esaïe :

« Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. 7 La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte. Le lion, comme le bœuf mangera du fourrage. 8 Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main.Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR, comme la mer que comblent les eaux. » Amen !

« Aux armes ! » (méditation de Matthieu 10.32-40)

Matthieu 10.32-40

32 « Si quelqu’un dit devant tout le monde : “J’appartiens à Jésus”, alors moi aussi, devant mon Père qui est dans les cieux, je dirai : “Cette personne m’appartient.” 33 Mais si quelqu’un dit devant tout le monde : “Je n’appartiens pas à Jésus”, alors moi aussi, devant mon Père qui est dans les cieux, je dirai : “Cette personne ne m’appartient pas.”

34 « Ne pensez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. 35 En effet, je suis venu séparer l’homme et son père, la fille et sa mère, la belle-fille et sa belle-mère. 36 On aura pour ennemis les gens de sa famille. »

37 « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. 38 Celui qui ne prend pas sa croix et qui ne me suit pas, celui-là n’est pas digne de moi. 39 Celui qui veut garder sa vie la perdra. Celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera.»

40 « Si quelqu’un vous reçoit, c’est moi qu’il reçoit. Et la personne qui me reçoit, reçoit aussi celui qui m’a envoyé.»

Matthieu 5.9

 » Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu  »


On s’intéresse beaucoup aujourd’hui au phénomène de la violence religieuse. Les textes sacrés des religions contiennent tous des « versets sataniques » ! L’histoire avec ses guerres saintes, ses croisades et ses bûchers, comme l’actualité avec ses djihads, ses attentats terroristes revendiquent toujours un ancrage scripturaire. L’évangile du jour nous propose de méditer une parole de Jésus qui fait question : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre mais l’épée ». 

La paix ne se jette pas

Comment concilier cette parole avec la béatitude de la paix : « Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mat 5.9). Comment concilier cette parole d’apparence violente avec le ministère de Jésus entièrement consacré à l’amour du prochain, à la réconciliation et au renoncement à toute forme de violence ?

Regardons de près cette formule étonnante : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais l’épée ». Il faudrait traduire littéralement : « Je ne suis pas venu jeter la paix sur la terre. » Jésus n’est pas venu lâcher la paix sur la terre comme un canadair viendrait larguer sa cargaison d’eau sur une forêt en feu. Il n’est pas venu répondre au problème du mal, de la division et des conflits en lançant un déluge de paix sur la terre ! Dieu vient en Jésus marcher sur la terre ; il vient travailler à la paix en se rendant proche des réalités qui divisent, des conflits où les hommes se déchirent. Dieu vient mettre nos mains dans le cambouis de nos violences et il nous implique dans ce travail. Nous sommes envoyés sur la terre pour travailler à la paix ! Et Dieu nous équipe pour cela. Il nous remet une épée ! Dieu ne vient pas régler les problèmes de l’humanité de l’extérieur mais de l’intérieur.

Étrange image que celle du chrétien muni d’une épée. Une épée est une arme dont on se sert pour faire passer nos ennemis de vie à trépas. Alors pourquoi Jésus, l’homme de paix par excellence nous envoie-t-il dans le monde ? Faut-il en fin de compte pourfendre ou aimer nos ennemis ?

Parole et Esprit

Dans la Bible, l’épée n’est pas seulement une arme meurtrière, c’est aussi le symbole de l’Esprit. Elle représente l’action souveraine de la parole de Dieu dans le monde, la puissance du Saint-Esprit à l’œuvre.

Voici ce qu’écrivent les auteurs du NT à propos de l’épée :

« Prenez sur vous le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu. » (Eph 6:17)

« Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. » (Heb 4.12)

« Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait ; et, m’étant retourné, je vis sept chandeliers d’or ; 13 et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui semblait un fils d’homme. Il était vêtu d’une longue robe, une ceinture d’or lui serrait la poitrine ; 14 sa tête et ses chevaux étaient blancs comme laine blanche, comme neige, et ses yeux étaient comme une flamme ardente ; 15 ses pieds semblaient d’un bronze précieux, purifié au creuset, et sa voix était comme la voix des océans; 16 dans sa main droite, il tenait sept étoiles, et de sa bouche sortait un glaive acéré, à deux tranchants. Son visage resplendissait, tel le soleil dans tout son éclat. 17 À sa vue, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa droite et dit: Ne crains pas, Je suis le Premier et le Dernier » (Ap 1.16)

L’épée dans la bouche du Seigneur Jésus est une parole qui produit une paix radicale en séparant le bien du mal. Une parole qui tranche entre le juste et l’injuste.

En attendant la grande lessive…

Je me pose une question insoluble : dans la « vraie vie », les situations sont toujours très compliquées ; le mal et le bien, l’ivraie et le bon grain s’enchevêtrent de façon inextricable. Qui a tort, qui a raison ? Dans un conflit personnel, conjugal ou international, il est impossible d’y voir clair, de mettre les bons d’un côté et les mauvais de l’autre.

Jésus nous suggère de commencer par ce qui est à notre portée.

Il dit dans notre passage : « Je suis venu mettre la division entre l’homme et son père » (10.35). L’enfant est donc invité à se diviser, à se séparer de son père, comme le disciple du maître, comme l’homme doit s’affranchir de toute forme de tutelle. Et souvent la séparation fait peur, elle fait mal, comme une naissance peut faire mal. Naître soi-même à la liberté passe nécessairement par un traumatisme ! En tant que fils, nous devons apprendre dans la douleur à ne pas nous prendre pour le père, pour Dieu le Père ! Cette séparation, cette division est nécessaire et salutaire. C’est l’épée de la parole qui va faire ce délicat travail de séparation au bout duquel j’apprends à découvrir ma véritable place dans ce monde. Nous ne sommes pas Dieu et c’est très bien comme ça ! Le combat contre le mal et pour la paix commence en nous-mêmes, pas chez les autres !

Aimer en vérité

Cette distanciation, cette séparation est la condition pour aimer en vérité. L’amour fusionnel, l’amour totalitaire, l’unité absolue détruit. Le nationalisme, c’est-à-dire le culte rendu à la mêmeté ou au soi-même collectif, engendre toujours haine et violence.

L’amour qui sait au contraire se séparer, reconnaît l’autre dans sa différence. Cet amour-là puise dans la parole du Christ. Cette façon de se tenir dans le monde face à Dieu et face aux autres ne produit pas seulement de la tolérance, mais une paix véritable et entreprenante qui va transformer les relations et changer les cœurs au nom du Christ !

