« Sauvés ! Oui, mais de quoi ? » (méditation du psaume 25)

Psaume 25 (TOB)

1 De David. SEIGNEUR, je suis tendu vers toi.

2 Mon Dieu ! En toi je me confie : que je ne sois pas couvert de honte ! Que mes ennemis n’exultent pas à mon sujet !

3 Aucun de ceux qui t’attendent n’est déçu, mais ils sont déçus, les traîtres avec leurs mains vides.

4 Fais-moi connaître tes chemins, SEIGNEUR ; enseigne-moi tes routes.

5 Fais-moi cheminer vers ta vérité et enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Je t’attends tous les jours.

6 SEIGNEUR, pense à la tendresse et à la fidélité que tu as montrées depuis toujours !
Ne pense plus à mes péchés de jeunesse ni à mes fautes ; pense à moi dans ta fidélité, à cause de ta bonté, SEIGNEUR.

8 Le SEIGNEUR est si bon et si droit qu’il montre le chemin aux pécheurs. Il fait cheminer les humbles vers la justice et enseigne aux humbles son chemin.

10 Toutes les routes du SEIGNEUR sont fidélité et vérité, pour ceux qui observent les clauses de son alliance.

11 Pour l’honneur de ton nom, SEIGNEUR, pardonne ma faute qui est si grande !

12 Un homme craint-il le SEIGNEUR  ? Celui-ci lui montre quel chemin choisir.
13 Il passe des nuits heureuses, et sa race possédera la terre.

14 Le SEIGNEUR se confie à ceux qui le craignent, en leur faisant connaître son alliance.

15 J’ai toujours les yeux sur le SEIGNEUR, car Il dégage mes pieds du filet.

16 Tourne-toi vers moi ; aie pitié, car je suis seul et humilié.
17 Mes angoisses m’envahissent ;  dégage-moi de mes tourments !

18 Vois ma misère et ma peine, enlève tous mes péchés !

19 Vois mes ennemis si nombreux, leur haine et leur violence.
20 Garde-moi en vie et délivre-moi ! J’ai fait de toi mon refuge, ne me déçois pas !

21 Intégrité et droiture me préservent, car je t’attends.
22 O Dieu, rachète Israël ! Délivre-le de toutes ses angoisses !


« Car tu es le Dieu qui me sauve ! », chante David (v.5). « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé ! » dira Paul à son geôlier (Actes 16.31). La question du salut est au centre du message biblique. C’est une évidence : Dieu sauve ! Oui, mais de quoi ? De la mort ? De l’angoisse, de l’injustice, de la misère matérielle ; un enfant harcelé à l’école voudra être sauvé de ceux qui lui font du mal ; pour une employée de maison maltraitée par ses patrons, le salut prendra le visage d’un employeur plus gentil. Certains espèrent être sauvés des flammes de l’enfer et d’autres d’une éternité ennuyeuse à mourir ! Sauvés ! Oui, mais de quoi ?

C’est la honte !

La première chose dont David voudrait être sauvé, c’est de la honte ! (v.2)

« Que je ne sois pas couvert de honte ». La honte, c’est un sentiment commun que nous partageons tous. Quand petits, nos parents nous corrigeaient : « Tu devrais avoir honte ? » La honte, c’est d’abord ce sentiment de malaise, d’humiliation vis-à-vis de l’image que nous avons de nous-mêmes ou que nous pensons avoir aux yeux des autres. La honte c’est l’identité brisée, c’est la perte de l’unité intérieure, conséquence d’une rupture avec un code moral, familial ou social.

Mais la honte, c’est aussi un révélateur d’existence. Nous sommes vivants et la honte nous le rappelle. Quelqu’un qui prétendrait de pas connaître ce sentiment ne serait tout simplement pas humain. Nous ne devons pas avoir honte d’avoir honte ! C’est la preuve que notre vie est au front de combats redoutables, de batailles perdues et recommencées sans cesse.

Mais la Bible établit aussi un lien entre honte et péché : Adam a honte d’être nu. Le regard de Dieu, tel qu’il se le représente, le terrifie. Il se cache. Adam est loin d’imaginer que Dieu va recouvrir sa honte de grâce (Gn 3.21) et lui offrir un avenir. David espère qu’il en sera de même pour lui : « Seigneur ne pense plus aux péchés de ma jeunesse ! »

Je crois en Dieu « l’Amnésique »

Mais quand Dieu décide de ne plus penser (le mot hébreu évoque l’oubli) aux péchés de ma jeunesse, (ni aux péchés de ma vieillesse !), alors immédiatement se dégage devant moi un nouvel horizon, un espace de liberté, un lieu de salut à partir duquel je vais pouvoir entreprendre des travaux de restauration de mon identité altérée.

Quelle que soit l’origine ou la nature de ma honte, le psaume évoque ici la force du regard divin. Ce regard diffuse sur mon existence une grâce inconditionnelle et gratuite. Il m’invite à croire en l’hospitalité divine, au pardon de Dieu, à cette parole libératrice qui nous déclare non-coupable : « Seigneur pense à la tendresse et à la fidélité » chante David dans sa prière. Il est quelquefois plus difficile de croire au pardon que de croire en Dieu.

Je suis bien meilleur accusateur de moi-même que Dieu ne l’est envers moi. Le doigt de Dieu ne montre pas mon péché, il montre la croix du Christ !

La grâce est un puissant diluant de la honte. Elle fait entrer en nous soulagement, paix et liberté et m’invite à changer de regard sur moi-même. Dieu me relève, me guérit de moi-même et restaure en moi la dignité perdue. Voilà de quoi on peut être premièrement sauvé.