Frères et sœurs, le Christ n’est pas venu jeter sur la terre des solutions toutes faites mais nous appeler à prendre les armes pour mener un combat difficile, celui que l’Esprit Saint mène en nous-même et celui encore de la reconnaissance en tout homme d’un frère (10.40). Bienheureux serons-nous de fabriquer une paix comme celle-là ! Amen !

« Etes-vous heureux ? » (Méditation de Matthieu 5. 3-11)

Matthieu 5.3-12

3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !

6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !

7 Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !

8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux!

Nous voici arrivés au terme de ce parcours de 4 méditations sur les béatitudes, espérant que vous vous sentez un peu plus heureux qu’avant :))

Nous avions repéré deux séries de béatitudes : 4 « négatives » (bienheureux les pauvres en esprits, ceux qui pleurent, qui oint faim et soif, les persécutés) et 4 « positives » (bienheureux ceux qui ont le cœur pur, les doux, les compatissants et les faiseurs de paix)

Nous avions également suivi la recommandation de l’évêque grec orthodoxe Georges Khodr de ne pas chercher à collectionner les béatitudes, pensant qu’en les enfilant les unes après les autres sur le collier des exercices spirituels nous gagnerions le ciel. « On ne peut isoler aucune béatitude. Ceux qui ont une âme de pauvre sont nécessairement les doux, les affamés et assoiffés de justice, les cœurs purs. » (G.K.) Autrement dit, vivre une seule de ces béatitudes, un seul instant, c’est déjà « se pénétrer de l’esprit des béatitudes » (communauté des sœurs de Pomeyrol) ; vouloir les inscrire sur la liste de nos trophées spirituels, c’est courir le risque de les perdre toutes, de nous perdre nous-mêmes, loin du Royaume des cieux !

Quelle paix ?

Nous terminons par la dernière béatitude positive : « Bienheureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu !» De quelle paix s’agit-il ?

Jésus nous dit-il que la voie du bonheur, c’est vivre en paix avec les autres ? Mais alors pourquoi déclare-t-il aussitôt après : « Heureux ceux qui sont persécutés… » ? La persécution n’est-elle pas le résultat d’un conflit ? Procurer la paix, ce n’est donc pas éviter les conflits, les tensions, voire les affrontements ! Un chrétien peut être appelé à entrer en conflit. Sa foi, ses manières de vivre, ses prises de position peuvent être interprétées comme une menace. Les noirs américains qui ont refusé le système ségrégationniste de l’Amérique des années 50, en transgressant les lois, en organisant des marches, ont posé des actes qui ont déchaîné contre eux la violence du système. Ne travaillaient-ils pas pour la paix ?

Une paix qui peut coûter cher

Jésus ici ne nous promet pas une vie paisible. Le bonheur annoncé est promis à ceux qui procurent la paix autour d’eux. Le bonheur est pour ceux qui sortent de chez eux et qui prennent des risques ! Il ne s’agit pas ici de cette paix intérieure que le zen, le yoga ou les médicaments peuvent procurer. Il s’agit d’une paix agissante, d’une paix épuisante à mettre en œuvre autour de nous et il y a tant à faire ! Jésus ne dit pas « heureux êtes-vous si on vous fiche la paix », mais « heureux ceux qui procurent la paix ».

Si donc vous souhaitez une vie paisible sans histoire, ne devenez pas disciples de Jésus. La paix des béatitudes n’est pas la paix des cimetières.

Au mode actif

Les béatitudes sont presque toutes actives et non passives : elles ne disent pas : heureux ceux qui sont aimés, mais heureux ceux qui aiment ! Non pas, heureux ceux qui ont une femme, un mari ou des enfants plein de douceur, mais « heureux ceux qui diffusent la douceur autour d’eux ; elles ne disent pas, « heureux celui à qui l’on fait justice, mais « heureux les assoiffés de justice (pour les autres)» ; elles ne disent pas, heureux ceux qui reçoivent la paix mais ceux qui la donnent ! Les béatitudes n’indiquent pas un chemin de réalisation et d’épanouissement personnels, mais un chemin de rencontre et d’engagement.

Le bonheur évangélique est finalement plus un bonheur à partager qu’à garder pour soi ; un bonheur que l’on peut expérimenter au cœur des situations les plus difficiles, les plus injustes, les plus violentes. Jésus nous dit que, quoique nous subissions, il y a toujours moyen d’être heureux !

Il y a toujours quelqu’un à aimer, quelqu’un à qui apporter un peu de paix, un peu de soulagement à son angoisse, un peu d’écoute, un peu d’argent, un peu de tout ce qui lui manque et qui pourrait l’aider à se remettre en marche !

Be happy !

Ce bonheur des béatitudes n’est pas centré sur soi, sur ses besoins ; il se découvre dans l’expérience personnelle du vide intérieur, l’accueil de la Parole et l’ouverture aux autres. Expérience libératrice s’il en est ! Elle nous envoie dans le monde, les mains vides et  le cœur plein de l’amour et de la paix du Christ. Ce bonheur que l’on charrie avec soi sans même s’en rendre compte, fait de nous des filles et des fils de Dieu ! Soyez heureux !

« Vous avez des questions ? » (Jean 9.1-41)

Jean 9.1-41

1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » 3 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! 4 Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; 5 aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
6 Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l’appliqua sur les yeux de l’aveugle ; 7 et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce qui signifie Envoyé. L’aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.
8 Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaient l’habitude de le voir – car c’était un mendiant – disaient : « N’est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9 Les uns disaient : « C’est bien lui ! » D’autres disaient : « Mais non, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais l’aveugle affirmait : « C’est bien moi. » 10 Ils lui dirent donc : « Et alors, tes yeux, comment se sont-ils ouverts ? » 11 Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, m’en a frotté les yeux et m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” Alors moi, j’y suis allé, je me suis lavé et j’ai retrouvé la vue. » 12 Ils lui dirent : « Où est-il, celui-là ? » Il répondit : « Je n’en sais rien. »
13 On conduisit chez les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14 Or c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il m’a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé, je vois. » 16 Parmi les Pharisiens, les uns disaient : « Cet individu n’observe pas le sabbat, il n’est donc pas de Dieu. » Mais d’autres disaient : « Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d’opérer de tels signes ? » Et c’était la division entre eux. 17 Alors, ils s’adressèrent à nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? » Il répondit : « C’est un prophète. » 18 Mais tant qu’ils n’eurent pas convoqué ses parents, les autorités juives refusèrent de croire qu’il avait été aveugle et qu’il avait recouvré la vue. 19 Elles posèrent cette question aux parents : « Cet homme est-il bien votre fils dont vous prétendez qu’il est né aveugle ? Alors comment voit-il maintenant ? » 20 Les parents leur répondirent : « Nous sommes certains que c’est bien notre fils et qu’il est né aveugle. 21 Comment maintenant il voit, nous l’ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l’ignorons. Interrogez-le, il est assez grand, qu’il s’explique lui-même à son sujet ! » 22 Ses parents parlèrent ainsi parce qu’ils avaient peur des autorités juives. Celles-ci étaient déjà convenues d’exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Messie. 23 Voilà pourquoi les parents dirent : « Il est assez grand, interrogez-le. »
24 Une seconde fois, les Pharisiens appelèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 25 Il leur répondit : « Je ne sais si c’est un pécheur ; je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle et maintenant je vois. » 26 Ils lui dirent : « Que t’a-t-il fait ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux ? » 27 Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà raconté, mais vous n’avez pas écouté ! Pourquoi voulez-vous l’entendre encore une fois ? N’auriez-vous pas le désir de devenir ses disciples vous aussi ? » 28 Les Pharisiens se mirent alors à l’injurier et ils disaient : « C’est toi qui es son disciple ! Nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là, nous ne savons pas d’où il est ! » 30 L’homme leur répondit : « C’est bien là, en effet, l’étonnant : que vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux ! 31 Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs ; mais si un homme est pieux et fait sa volonté, Dieu l’exauce. 32 Jamais on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance. 33 Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 34 Ils ripostèrent : « Tu n’es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » ; et ils le jetèrent dehors.
35 Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l’homme ? » 36 Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 37 Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l’as vu, c’est celui qui te parle. » 38 L’homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui. 39 Et Jésus dit alors : « C’est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. » 40 Les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais à présent vous dites “nous voyons” : votre péché demeure.


Un texte du jour presque aussi long qu’un sermon. Beau rééquilibrage ! Ce récit est énorme dans tous les sens du termes. Il mériterait que l’on s’y attarde plus profondément. J’ai choisi un angle, laissant de ce fait bien des subtilités, voire des choses essentielles de côté. L’angle choisi est  celui de la question. Près d’une quinzaine posées au long de ces 41 versets. Les disciples, Jésus, les pharisiens, les gens du village, l’aveugle, les parents de l’aveugle, chacun y va de sa question ! Mais à bien y regarder, peu d’entre-elles sont honnêtes, sans arrière-pensées. C’est un festival de questions perverses dont l’intention est de piéger, d’oppresser l’autre et de pourrir l’espace relationnel. Quelques- unes cependant dérogent à la règle faisant entrer la lumière.

Les champions en question

La question des disciples à Jésus : « Qui a péché pour qu’il soit aveugle, lui ou ses parents ? » (v.2) est une question fermée. Elle ne laisse pas de liberté ; elle oblige Jésus à entrer dans une alternative piégeuse.

Question des pharisiens aux parents de l’aveugle : « Est-ce bien votre fils dont vous prétendez qu’il est né aveugle ? » (v.19) Elle traduit la suspicion.

« Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? » (v.17) Question des pharisiens divisés qui cherchent à prendre l’aveugle en otage de leur querelle.

Alors que les questions pièges diffusent ténèbres autour d’elles, la parole de Jésus est d’une nature différente : « Je suis la lumière du monde » (v.5). Elle rompt le cercle infernal de la colère, du jugement et de la peur.

Quand Jésus demande à l’aveugle « Crois-tu au Fils de l’homme ? », la question ne contient ni menace, ni contrainte. Preuve en est la réponse pleine d’une libre spontanéité : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » (v.38).

Spectateurs passifs ?

Le récit nous installant dans le siège confortable du spectateur, il est aisé pour nous de compter les points. Nous distinguons sans peine entre voyants et non-voyants. Le récit nous donne une longueur d’avance. Mais dans la vraie vie, c’est beaucoup moins évident. Sommes-nous sûrs de bien y voir ? Quelle relation avons-nous à nos convictions ?  Comment réagissons-nous quand on s’avise de les mettre en question ? Quant à nos questions, sont-elles empreintes de lumière ou d’obscurité ? Ne sont-elles pas toujours plus ou moins empêtrées dans le piège identitaire ? Interrogeons nos questions !

Au cœur du problème

En quoi les questions des disciples et des pharisiens servent-elles l’obscurité ?

Elles s’intéressent soit à la culpabilité de l’aveugle soit à la transgression du sabbat. Disciples et pharisiens ont un malheureux devant eux et ne voient qu’un problème théologique ou légal. L’aveugle n’est qu’un prétexte pour débattre de prédestination ou de juste observance ! Comme être humain, il n’intéresse personne.

Questionnons-nous face au drame humanitaire qui se déroule sous nos yeux en Méditerranée dans le déplacement de millions de migrants fuyant la guerre en Syrie. On s’interroge sur les causes de cette guerre ; on théorise sur les manœuvres politiques des grandes puissances internationales ; on parle de pétrole, de géopolitique… Mais le drame que représente la mort de 5 enfants syriens avec leurs parents la semaine passée au large des côtes turques sur un canot de fortune nous passionne moins.

Tels les disciples et les pharisiens des temps modernes, nous cherchons des explications à la souffrance au lieu de la combattre.

Quand bien même aurions-nous des réponses à nos questions, qu’est-ce que ce savoir pourrait concrètement changer à nos vies ? Qu’il y ait une prédestination ou pas ? Qu’il y ait du sens ou du chaos dans le mouvement de l’histoire ?  Absolument rien ! Sauf d’ajouter à nos vies un peu plus d’inertie, de peur, de colère ou d’indifférence et de voter en conséquence !

La maladie ou le remède ?

Le déterminisme ou la rectitude légale n’intéressent pas Jésus. « Ni lui, ni ses parents », répond-il. La vérité est ailleurs. Quand on est malade ce qui est prioritaire, c’est le remède, pas l’histoire de la maladie !

La vraie question qui échappe à tout le monde sauf à Jésus, est : peut-on faire quelque chose pour cet homme ? Cet aveugle est-il condamné à porter sur le lui le signe d’un jugement ? Ne peut-il pas devenir porteur d’un autre signe, un signe de libération et de la grâce de Dieu ? Jésus dit « Non ! » aux déterminismes, aux fatalités qui enferment quiconque dans son histoire. Avec Jésus, une autre histoire commence à s’écrire, avec l’encre de l’Espérance, de la foi et de la liberté.

Il faut changer d’optique ! Voilà ce à quoi nous invite cette histoire d’aveugle. Et pour ce faire, laissons entrer la lumière du Seigneur !