Exode pour tous !

Le psaume nous indique une deuxième voie de salut,  celle des aliénations. « Il dégage mes pieds du filet » (v.15) Les prisons n’ont pas toujours des barreaux de fer. Telles nos prisons intérieures avec leur puissants verrous invisibles. Je ne nommerai pas les esclavages qui nous retiennent prisonniers, chacun connaît le sien. Mais j’entends ici une parole qui me donne de la force : « J’ai toujours les yeux sur le Seigneur » (v.15). Il n’est plus question ici du regard de Dieu sur moi, mais de mon regard sur lui, de cet acte de foi qui implore et oriente notre quête vers Dieu. Notre libération naît ainsi du croisement d’un regard implorant et d’un regard bienveillant. Le salut est au bout de cette rencontre fondatrice d’une vie nouvelle, légère et entraînante. Ce salut est recherche, attente nourrie de la parole de Dieu. Nous sommes tous en partance pour un exode, reste à savoir lequel.

Une foule de gens seuls

Sauvés de nous-mêmes et des esclavages, nous sommes enfin libérés d’un mal très moderne et très profond : celui de la solitude.

« Tourne-toi vers moi Seigneur ! Car je suis seul et humilié » (v.15).

Notre époque moderne a considérablement accéléré le processus d’isolement des gens. Les nouvelles technologies nous forment à l’ultra-communication en même temps que s’installe une ultra-solitude. La « com » c’est une illusion relationnelle. Se tourner vers l’autre, voilà de quoi Dieu se montre capable en Christ et voilà à quoi il nous appelle. L’Église n’est pas un simple hasard de l’histoire, c’est un laboratoire où nous sommes invités à inventer la fraternité pour l’offrir ensuite à tous. La fraternité n’est pas un produit de consommation ecclésial, mais universel. Christ fait l’expérience ultime de la solitude pour que nous en soyons définitivement délivrés. La solitude déshumanise, la foi au Christ vivant au contraire vivifie et nous envoie poser des signes d’amitié envers tous. La mission chrétienne ne consiste pas à dire aux gens ce qu’ils doivent croire, penser ou faire, mais à sortir de nos chemins pour aller à la rencontre de ceux que l’on ne voit plus, ceux que l’on n’entend plus – comme Christ ne s’est jamais dérobé à l’instant de la rencontre.

Voilà ce que peut signifier le salut dans le psaume 25 : nous sommes sauvés de nous-même, sauvés des pièges de l’existence et de la solitude pour devenir des êtres libres, croyants et fraternels. AMEN !

Le sermon du lendemain (Méditation Marc 12, 28-34)

Un entretien sympathique…

Marc 12, 28-34

28 Un scribe s’avança. Il les avait entendus discuter et voyait que Jésus leur avait bien répondu. Il lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? » 29 Jésus répondit : « Le premier, c’est : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ; 30 tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. 31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. » 32 Le scribe lui dit : « Très bien, Maître, tu as dit vrai : Il est unique et il n’y en a pas d’autre que lui, 33 et l’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices. » 34 Jésus, voyant qu’il avait répondu avec sagesse, lui dit : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger. (TOB)


Il n’y a pas beaucoup d’entretiens entre Jésus et les religieux juifs qui finissent bien dans l’évangile de Marc. C’est le seul ! Échange paisible où les deux interlocuteurs semblent cheminer tranquillement l’un avec l’autre, l’un vers l’autre. Mais où conduit cet échange ?

Une rencontre, comment ça marche ?

D’habitude, les pharisiens arrivent en bande, en meute pour piéger et discréditer Jésus aux yeux des foules. Ce ne sont pas des rencontres mais des procès. Vous avez sans doute remarqué que dans ces contextes d’opposition, Jésus ne répond jamais aux questions. Il frappe là où ça fait mal, met en évidence les contradictions, révèle les hypocrisies. C’est d’ailleurs ce qui le conduira à la croix.

Ici, le scribe s’avance seul. Ça change tout. Quand un espace relationnel est ouvert, quand une personne s’avance à la rencontre d’une autre personne, on peut imaginer le meilleur, le champ des possibles s’ouvre. Deux personnes aux visions théologiques opposées vont se parler : Jésus, le prédicateur du renouveau spirituel, prônant le dépassement de la loi pour une vie dans l’esprit, libérée de la lettre, affranchie des systèmes religieux et le religieux juif, qui incarne le conservatisme religieux. Quand les camps s’affrontent, il y a toujours des morts. Quand deux personnes se rencontrent, même quand tout les oppose, il peut y avoir des surprises.

L’écoute première

Jésus pour une fois, se prête docilement au jeu du question-réponse. Il écoute son interlocuteur et lui répond, récitant le CREDO juif : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta pensée, de toute ton âme et de toute ta force. Et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » C’est bien toute la loi qui est résumée dans ces deux commandements. La religion n’est pas d’abord affaire d’obéissance mais d’amour. Et pour apprendre à aimer, il faut commencer par écouter.

Le CREDO juif, c’est certes l’affirmation du monothéisme mais précédé d’un petit mot qui le rend unique. Avant toute prescription légale, ce mot magique, doux et engageant résonne : « Ecoute ! ». Le message biblique ne dit pas qu’il y a quelqu’un dans l’univers qui parle, qui révèle sa volonté aux humains et qui compte bien être obéi. Le message biblique dit que ce Quelqu’un M’appelle. Le miracle biblique, c’est celui d’une voix qui brise la nuit des solitudes, d’un appel qui retentit dans le désert des relations et m’invite à la rencontre.