Entrons dans ce dialogue salutaire où nous sommes reconnus et aimés, invités à reconnaître et à aimer à notre tour.

– Crois-tu au Fils de l’homme ?

– Qui es-tu pour que je croie en toi ?

– Je suis celui qui te parle.

Tout est là, notre joie, notre vie et notre vue, dans l’accueil de cette Parole. Que Dieu guérisse nos cécités et remplisse nos vies de sa lumière ! Amen !

« La foi, pratique raisonnable ou folie ? »

Décrochage dans notre cycle sur les béatitudes, en raison de la célébration œcuménique vécue joyeusement en l’Eglise catholique de Jounié ce dimanche. A l’occasion de cette célébration de l’Unité chrétienne, le père Jean-Louis Lingot (aussi précieux que fraternel !) m’invitait à prononcer l’homélie. Une Eglise pleine à ras bord où se trouvait également plus de cinquante de mes paroissiens venus en bus de Beyrouth pour vivre cette journée ! 

Matthieu 5.17-47 (extraits – TOB)

17 « N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir. 18 Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un « i », pas un point sur l’ « i » ne passera de la loi, que tout ne soit arrivé. […]

21 « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. 22 Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : “Imbécile” sera justiciable du Sanhédrin ; celui qui dira : “Fou” sera passible de la géhenne de feu. […]

27 « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. 28 Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère avec elle.

29 « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. 30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne. […]

38 « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. 39 Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. 40 A qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. 41 Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 42 A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos.

43« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 44 Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, 45 afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. 46 Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense allez-vous en avoir ? Les collecteurs d’impôts eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? 47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens n’en font-ils pas autant ? 48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Nous n’irons pas tous au paradis !

Combien d’entre nous à l’écoute de ces paroles du Christ baissent la tête et regardent leurs chaussures ? Qui sait parmi nous « tendre l’autre joue, aimer ses ennemis, prier pour ses persécuteurs » ? Et quand bien même cela serait à la portée des meilleurs d’entre-nous, lequel voudrait maintenant venir ici pour témoigner qu’il est « parfait comme Dieu le Père est parfait » ? (v.47)

Si nous recevons le Sermon sur la Montagne de Jésus comme la charte éthique, comme le code moral de l’Eglise et de chaque chrétien, nous sommes tous disqualifiés ! L’enseignement de Jésus est hors de portée. Il suffirait de se laisser emporter par sa colère, de traiter d’imbécile ou de fou son frère pour se retrouver dans le feu de la Géhenne ! A ce compte-là, il n’y aura pas grand monde au paradis. En tout cas, moi je n’y serai pas !

Le « tic-tac » d’une nouvelle mécanique

A moins que le sermon de Jésus ne cherche à nous dire autre chose… Au lieu d’y chercher une nouvelle loi à pratiquer, peut-être s’y trouve-t-il les clés d’une nouvelle compréhension de nous-mêmes, du monde et de l’Eglise ?

A l’écoute de la lecture de l’évangile, vous avez bien relevé ce mouvement de balancier entre le « vous avez entendu » et le « et moi je vous dis » ; ce mouvement nous fait passer d’une logique à une autre ; Jésus nous fait sortir de la logique bien tracée de la Loi de Moïse, pour nous faire entrer dans une logique inconnue, que nous pouvons appeler la logique de l’excès, la logique du « too much ! »

Loi accessible, loi excessive

Prenons l’exemple du meurtre : « Vous avez entendu qu’il a été dit : « Tu ne commettras pas de meurtre » (c’est le 6e commandement), et moi je vous dis : celui qui traite de fou son frère est passible de la géhenne de feu ».

Jésus nous dit ici que l’on peut blesser à mort son prochain avec des mots, mais plus encore, il nous fait passer d’une loi qui est à notre portée (il est assez facile de ne pas tuer son prochain, même si l’envie quelquefois nous en prend !), d’une loi accessible donc, à une loi excessive et impossible à suivre. Pour Jésus nous sommes tous des meurtriers, au regard de cette nouvelle vision du monde qu’il prêche ! Mais le but n’est pas de nous accuser, seulement de nous ébranler pour nous emmener ailleurs.

Assimilation ou Communion ?

La loi de Moïse, par ses 10 commandements, pose les conditions d’une éthique du vivre ensemble raisonnable et équilibrée ; la parole de Jésus, elle, déséquilibre des rapports traditionnels. L’autre n’est pas seulement mon semblable, mon prochain, il n’est pas seulement celui que je dois traiter comme je voudrais qu’il me traite (la loi d’or) ; il est aussi un autre, différent, inaccessible, mystérieux, unique, dissemblable et aimé de Dieu dans sa particularité. Nous devons passer d’une logique d’assimilation à une logique de communion. Aujourd’hui nous célébrons l’unité chrétienne dans la dissemblance, rendant hommage à cette éthique du dépassement prêchée dans le sermon sur la montagne.

La loi comme garde-fou et non comme fin

Bien sûr, on ne peut pas abandonner la loi de Moïse. Nous en avons besoin tant que le Royaume de Dieu n’a pas achevé son œuvre spirituelle en nous. Dépassement ne signifie pas annihilation. La morale est nécessaire, utile ; elle régule la société et permet le vivre ensemble, mais elle n’est pas notre ultime vocation. Le but de la vie chrétienne est indiqué par cette parole de Jésus « mais moi je vous dis » ; Nous ne sommes pas appelés à devenir d’honnêtes gens, de gentils chrétiens, mais à vivre en Christ dans l’excès, dans la surabondance d’une grâce reçue qui veut faire de nous de nouvelles créatures !

Rien d’autre à faire que se laisser faire

Sœurs et frères, nous regardions nos chaussures il y a quelques instants. Je vous invite maintenant à relever la tête : la parole du Christ est une bonne nouvelle ! Elle nous ouvre à une aventure humaine et spirituelle incomparable où le champ des possibles et des rencontres est illimité, comme celle que nous vivons ce matin. Il n’y a rien de spécial à faire. Il est là le secret du sermon : nous laisser faire par la parole de Jésus.

Cette parole nous permet de découvrir en nous la gratuité et l’abondance d’un amour désintéressé, un amour qui se donne à l’autre sans qu’il soit nécessaire qu’il me ressemble et sans attendre qu’il me revienne. L’autre n’est pas un « investissement », en Christ il est un être libre et insaisissable.

La belle assemblée que nous formons ce matin, dans sa diversité même, la prière que nous adressons d’une seule voix au Seigneur est le fruit de ce déplacement, physique, intérieur, personnel et communautaire que Dieu désire pour son Eglise.

Nous sommes un signe du Royaume des cieux, un peuple en marche prêt à vivre l’aventure évangélique qui s’offre à nous et qui, un jour, illuminera tous les cœurs. Amen !

« Êtes-vous heureux ? » II

Matthieu 5.3-12

3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !

6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !

Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !

8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux!

11 Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, qu’on vous persécute et qu’on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez transportés d’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Il est toujours intéressant d’observer les débuts et les fins. La première et la dernière béatitude ont en commun le don du royaume des cieux aux pauvres en esprit et aux persécutés pour la justice. Entre ces deux clés principales pour entrer dans le royaume, 6 autres passes sont proposés : un beau trousseau de clés dont il faudrait apprendre à se servir.

Le manque comme marque du royaume

Nous en avons parlé dans la méditation précédente, le bonheur du royaume se reçoit au cœur de l’épreuve et non au bout d’une vie exemplaire ou rassasiée. Qui sont ces pauvres en esprit et ces persécutés pour la justice qui possèdent le royaume ? Ce sont d’abord ceux qui font l’expérience du manque. « Les pauvres en esprits, les persécutés à cause de la justice », sont ceux qui vivent en rupture avec les critères classiques du bonheur, richesse, santé, prospérité. Dieu règne pour ceux qui manquent, qui subissent et ne se suffisent pas à eux-mêmes, ceux qui tendent les mains.

L’expression « pauvres en esprit » est inconnue de la Bible. C’est ici la seule et unique occurrence. Intrigant… Qu’est-ce  donc que cette pauvreté d’esprit qui ouvre le royaume des cieux ?

Une vie de moine ?

L’expression peut être traduite par « pauvre par l’esprit » : c’est-à-dire « pauvre par la force de l’esprit ». On serait invités à choisir la pauvreté comme style de vie. Volontairement ! Le pauvre qui bave d’envie devant la richesse du riche, n’est pas un pauvre en esprit : c’est un riche fauché et souvent aigri ! « Le pauvre par la force de l’esprit » fait un vœu devant Dieu : il s’engage à l’esprit de pauvreté, c’est le cas de certains ordres religieux, comme la communauté des sœurs de Pomeyrol. Mais on pourrait aussi évoquer ceux qui font le choix de « la vie simple » cherchant à résister aux diktats du régime consumériste auquel notre société est soumise.

Être vivant ?

Mais l’expression peut être aussi comprise comme « pauvre en ce qui concerne l’esprit ». Il s’agit alors d’une pauvreté symbolique, ontologique. C’est se reconnaître incapable de concevoir par soi-même le monde et le bonheur. Cette pauvreté-là naît de la conscience de l’indigence, du manque personnel. J’ai besoin de l’autre pour prendre conscience de moi-même, pour me construire, me réaliser, que cet autre soit le prochain ou qu’il soit Dieu. Est pauvre alors celui qui vit, sans honte ni souffrance, et même joyeusement, dans la dépendance relationnelle ; comme savent le faire les enfants. Jésus les donne souvent en exemple comme ceux qui savent entrer dans le royaume de Dieu. Le royaume est donc pour ceux qui ont appris à creuser en eux un espace de rencontre dans lequel le règne de Dieu va pouvoir grandir et s’installer.

Les béatitudes, sport de haut niveau ou grâce ?

Entre l’entrée et la sortie, sont insérées six autres béatitudes. Il arrive que le lecteur se croit placé devant un catalogue de qualités morales à cocher, un programme de sanctification à mettre en oeuvre au long d’une vie.

Saint François d’Assise, par exemple, pensait qu’il fallait apprendre à les posséder, toutes, les unes après les autres.

« L’humilité » ? Je la tiens (surtout en public et de préférence le dimanche au culte). La « douceur » ? C’est un peu plus difficile, mais je finirai bien par l’avoir. La « pureté » ? J’y travaille… La « miséricorde » ? S’il n’y avait pas tous ces syriens collés aux vitres de ma voiture, j’avoue que ce serait plus simple !

La vie peut être envisagée ainsi, comme une chasse au trésor morale, une quête de trophées spirituels. Mais je doute que cette voie nous conduise ailleurs que dans le mur épais et rugueux de la culpabilité et du mensonge à soi-même. Il vaut mieux écouter ce que dit avec sagesse et lucidité Mgr Georges Khodr – qui vient cette semaine de recevoir la distinction, de Grand commandeur de l’ordre du Cèdre à l’âge de 93 ans. Ce théologien orthodoxe libanais écrit à propos des béatitudes des choses simples qui aident à mieux comprendre : « On ne peut isoler aucune béatitude. Ceux qui ont une âme de pauvre sont nécessairement les doux, les affamés et assoiffés de justice, les cœurs purs. »

Georges Khoder qui reste l’une des plus éminent figures du dialogue islamo-chrétien en Orient au 20e siècle, disait qu’il croyait davantage au dialogue du cœur qu’au dialogue de l’esprit. Je ne vous encourage donc pas à partir à la pêche aux béatitudes mais à rester à leur écoute. A les considérer toutes ensemble comme un espace de conversion au royaume des cieux, comme une grâce déjà offerte.

Une dernière pour la route ?

« Heureux les doux, ils hériteront la terre »

La terre ? Le foncier ? Il n’y a pas pire question pour faire disparaître toute forme de douceur ! Les partages des terres au moment des successions sont souvent terribles. Il n’y a qu’à voir comment se comportent ces derniers jours les colons de la Cisjordanie. Doux ? Pas vraiment. Sont-ils seulement héritiers ?

Qu’est-ce que cette douceur évangélique ? Rien à voir avec un caractère gentil et souriant. Pas de béa-attitude ici ! Jésus fut-il doux comme un agneau le jour où il sortit à coups de fouet les marchands du temple ou encore traita d’hypocrites les pharisiens ?

La douceur, n’est pas premièrement une qualité psychologique ou morale mais une posture vis-à-vis de l’existence. Dès l’instant où vous ne considérez plus la vie comme un combat à remporter, un examen à réussir mais comme une réalité à accueillir, vous êtes en train de devenir doux ! Cette béatitude de la douceur et de l’humilité nous apprend simplement à nous décentrer de nous-mêmes, à nous libérer du regard des autres, à ne plus ériger nos besoins en dogme universel, à sortir de la tyrannie de l’égoïsme, à lâcher prise finalement, pour faire l’expérience de la confiance. On devient doux en se laissant faire, pas en faisant !