Le monothéisme peut nuire gravement à la santé

Plusieurs voix aujourd’hui affirment que les monothéismes ont en commun leur capacité à détruire massivement, leur intolérance violente ; que le polythéisme, ça fait moins de morts ! Il est vrai que dès l’instant où les monothéismes accèdent au pouvoir ils deviennent hégémoniques ! Le christianisme est sans doute celui qui a tué le plus avec l’islam. Alors comment expliquer cette violence monothéiste ? Simplement parce que l’on a oublié l’importance du petit mot de Deut 6 : on a cessé d’écouter ! On s’est emparé de la vérité comme d’une arme, on a saisi la lettre du commandement en négligeant l’esprit.

Écouter, c’est être en relation avant d’être en mission ; c’est faire l’expérience de la dépendance et non celle de la maîtrise. C’est le sentiment du propriétaire, le monothéisme pour soi qui est à la source de la violence religieuse. Le monothéisme en soi ne tue pas. Écouter au lieu de parler, c’est apprendre à se situer dans le monde, devant Dieu et devant les hommes. C’est donner à l’appel d’aimer, une chance de réussite. Celui qui parle avant d’écouter (ou qui écoute en réfléchissant à sa réponse) saura toujours vous dire de quoi vous avez besoin, comment vous devez vous habiller, ce que vous devez manger, qui vous devez aimer, comment vous devez croire et penser. Celui qui écoute avant de parler, accepte au contraire de partir en voyage dans un univers qui n’est pas le sien et, ce faisant, il se déplace pour devenir quelqu’un d’autre : un être capable d’un amour honnête, c’est à dire gratuit, pour Dieu et pour son prochain.

C’est précisément ce qui arrive dans cette rencontre entre Jésus et le scribe. Il y a un événement d’écoute mutuelle. On se reconnaît. On apprend à s’aimer dans ses différences. C’est tellement rare !

Le mot de trop !

Une chose a frappé mon attention. C’est la reformulation que le scribe fait de la réponse de Jésus : « Très bien Maître, tu as dit vrai. Aimer Dieu et son prochain vaut mieux que tous les sacrifices. »
Mais Jésus a-t-il parlé de sacrifice en récitant la Loi ? Non ! C’est le scribe qui introduit cette référence. A-t-il un problème avec sa pratique religieuse ? Contrairement à ce qu’il prétend, les sacrifices occupent tout son espace cultuel. Le sacrifice, les rituels, le culte, voilà ce qui fait vivre la religion, toutes les religions ! Alors que l’homme est appelé à vivre d’écoute et d’amour, de gratuité et de don, il se perd dans un commerce de donnant-donnant avec le ciel, toujours plus élaboré, plus lourd, plus culpabilisant et mortifère.

J’ai un problème…

Notre scribe a un problème qui perce en filigrane de cet entretien. Il a un problème comme j’ai un problème avec ma pratique religieuse. Alors qu’elle n’est normalement qu’une conséquence de la rencontre fondatrice avec Celui qui dit : « Ecoute ! », la pratique religieuse s’impose rapidement comme le but, le centre, le tout. Alors qu’elle aurait vocation à être au service de la vie intérieure, qu’elle devrait être en perpétuelle réforme et questionnement, la pratique religieuse se traditionnalise vite, s’enfermant dans ses petits rituels, ses habitudes qu’on finit toujours par confondre avec le sacré (tout en s’en défendant quand on est protestant !). Pour le dire autrement, avec la religion, le risque c’est de devenir de plus en plus pratiquant et de moins en moins croyant ! La pratique religieuse se suffit à elle-même parce qu’elle occupe l’espace, elle rythme la vie, elle crée des besoins, elle nous occupe et nous fatigue ; elle nous évite de penser, et surtout, elle remplace le risque de la relation vivante par le confort, la suffisance et quelquefois l’arrogance.

Aux portes du Royaume

C’est sans doute parce qu’il entrevoit ce déchirement dans la réponse du scribe, entre le désir sincère d’aimer Dieu et le poids écrasant de la tradition, que Jésus conclut cet entretien par cette parole à double sens : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». Ça veut dire à la fois : « tu as cheminé aujourd’hui mon ami. Tu t’es rapproché de ce royaume que j’offre au monde. Mais il te reste encore du chemin. Tu n’es pas encore dans la vie de Dieu. »
Ce que dit Jésus, c’est qu’être proche, ce n’est pas encore être là. Autrement dit, la pratique religieuse, l’obéissance à la loi, même consentie, libre et éclairée ne peut conduire qu’aux portes du salut, jamais à la paix intérieure qui naît de la rencontre avec Jésus : la foi vivante, la libération intérieure, l’espérance joyeuse, voilà quelques signes de l’entrée dans le Royaume !

Le troisième personnage…

Ceux qui écoutent cet entretien ne s’y sont pas trompés. « Personne n’osait plus l’interroger » Est-ce toi ma sœur ? Est-ce toi mon frère ? Là, silencieux, caché dans la foule ? Aurais-tu toi aussi pris la mesure de l’enjeu ? Rester silencieusement enfermé dans tes certitudes religieuses, dans la sagesse d’une religion bien pensée, bien confessée et bien pratiquée et faire la route avec ça jusqu’à ton dernier souffle ? Ou prendre le risque de questionner encore Jésus et lui demander ce qu’il faut être (et non faire!) maintenant pour avoir part au Royaume de Dieu. Et l’entendre te répondre : « Viens et suis-moi ! »

« Bartimée, Jésus et moi » (Méditation de Marc 10.46-52)

Marc 10, 46-52

46 Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une assez grande foule, l’aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin en train de mendier. 47 Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » 48 Beaucoup le rabrouaient pour qu’il se taise, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » 49 Jésus s’arrêta et dit : « Appelez-le. » On appelle l’aveugle, on lui dit : « Confiance, lève-toi, il t’appelle. » 50 Rejetant son manteau, il se leva d’un bond et il vint vers Jésus. 51 S’adressant à lui, Jésus dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui répondit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » 52 Jésus dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin.