Jésus, par son acceptation de la vie telle que Dieu la lui donne, nous montre le chemin de la douceur et de l’humilité. Il se confie en Dieu. Il n’a peur de rien, ni de personne.

La douceur n’est finalement pas si inaccessible… Confions-nous en Dieu et tout le reste, j’entends toutes les béatitudes, nous seront données en plus ! AMEN !

Êtes-vous heureux ? (méditation de Matthieu 5.3-12 et Psaume 23)

Psaume 23

1 L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. 2 Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles.3 Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

4 Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : Ta houlette et ton bâton me rassurent.

5 Tu dresses devant moi une table, En face de mes adversaires ; Tu oins d’huile ma tête, Et ma coupe déborde. 6 Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie, et j’habiterai (je reviendrai) dans la maison de l’Éternel jusqu’à la fin de mes jours. (Louis Segond)

Matthieu 5.3-12

3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !

6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !

7 Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !

8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux!

11 Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, qu’on vous persécute et qu’on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez transportés d’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.


S’il est une musique d’Évangile que l’on connaît par cœur, c’est bien celle des béatitudes ! Véritable hymne national du Royaume des cieux, elles nous déclarent heureux. Mais que nous disent-elles au juste ? Cette première méditation sur Matthieu 5 nous amène à poser une question un peu fatiguée, un peu nulle aussi : Sommes-nous heureux ?

Bonheur-compagnon

Le psaume 23 nous met sur la piste d’un bonheur très particulier, quand il écrit : « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie »

Tous les jours ! Ce bonheur quotidien paraît excessif. Certes la vie est faite de belles journées, de moments de grâce, mais il y a aussi les heures sombres. Comment peut-il dire « tous les jours ! »

Où se trouve le bonheur quotidien quand on traverse à pied, dans les larmes, le sang ou le deuil la vallée de l’ombre de la mort ? David ne promet pas ici ce bonheur que l’on se souhaite à peu de frais en janvier. Il dit que le bonheur l’accompagne. Le bonheur n’est donc pas une situation, un état, un acquis, un bien à consommer ; le bonheur pour David, c’est un compagnon de route.

Un bonheur-compagnon, c’est un bonheur qui se découvre en chemin, mais qui reste en même temps un peu mystérieux, un peu insaisissable.

Dans la Bible, on ne baigne pas dans le bonheur, on marche avec ! Le bonheur biblique n’est pas ce désir obsessionnel, mimétique et violent. Quand on marche ensemble, on se tient côte à côte, jamais l’un en face de l’autre. Ce que l’on regarde en marchant, c’est la route à faire en compagnie du bonheur, jamais le bonheur au bout de la route ! Au fond, la Bible parle du bonheur comme s’il s’agissait de quelqu’un, pas de quelque chose. C’est exactement cela !

Bonheur d’être vivants !

Les béatitudes, quant à elles, chantent un bonheur encore plus étrange. Un bonheur paradoxal qui s’invite, par 9 fois, au cœur des situations les plus difficiles. Sont déclarés « heureux » ceux qui à vues humaines ne le sont pas : les pauvres, les affligés, les affamés, les persécutés…

Le mot « heureux » dans le grec original, traduit un mot hébreu (n’oublions pas que Jésus était un juif qui parlait l’araméen.) Ce mot araméen pour dire « heureux » se traduit par « En marche ! » = ashreh ! C’est ainsi que Chouraqui traduit :

• En marche les pauvres en esprit !

• En marche les persécutés pour la justice !

• En marche ceux qui ont faim et soif de justice !

On retrouve le bonheur-compagnon du psaume 23.

Mais une autre traduction de « Heureux » est possible : « Vivants ! » :

• Vivants les pauvres en esprit, le royaume des cieux est à eux !

• Vivants ceux qui pleurent, ils seront consolés !

Cette traduction se détache certes de l’étymologie (araméenne), mais rend compte avec plus de force de ce bonheur paradoxal des béatitudes. « Vivant ! », non pas au sens biologique, mais au sens psychique et spirituel. Une vie qui vient du souffle que Dieu insuffle à chaque être humain. « Les vivants », désigne ceux qui sont pleins ; non pas pleins d’eux-mêmes, pleins de leur richesse matérielle ou de leur confort intellectuel, mais pleins de vie. Les vivants, ce sont ceux qui ont laissé se creuser en eux un espace pour que se produise autre chose que ce qui existe déjà ; un espace d’ouverture à l’imprévu, à l’inconnu. « Vivant ! » signifie donc disponible à la vie du désir, non le désir de soi ou le désir pour soi, mais le désir en soi, ce désir qui nous pousse à faire l’expérience de l’altérité et devenir homme autrement.

De toute façon, les vivants sont toujours des gens qui marchent. Ils ne courent pas après le bonheur, ils vivent et se déplacent avec lui.

La joie comme cachet d’authentification

Les béatitudes s’achèvent sur un appel à la joie : « Réjouissez-vous et soyez transportés d’allégresse. » La joie jaillit dans le sillage du bonheur et de la grâce, compagnons de route du croyant.

Reviens et demeure !

David utilise dans les derniers mots du psaume 23 une expression ambiguë : « Je reviendrai ou j’habiterai dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie ».

La forme verbale utilisée en hébreu peut se traduire de deux manières : « je reviendrai » ou « j’habiterai ». C’est un jeu de mots intentionnel ; il ne faut donc pas choisir mais maintenir la double signification.

« Revenir », c’est le même mot que « se convertir ». Nos vies sont appelées à changer de direction. Le bonheur nous appelle à nous interroger quotidiennement sur le sens de notre marche et à le réorienter si nécessaire. Nous sommes appelés ici à redevenir vivants de la vie de Dieu. Le bonheur ne se trouve donc pas sous le sabot d’un cheval mais dans la main de Dieu : il est un don, une naissance de soi à la joie.

Habiter, c’est autre chose… Habiter, c’est se poser, c’est s’arrêter pour contempler, faire silence tout en goûtant la joie profonde d’être en vie dans le compagnonnage de Dieu et des hommes. Habiter, c’est prendre conscience de ce bonheur paradoxal qui nous habite et nous vivifie jusqu’au plus sombre des heures que nous traversons !

Tel est le bonheur offert par les béatitudes. En voulons-nous toujours ?