Qu’avons-nous à faire de la guérison d’un pauvre aveugle dans un coin perdu de la Palestine, il y a plus de 20 siècles en arrière ? À moins d’être aveugles, je ne vois pas ! Certains, se croyant bien-voyants (ou se pensant bien-croyants) affirment que ces récits de miracles ont été écrits et transmis pour démontrer la puissance de Jésus, pour nous enseigner un catéchisme ayant pour finalité la confession de Jésus fils de Dieu. Je propose ici une autre lecture…

Une assemblée de malvoyants

Le récit de la guérison de l’aveugle Bartimée nous offre la possibilité de nous découvrir nous-mêmes aveugles et de nous guérir de notre cécité. La vérité, c’est que nous ne parvenons pas à orienter nos vies comme nous le voudrions. Nous faisons des choix à courte vue, guidés par l’intérêt immédiat, les besoins mal maîtrisés, par conservatisme ou au contraire par esprit rebelle, par instinct de sécurité ou sous le coup de l’émotion. Et même quand nous pensons donner de l’amour, nous nous rendons compte qu’il n’est pas toujours compris et que cet amour véhicule des éléments obscurs. Les plus honnêtes d’entre nous reconnaîtront que nous passons le plus clair de notre vie à tâtonner, sans trop savoir ce qui gouverne nos choix, même quand nous les accompagnons d’intenses prières ! Nous sommes peut-être ce matin une bande de Bartimée réunis qui, à force de ne plus rien y voir, ou de répéter des journées qui se ressemblent toutes, s’arrêtent au bord de la route, au bord de leur vie, s’enveloppent d’amertume ou de désespoir, comme Bartimée de son manteau.

Des pierres à ramasser

Le monde du récit développe une symbolique très forte. A la manière du Petit Poucet, le récit sème des indices qui vont nous conduire à des découvertes.

Un premier petit caillou à ramasser, c’est le nom du lieu où se trouve Bartimée : JÉRICHO. Dans l’histoire biblique, c’est la ville qui fait obstacle à Dieu. Vous vous souvenez des troupes de Josué tournant autour de Jéricho en jouant de la trompette jusqu’à ce que ses murailles s’effondrent ? Autant Jérusalem représente la cité de Dieu, autant Jéricho représente le territoire hostile, les forces d’opposition. Bartimée, dans la symbolique du récit, c’est l’homme qui vit loin de la présence de Dieu, replié sur son histoire de mendiant aveugle, livré à son handicap, incapable de s’ouvrir à l’appel de Dieu.

Une autre petite pierre sur notre chemin de lecture, c’est le nom de BARTIMÉE. C’est un nom un peu obscur. Bar en araméen cela veut dire fils. Timè est la transcription grecque d’un mot araméen time’ay qui signifie « impur ». « Fils de l’impur » ? C’est peut-être un surnom car qui donnerait à son fils un nom pareil ? Un surnom pour dire symboliquement que Bartimée est celui qui est séparé de Dieu, séparé du pur. Car symboliquement, selon la loi juive, maladie signifie impureté.

Mais le mot timè en grec a un tout autre sens. Il veut dire « honneur, respect ». Bartimée signifierait cette fois en grec « fils de l’honoré », « fils du respectable ». Comment en est-il arrivé là, mendiant, exclu ? Il n’est pas toujours facile d’être le fils d’un grand homme. Certains enfants ne parviennent pas à se construire dans les valeurs  trop écrasantes de leurs parents et choisissent de marcher dans la direction opposée.

Bref, dans un cas comme dans l’autre, Bartimée le grec ou Bartimée l’araméen, c’est celui qui prend le contre-pied des valeurs de foi, celui qui a perdu le chemin de la vie, qui fait obstacle à Dieu.

Et puis il a ce geste important dans le récit. Vous avez vu ce que fait Bartimée quand il part à la rencontre de Jésus ? IL JETTE SON MANTEAU ! Le manteau dans la Bible, c’est le symbole des apparences trompeuses. Il représente l’image extérieure, celle que vous voulez donner aux gens. Bartimée est un mal voyant qui vit en trompe l’œil !

Dans son enseignement, Jésus utilise souvent l’image du manteau (imatiov). Il dit qu’il faudra, le moment venu, « vendre son manteau pour acheter une épée » (Luc 22.36). Ce n’est pas un appel aux croisades ! Jésus évoque ici le combat spirituel intérieur qu’il faudra mener contre le mal. Pour cela il faudra se dépouiller de tout ce qui n’est pas utile au combat, revenir à l’essentiel. Cet essentiel, c’est l’épée de la parole de Dieu qui sépare en nous entre le pur et l’impur.

À la fin des temps, Jésus prévient encore : « Que celui qui est au champ ne passe pas chez lui pour prendre son manteau. » (Mat 24.18).

Le manteau qu’on vend ou qu’on jette, représente ainsi l’idée de dépouillement, de légèreté, disons de consécration au service de l’annonce du nouveau monde qui vient.