« Que cherchez-vous ? » (Jean 1.38)

 Jean 1.6-39

6 Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean. 7 Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

9 Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. 10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue. 11 Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue. 12 Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. […]

29 Le lendemain, il voit Jésus qui vient vers lui et il dit : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30 C’est de lui que j’ai dit : “Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était.” 31 Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c’est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. » 32 Et Jean porta son témoignage en disant : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. 33 Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a dit : “Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” 34 Et moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu. »

35 Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. 36 Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : « Voici l’agneau de Dieu. » 37 Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus. 38 Jésus se retourna et, voyant qu’ils s’étaient mis à le suivre, il leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Rabbi – ce qui signifie Maître –, où demeures-tu ? » 39 Il leur dit : « Venez et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là ; c’était environ la dixième heure.


L’événement qui marque cette rencontre entre Jésus et Jean au bord du Jourdain dans l’évangile de Jean n’est pas le baptême comme dans les 3 autres évangiles, mais la rencontre entre Jésus et ses deux premiers disciples. Jean dit le baptiseur est le témoin de cette rencontre.

Jésus, le « people » de la religion chrétienne ?

La première chose que précise ce « témoin de la lumière » qui est Jean le baptiseur, c’est que Jésus vient comme un inconnu au milieu de la foule (v.10-11). On attend un sauveur aux qualités évidentes, investi d’un programme messianique fort, un président ! Mais c’est un homme parmi les hommes qui arrive. Pas de naissance miraculeuse dans l’évangile de Jean, pas de baptême fondateur, pas même d’institution de la Sainte-Cène. L’attente religieuse peut être déçue, elle qui se laisse plus facilement convaincre par la puissance, les miracles, les rituels. En ce sens, l’évangile de Jean est une contestation radicale de la religion. Et la religion, en réponse à cette contestation, clouera le Christ sur la croix. Et depuis ce sombre vendredi où le Christ meurt en contestant le monde des religions, une nouvelle religion est née. Elle s’empressera de déclarer « saint » le vendredi de la mort, elle s’appelle le christianisme ! Ce christianisme qui a besoin à nouveau d’être contesté, bousculé, réveillé par l’Evangile lui-même, par la Parole faite chair, pour qu’il ne se réduise jamais à une simple variante religieuse parmi d’autres. Le protestantisme est sans doute dans l’histoire l’expression de contestation la plus frontale de la religion chrétienne. Il ferait bien de s’en souvenir au moment où il fête cette année les 500 ans de sa Réforme.

Telle est la prédication de Jean le baptiseur : Celui qui vient n’est pas spectaculaire. Dans le grand concert des religions, il ne se trouve pas sur scène mais au milieu de la foule.

Trois mots, une prédication !

La seconde chose que l’on peut dire à propos du Christ johannique, c’est qu’il n’est pas un prédicateur bavard. Avez-vous repéré le nombre de mots qu’il prononce dans son premier sermon ? « Que cherchez-vous ? Venez et vous verrez ». Trois verbes.

La première parole de Jésus interroge notre quête religieuse. « Que cherchons-nous ? » Une religion à même d’apaiser notre angoisse devant l’apparence de vide et de chaos de notre monde ? Un opium qui nous dispenserait de penser et de questionner ? « Que cherchez-vous ? » Vous, les catholiques, dans vos rituels et vous, les protestants, par cet intellectualisme qui complexifie sans fin et vous encore les évangéliques avec vos réponses sans questions ? Qu’êtes-vous venus chercher chers amis en venant ici que vous ne possédiez déjà ? Des évidences religieuses, des confirmations de ce que vous croyez déjà ? Que cherchez-vous ?

L’appel d’air

Jésus ne dit pas expressément ici ce qu’il vient montrer, mais il y a quelque chose dans son attitude qui peut nous mettre sur la piste.

Le texte précise que « Jean se tenait là » (v.35) alors que Jésus lui « vient, marche et se retourne ». Jean le baptiseur est un point fixe sur la carte de l’évangile. Fixe comme la tradition prophétique d’Israël arrivée avec lui à son terme. Jean est planté comme un poteau de signalisation au bord de la route. Il montre celui que l’on attend mal, celui que l’on ne voit pas, marchant au milieu de la foule. S’il crie (1.23), c’est parce qu’il a peur qu’on confonde une fois de plus foi et religion, mouvement et tradition, vie et dogme !

En Christ seul, se trouvent le mouvement, la foi et la vie. Jean est le témoin. Cet appel d’air vient de l’Esprit.

L’Esprit qui descend sur Jésus comme une colombe, nous parle de l’identité du Christ. Il est et restera cet homme en mouvement, cet homme libre : libre d’aimer n’importe qui, de contester n’importe quoi, en particulier l’injustice et l’hypocrisie religieuse. Il est celui qu’inspire l’Esprit, cet Esprit qui donne des ailes à la liberté humaine et dont personne ne peut dire d’où il vient ni où il va. Le Christ est d’abord cet homme aux semelles de vent pour reprendre l’expression de Verlaine à propos de Rimbaud.

C’est toujours le moment !

Notez que Jésus passe deux fois au Jourdain, deux jours de suite au même endroit. Ignorons donc la prédication des évangélistes de la peur qui présentent le salut comme un train qu’il ne faut pas manquer au risque d’aller en enfer. Jésus passe et repasse. Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. Avec Christ, c’est toujours le moment !

Deux hommes veulent le suivre maintenant (v.37). Deux hommes épris à leur tour de liberté, de justice et de vie veulent venir et voir. Jésus se retourne. J’aime cet arrêt, ce mouvement qui s’interrompt, ouvrant un espace de rencontre et d’intimité. « Se retourner » est le même verbe pour dire « se convertir ». Le Christ à chaque rencontre se déplace lui-même vers l’inconnu, acceptant le risque lié à toute rencontre. Il n’est pas ce maître impassible qui enseigne et passe son chemin. Jésus en se retournant vers nous, s’expose, se fragilise, découvrant l’étendue et la profondeur de sa mission, effacer notre péché au prix de sa vie.

On passe à table ?

Jean par deux fois reconnaît en Jésus « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (29, 36). En disant cela, il discerne l’essentiel. Souvenez-vous de l’agneau pascal dans la nuit qui précède la sortie d’Egypte… Dans le livre de l’Exode, cet agneau n’est pas destiné à être sacrifié à Dieu, mais à être mangé pour prendre des forces avant le départ.

Jésus est l’agneau qu’il nous faut symboliquement manger ensemble pour que sa vie devienne notre vie, ses paroles nos paroles, sa contestation notre contestation, son amour notre amour, son Esprit notre esprit, sa liberté notre liberté ! Par lui nous sommes invités à faire l’expérience intérieure la plus exaltante qui soit : échapper au règne de la culpabilité et naître à la liberté. Il ôte non seulement le péché, mais l’œuvre du péché en nous qui est de nous enfoncer, de nous écraser jusqu’à la désespérance. Vivre dans cette liberté nouvelle, n’est-ce pas cela demeurer en Christ ? Quelle merveille que la découverte de Jean le baptiseur pour nous : Jésus, Verbe et agneau de Dieu pour l’apaisement de notre faim et la libération de nos peurs. AMEN !

C’est le monde à l’envers !

Évangile de Matthieu 2.1-12 

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » 3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s’enquit auprès d’eux du lieu où le Messie devait naître. 5 « A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c’est ce qui est écrit par le prophète : 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. » 7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l’époque à laquelle l’astre apparaissait, 8 et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j’aille lui rendre hommage. » 9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. 10 A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie. 11 Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.


Imaginez-vous revenant d’une semaine de vacances et rentrant chez vous. Quelqu’un a déplacé tous les meubles, repeint les murs, changé les lustres et les serrures de la porte d’entrée. C’est un peu ce qui arrive dans ce chapitre 2 de l’évangile de Matthieu. On ne peut plus entrer avec le vieux trousseau de clés de l’AT ! Certes, on est toujours en Israël ; Jérusalem est toujours la capitale ; il y a toujours la loi, les prophéties, les théologiens, mais plus rien ne fonctionne comme avant. Le logiciel du plan de Dieu a changé. La version « up to date » du salut s’appelle « évangile ». Elle nous amène à repenser tout ce que nous pensions savoir ! L’évangile de Noël, c’est le grand renversement des valeurs, des lectures, des repères. Rien n’est plus à sa place ! Noël, c’est le monde à l’envers…

Corps étrangers

A commencer par les mages ! Que viennent-ils faire dans un récit biblique ? Pourquoi Dieu est-il allé chercher des païens au fin fond de la Perse, alors que son peuple élu, Israël est là, dans l’attente du messie depuis plus d’un millénaire ? Des mages venus d’Orient ! La Bible était pourtant claire : « Qu’on ne trouve chez toi personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien » (Deut 18). Ces mages sont tout à la fois des mathématiciens, des médecins, des chercheurs, des astronomes et des astrologues. Tout ce que la loi exècre ! L’Orient, pour Israël, c’est (toujours) l’ennemi ; c’est Babylone la païenne. Cette entrée en scène des mages venus d’orient est absurde.

Un air de déjà vu…

Paradoxalement, ce récit des mages, aussi improbable soit-il, a un air de déjà vu. Le récit de l’Exode semble ici l’objet d’une reconstitution historique à l’envers. Hérode ressemble comme un frère au pharaon d’Egypte qui s’endurcit au fil du récit jusqu’à réclamer le sang de tous les premiers nés d’Israël, le massacre des innocents. On se souvient que dans le livre de l’Exode, c’est Dieu qui est à l’origine de la mort des premier nés d’Egypte. Dans l’Evangile, Dieu ne réclame plus le sang de personne, il donne la vie !

Cette inversion des rôles, des lieux et des situations n’est pas le fruit d’un hasard de la rédaction mais d’une intention théologique précise. Pour Matthieu la venue du salut passe par le renversement de tous les repères habituels, de toutes les théologies ! Israël n’y apparaît plus comme le peuple détenteur de la vraie foi, mais comme le peuple qui, ayant tout reçu, ne bouge plus, un peuple qui a besoin à nouveau  d’être touché par la grâce.

Ce renversement va très loin chez Matthieu : Israël par ses chefs politiques et religieux y symbolise la nouvelle Egypte faisant obstacle au salut. L’Egypte, y apparaît comme une terre promise où la sainte famille trouvera demain refuge. L’évangile, c’est le monde à l’envers. On attendait un prophète pour remettre le peuple en marche et c’est une étoile qui vient.

Quand les textes ne parlent plus…

Il faut éviter l’écueil du concordisme. L’étoile n’est pas une comète apparue autour de l’an zéro. Elle est une figure littéraire permettant à Matthieu de dire la nouveauté de Dieu.

Avez-vous remarqué qu’elle disparaît quand les Mages arrivent à Jérusalem. Qu’est-ce donc que cette étoile clignotante ? Elle cesse de briller, parce que sa course ne passe pas par Jérusalem ! Tant que les mages se mettent à l’écoute d’Hérode, l’étoile reste invisible. Dès qu’ils se remettent en route dans la bonne direction, Bethléem, elle réapparaît et guide à nouveau leur voyage jusqu’à l’enfant.

Pour qui brille donc l’étoile ?

Hérode ? Il serait facile de l’identifier à tous ces chefs d’Etats sanguinaires qui tirent dans la foule pour assouvir leur besoin pathologique de domination. Mais Hérode est peut-être plus proche qu’on ne le pense. Si la soif du pouvoir étreint ton coeur ; si le manque de reconnaissance t’empêche de dormir ; si tu ne supportes pas même d’avoir tort dans une discussion, Hérode est ton frère. Noël, c’est l’annonce que ces hommes-là n’ont pas d’avenir, que l’étoile ne brille pas pour eux, qu’ils sont plongés dans la nuit de leur propre cauchemar.

Les théologiens ? Le précédent SDL, à propos de Joseph, évoquait « ceux qui comprennent tout et ne disent rien ». Les théologiens ici sont ceux qui savent tout mais ne vivent rien. Mes frères. Ils connaissent la Révélation mais n’y trouvent plus la force de se mettre en route. Eux aussi ont beaucoup de frères dans le monde des religions et en particulier au Liban où la concentration d’ecclésiastiques de tous crins est peut-être la plus importante au monde. La surexposition religieuse ne vaut rien ! Elle génère immobilisme et fonctionnarisme religieux. Au moment où nous nous apprêtons à célébrer la Réforme (2017), souvenons-nous que le protestantisme est une libération des consciences de la tutelle du cléricalisme !

Lever les regards

Laissant Hérode et les théologiens à Jérusalem (dont il ne faut pas désespérer qu’ils lèvent un jour la tête !), l’étoile n’entraîne dans son sillage que ces mages venus d’Orient, ces étrangers, ces migrants, hommes dont la première qualité est sans doute celle de se laisser encore surprendre.

Marcherons-nous à leur suite, sœurs et frères, ou resterons-nous enfermés dans le tombeau de nos certitudes, de nos périmètres religieux? La foi est cette étoile à redécouvrir. En ce jour de Noël, elle brille pour quiconque lève les regards au-dessus de son microcosme. Elle conduit immanquablement à Christ, l’enfant sauveur, notre frère et notre Dieu. Nous laisserons-nous encore surprendre ?