Et quand on enlèvera à Jésus ce manteau pourpre ridicule dont on l’avait affublé, ce sera pour lui le moment d’accomplir l’ultime combat, aller jusqu’au bout du don de soi par amour pour ce monde.

Comme la ville de Jéricho est un obstacle sur la route de Jérusalem, ainsi le manteau est le symbole de ce qui nous sépare de Dieu et nous empêche de vivre la vocation chrétienne.  Bartimée est aveugle parce qu’il a perdu de vue le chemin de la vie.

Quand le cri et l’appel se rencontrent

Mais Bartimée va sortir de cette impasse. Le récit s’accélère soudain : il jette son manteau, se lève d’un bond, il vient à la rencontre de Jésus et lui parle. Tout cela est raconté en une seule phrase (v.50).

Le verbe « se lever » n’est jamais employé par hasard dans le NT. C’est le verbe de la résurrection de Jésus. Se lever, c’est choisir la vie !

Avant de ressusciter, Bartimée est passé par un chemin aux étapes très marquées. Premièrement, il avait entendu parler de Jésus (v.47). Certains l’avait informé du passage de Jésus à Jéricho et nécessairement de sa réputation. C’est le travail du catéchisme et de l’annonce générale de l’évangile. Sans cette transmission-annonce, Bartimée serait resté assis au bord de sa route, enveloppé dans son manteau d’indifférence. Il faut raconter l’évangile aux jeunes et aux enfants ; sans cette connaissance, ils ne pourront pas se lever le moment venu !

Mais ce n’est pas tout ! Il faut se mettre en mouvement, sortir de sa léthargie spirituelle, quitter le lieu confortable des certitudes (même celles que nous a enseignées le catéchisme !) et aller voir par soi-même : rien ne remplacera l’expérience personnelle et fondatrice de la conversion. Il faut se lever, jeter le manteau de sa vie passée et aller au contact !

Comment ça marche la conversion ?

A vrai dire, je n’en sais rien. Il n’y a pas de recette magique. toute rencontre est personnelle et unique, chacun la vit à sa manière. Mais il y a deux passages obligés.

Il faut premièrement crier vers Dieu, lui dire notre besoin de pardon, de présence, de paix intérieure. C’est une traversée existentielle et mystique part laquelle nous prenons conscience de notre finitude radicale et de notre besoin d’une présence aimante et secourable. « Fils de David, aie pitié de moi ! » (v.48).

Sans ce cri, sans cet appel initial qui se tend du plus profond de nous-même vers Dieu, témoignant du vide de notre existence, il n’y a pas de résurrection, pas de rencontre, pas de salut.

Il faut ensuite que Jésus appelle. Le verset 49 insiste sur cette dimension : « Jésus s’arrêta et dit : ‘appelez-le’. On appelle l’aveugle. On lui dit : ‘confiance, lève-toi, il t’appelle ». Nous sommes rencontrés par Jésus. Sans son appel, notre cri se perd dans la nuit. Il reste une émotion fugace, une crise spirituelle passagère, un vague élan religieux, mais il ne débouche pas sur la rencontre fondatrice. On ne se convertit pas soi-même. On est appelé, on vient et on reçoit ! Quand on se noie, il ne suffit pas d’appeler au secours, il faut aussi entendre l’appel du sauveteur et saisir la main qu’il tend vers nous !

Bartimée, c’est nous ! L’homme perdu et retrouvé, l’aveugle dont le regard est maintenant éclairé de la présence lumineuse du rabounni et orienté sur un nouveau chemin de rencontre. Il s’élance maintenant à la suite de Jésus. Laissons-là nos Jérichos sans issues, nos manteaux cache-misère et levons-nous pour saisir l’appel de la vie !

L’année prochaine à Jérusalem ?

A table ! (Méditation d’Ézéchiel 3.1-4)

Apocalypse 10 : 1, 8-11(TOB)

1 Et je vis un autre ange puissant qui descendait du ciel.
Il était vêtu d’une nuée, une gloire nimbait son front,
son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu.

8 Et la voix que j’avais entendue venant du ciel me parla de nouveau et dit :
Va, prends le livre ouvert dans la main de l’ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre.
9 Je m’avançai vers l’ange et le priai de me donner le petit livre.
Il me dit : Prends et mange-le. Il sera amer à tes entrailles,
mais dans ta bouche il aura la douceur du miel.
10 Je pris le petit livre de la main de l’ange et le mangeai.
Dans ma bouche il avait la douceur du miel,
mais quand je l’eus mangé, mes entrailles en devinrent amères.
11 Et l’on me dit :
Il te faut à nouveau prophétiser sur des peuples, des nations, des langues et des rois en grand nombre.

Jean 6 : 50-58

51 Le pain vivant qui est descendu du ciel, c’est moi. Celui qui mange de ce pain vivra pour toujours. Et le pain que je donnerai, c’est mon corps, je le donne pour la vie du monde.

55 Mon corps est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. 56 Si quelqu’un mange mon corps et boit mon sang, il vit en moi, et moi je vis en lui.

Ézéchiel 2.1-2, 9-10, 3. 1-4, 14

La voix (de Shaddaï) me dit : Fils d’homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. Dès qu’il m’eut adressé ces mots, l’Esprit entra en moi et me fit tenir sur mes pieds ; et j’écoutai celui qui me parlait…
Je regardai, et voici qu’une main était tendue vers moi, tenant un livre en rouleau. Il le déploya devant moi : il était écrit en dedans et en dehors. Il y était écrit : Lamentations, plaintes, gémissements.

Il me dit : Fils d’homme, mange ce que tu trouves, mange ce rouleau et va parler à la maison d’Israël ! J’ouvris la bouche, et il me fit manger ce rouleau. Il me dit : Fils d’homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne ! Je (le) mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel. Il me dit : Fils d’homme, va vers la maison d’Israël, et tu leur diras mes paroles !
14 Alors l’Esprit me souleva et m’emporta ; j’allai, amer et l’esprit irrité ; la main du SEIGNEUR était sur moi, très dure.


S’il est une réalité commune à tous les protestants, c’est la place centrale reconnue à la Bible. Quels que soient ses courants théologiques, des plus évangéliques aux plus libéraux, il est entendu que la Bible seule fait autorité pour la foi. Même s’il est vrai que les protestants ne lisent plus beaucoup la Bible, elle reste leur ultime référence. Alors comment reprendre le chemin de la lecture de la Bible si par mégarde vous l’avez perdu ? La réponse est simple : suivre le prophète Ézéchiel et l’apôtre Jean : Il faut manger la Bible !

La théo-phagie des religions

C’est une image ! Il ne s’agit pas d’ingurgiter des pages de la bible comme certaines croyances musulmanes le préconise avec le Coran. Comme le rite de la Roqia qui consiste à réciter une sourate sur un verre d’eau tout en postillonnant. Ce « soufflet d’eau au Coran » devient alors pur breuvage qui protège des démons et guérit les maladies. Une variante de la pratique consiste à faire tremper un verset du coran dans l’eau et boire ensuite l’eau qui contient l’encre du verset. On trouve des superstitions équivalentes dans le christianisme avec l’eau bénite de Lourdes, ou même dans la théologie catholique du sacrement de l’eucharistie et sa croyance en la transsubstantiation du pain et du vin en vraie chair et vrai sang.

En mangeant le rouleau que lui tend Dieu, le prophète Ézéchiel est appelé à une autre expérience. Manger le rouleau évoque un message symbolique simple : premièrement la parole de Dieu doit entrer en nous, devenir une composante de notre vie intérieure. Cette parole une fois entrée, va nourrir et orienter notre vie en harmonie avec le désir divin.

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es…

C’est ce qui se passe dans notre vie biologique. Notre corps ressemble à ce que nous mangeons. Un paysan des hauts plateaux à Madagascar sera sec et vigoureux. Il mange ce qu’il cultive et élève. De l’autre côté du monde, 40 % de la population américaine est obèse. C’est le résultat d’une alimentation saturée en sucre et en graisse.
Dans le premier Testament l’interdit alimentaire est tout à fait central. On doit faire très attention à ce qu’on met dans sa bouche. Si le porc est considéré comme une viande impure c’est parce qu’il se nourrit d’ordures et de tout ce qui traîne. Dans la pensée juive, nous sommes ce que nous mangeons !

Logophage !

Dans la prédication de Jésus, la nourriture va devenir le symbole de la vie spirituelle. Le pain est une image de la parole. Jésus lui-même se compare à une nourriture : « Prenez, mangez, ceci est mon corps » ou encore : « Mon corps est une vraie nourriture et mon sang un vrai breuvage ». Il est évident que Jésus ne nous appelle pas à devenir des anthropophages mais à accueillir spirituellement sa présence, sa parole et sa vie au cœur de notre existence.
Le principe biblique de ne rien manger d’impur est toujours valable, mais il est spiritualisé : «Nous devenons ce que notre esprit devient selon la nourriture qu’il consomme ». Et la source la plus importante de nourriture spirituelle, c’est la lecture, l’écoute de la parole de Dieu. Un chrétien qui lit peu ou écoute peu la Bible aura une vie spirituelle carencée.

Comme pour le corps humain, moins on mange et moins on a faim. Moins on lit, moins on a envie de lire et plus on se dessèche spirituellement. Mais on aurait tort de croire que c’est la quantité de lecture qui va faire la richesse de notre vie spirituelle. Je me souviens, tout jeune chrétien, j’avais voulu lire la Bible de la Genèse à l’Apocalypse. Mais au bout de 15 ou 20 chapitres, j’ai fait une indigestion. Et le résultat fut inverse, je n’avais plus envie de lire.

« Tolle lege! Tolle lege! » (Prends et lis, prends et lis !) – Confessions de Saint-Augustin

Il faut donc lire la Bible avec intelligence et liberté plus qu’avec passion. Certains passages sont plus nourrissants que d’autres, il faut les déguster doucement. D’autres sont d’un moindre intérêt, il faut passer vite dessus. D’autres sont compliqués, il faut les remettre à plus tard. Après la lecture d’un texte biblique riche et lumineux, on peut ressentir un besoin de silence, de digestion. Il est bon alors de s’arrêter de lire pour méditer, penser, prier et laisser cette parole agir en nous. Il est bon aussi de trouver rapidement le chemin du retour à la lecture. Prends et lis !

Un petit goût aigre-doux

Une chose m’étonne dans l’expérience du prophète : le message à manger est à double effet. Dans un premier temps il est doux comme un bonbon.

Le seul fait d’entendre Dieu rompre le silence est un moment de bonheur. Nous ne sommes plus seuls. C’est une source de joie profonde. Quand Dieu rompt le silence, tout devient possible dans nos vies. Au contraire, rester seul avec soi-même, se nourrir et se conforter de ses propres convictions dans un monologue pervers et immuable, c’est la voie de la perdition! Faire au contraire l’expérience de l’altérité comme Ézéchiel, c’est prendre le risque de casser le cercle des certitudes pour entrer dans l’inconnu de Dieu. Face à Ézéchiel, il y a quelqu’un dont le regard, le message, les questions viennent perturber l’existence, lui donner une orientation inconnue, une amplitude nouvelle. Dans l’écoute de la parole de Dieu, je me sens exister autrement. Je me découvre soudain être libre, crédité d’une richesse incomparable, pris de vertige devant l’immensité du monde qui s’ouvre devant moi !

Le deuxième effet est celui de l’amertume. Le message à annoncer est dur. Il dit la vérité. Il ne raconte pas des histoires pour faire plaisir. C’est le risque de la fréquentation des Écritures. L’entrée de ce message en nous a une force d’interpellation puissante. La parole renverse l’ordre établi, met le doigt où ça fait mal. Elle nous appelle sans cesse à combattre  tout ce qui  sert la mort, l’égoïsme, la vanité, la peur. Ainsi, à chaque pas vers la vie, il faut que quelque chose meure en nous. Ce « quelque chose » nous y tenons beaucoup. Cela touche à notre équilibre. L’abandon de soi, est un accouchement douloureux *, un arrachement. Il ne se fait jamais sans amertume.

Mais le goût du miel revient toujours. La parole n’est pas un instrument de torture mais de libération ! Elle est source de vie, de paix, de joie profonde. Tout cela pour dire, sœurs et frères, qu’il faut nous remettre à lire la Bible. Oui, qu’elle redevienne notre compagne de route. Elle est vraie nourriture et vrai breuvage. Un peu de discipline ne gâchera rien. Cela se fera au détriment de certains autres engagements moins nourrissants et qu’il faudra sans doute laisser mourir ! Amen !

De quel bois te chauffes-tu ? (Méditation de Jacques 2.18-26)

Le sermon du lendemain

Lundi 17 septembre 2018

 

Épître de Jacques, chapitre 2 versets 14- 26

14 Mes frères, à quoi bon dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas les œuvres ? Cette foi peut-elle sauver ? 15 Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, 16 et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ! sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? 17 Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas d’œuvres, elle est morte en elle-même. 18 Mais quelqu’un dira : Toi, tu as la foi ; et moi, j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, par mes œuvres, je te montrerai ma foi. 19 Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi et ils tremblent. […]

20 Mais veux-tu comprendre, homme vain, que la foi sans les œuvres est stérile (litt. la foi est morte en elle-même) ?

26 Comme le corps sans esprit est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. (TOB)


« La foi sans les œuvres est morte ». Cette petite phrase de l’apôtre Jacques a fait couler beaucoup d’encre dans l’histoire de la théologie chrétienne et protestante en particulier. Elle est à l’origine de rudes combats au 16e siècle en Europe autour de la question du salut. Sommes-nous sauvés par la foi ou par les œuvres ? Faut-il croire Paul ou Jacques ?

L’épître de paille !

Le réformateur Luther qui redécouvrit la doctrine de la justification par la foi, si chère à l’apôtre Paul, aura pour l’épître de Jacques ce jugement aussi célèbre que sévère : « c’est une épître de paille ! » Pour Luther, l’épître de Jacques accorde trop d’importance aux actions humaine. Au contraire martèlera Luther, les bonnes actions ne servent à rien pour le salut ! Dieu ne tient compte que du don gratuit du Christ pour justifier et sauver le monde. La justice de Dieu, c’est le Christ ! Celui qui croit en Lui est justifié, sauvé !

Les abus de l’Eglise que Luther a combattus explique sans doute en grande part la dureté de ses paroles contre cette lettre de Jacques. La vente des indulgences, (ces certificats vendus par l’Église pour vous ouvrir les portes du paradis) représentait un scandale théologique. Ceci explique peut-être cela…

Qui fait quoi ?

Pour Luther les œuvres sont importantes et même nécessaires mais elles ne sauvent pas. Pour le dire autrement, les « bonnes œuvres » du chrétien sont des actions dont la source ne se trouve pas dans le cœur du croyant mais dans la seule parole de Dieu ; elle seule agit dans le cœur du croyant. Autrement dit si Julia, Damien, Nicole ou May (prénoms de mes paroissiens libanais !) sont de bons chrétiens, ce n’est pas à cause des bonnes dispositions de leur cœur, de leur bonne nature humaine ou de leur belle éducation, mais à cause du travail que le Saint-Esprit ne cesse de réaliser dans leur vie. Les bonnes œuvres, c’est donc l’action de la parole de Dieu en nous.

La musique et le sens des mots

Foi, œuvres… A ces mots, des repères forts émergent des profondeurs de notre éducation protestante et biblique. Nous aident-ils vraiment ? Pour bien comprendre cette opposition FOI/OEUVRES chez Jacques (qui n’a pas la même signification que chez Luther), il faut premièrement s’entendre sur les définitions : qu’est-ce que la foi et qu’est-ce que les œuvres pour Jacques ?

Jacques, fils de Zébédée

Jacques est l’un des 12 disciples de Jésus. Il est l’un des piliers de l’Église de Jérusalem. Sa foi est celle d’un juif pieux, profondément attaché à la Loi de Moïse. Mais sa foi traditionnelle a été bousculée par sa rencontre avec Jésus. Sa prédication et sa vie ne font qu’un. La Loi, si elle reste bonne, juste et incontournable, la Loi n’est plus la seule loi de sa vie, la seule source de son salut. La rencontre avec le Ressuscité a transformé sa personne et sa relation avec Dieu, sa vision du monde et de lui-même. Il est devenu croyant-autrement tout en restant profondément ce qu’il est.

La foi, donc, pour Jacques, ce n’est plus une obéissance servile à la lettre d’une Loi qui dresse la liste des choses à faire et à ne pas faire. La foi pour Jacques ce n’est plus une croyance ou une affirmation sur Dieu comme : « Dieu existe » (ou comme le disait joliment Voltaire : « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »)

Faites le test !

La foi pour Jacques, ce n’est plus seulement affirmer avec les juifs, les musulmans et les chrétiens que « Dieu est un ». La foi ne peut pas être toute contenue ou dite dans une déclaration, une confession. La foi, pour Jacques n’est pas une croyance à croire mais une énergie vitale qui naît d’une relation vivante à Dieu et au Christ !

Il ne faut donc pas confondre « la foi à croire » et la « foi qui croit ». Il ne faut pas confondre la foi qui récite un catéchisme et la foi qui vit et témoigne de la présence du Dieu vivant ! Quand cette foi-là agit, elle soulève des montagnes ! Je ne dis pas que la foi-confession est stérile. Je dis seulement que la seconde, la foi existentielle est le véritable test de notre attachement à Dieu.

Pour le dire autrement, il est plus facile de réciter des prières et des confessions de foi que d’aimer son prochain. On trouvera toujours quelqu’un dans l’Église pour nous rappeler ce que la vérité biblique affirme et ce qu’il faut croire pour être un chrétien orthodoxe. Mais on ne trouvera pas toujours sur sa route un chrétien pour vous tendre une main secourable.

Pauvre de toi !

Pire, nous dit Jacques ! Il arrivera même qu’en implorant le secours parce qu’il a faim, parce qu’il ne sait plus où aller, parce qu’il est réfugié syrien sans espoir, un homme, une femme, une famille entière sur cette terre s’entendra dire : « Aie foi en Dieu mon frère, ma sœur et tu surmonteras cette épreuve passagère ! Va en paix, crois seulement ! »

Ce que nous dit Jacques, c’est qu’une parole comme celle-là n’a que l’apparence de la spiritualité. En réalité, elle est vide et celui qui la prononce est un profanateur de la vérité et un usurpateur de la foi !

« Pauvre de toi, dit Jacques, (v.20) si tu te contentes de beaux discours sur l’amour, la paix et la justice et que tu n’es pas capable d’aimer, de lutter contre les discriminations, contre les injustice, de diffuser la paix autour de toi, ce n’est pas la foi que tu portes, c’est la mort !

La foi en question…

Cette foi est morte « en elle-même », dit précisément le texte. Mais on peut traduire ce « en elle-même », aussi bien par « pour elle-même » ou « selon elle-même » ou encore « contre elle-même » : l’idée ici est qu’une foi qui se regarde le nombril, qui se concentre sur sa rectitude doctrinale, sa conformité biblique et qui se coupe des réalités de la vie et des souffrances humaines, cette foi s’autodétruit de l’intérieur ! Voilà l’avertissement de Jacques ; ce que j’en ai compris du moins…

Prenons garde de ne pas enfermer notre christianisme dans une confessionnalité, une orthodoxie d’énoncés ou un système ecclésial, mais restons attentif à l’appel du Christ qui retentit à chaque coin de rue.

Et n’oublions jamais que lorsque le Christ nous dit : « Va en paix, réchauffe-toi et rassasie-toi!», il fait la route avec nous jusqu’au centre d’accueil et il paie la note ; il la paie au prix de sa propre vie !

Puissions-nous vivre de cette vie, nous chauffer de ce bois sur lequel le Christ a tout donné. Puissions-nous réconcilier chez nous le croire et faire, le confesser et l’agir au nom du Christ. AMEN !

« La saison des figues » (méditation de Marc 11.11-20)

Le sermon du lendemain

Lundi 10 septembre 2018

« La saison des figues » (Marc 11.11-20)

Évangile selon Marc 11.11-26 (TOB)

12 Le lendemain, à leur sortie de Béthanie, il eut faim. 13 Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il n’y trouverait pas quelque chose. Et s’étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas le temps des figues. 14 S’adressant à lui, il dit : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples écoutaient.

20 En passant le matin, ils virent le figuier desséché jusqu’aux racines. 21 Pierre, se rappelant, lui dit : « Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit est tout sec. » 22 Jésus leur répond et dit : « Ayez foi en Dieu. 23 En vérité, je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne : “Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. 24 C’est pourquoi je vous déclare : Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé. 25 Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. »

Le récit du figuier maudit par Jésus est une histoire simple mais qui dérange beaucoup.  Ce n’est pas l’histoire d’un pauvre figuier carbonisé qui m’émeut… Ce qui fait problème, c’est que le figuier est une image de notre humanité. Le figuier c’est moi, c’est nous ! Et Jésus ici est désespéré de ne pas trouver de fruit dans le cœur de l’homme.

Bénédiction et malédiction

Qu’est-ce que ce fruit ? Il y a la longue liste de Gal 5.22 où Paul explique ce qu’est le fruit de l’Esprit.

Porter du fruit, c’est donc devenir des femmes et des hommes en relation, capables d’accueil, de vérité et de fraternité. Des compagnons d’humanité auprès de qui il fait bon vivre, des gens qui diffusent autour d’eux espérance, soutien et affection.

Mais il arrive que nous ne portions pas de fruits. Nous sommes centrés sur nous-mêmes ; de loin nous paraissons brillants, agréables, bons et intelligents, mais dans le regard du Christ qui sonde la profondeur des cœurs, nous sommes secs de l’intérieur. Notre vie n’est pas un lieu de partage, de rencontre. Peu à peu, ceux qui s’approchent de nous s’éloignent ; nous nous desséchons dans un égocentrisme solitaire qui nous tue à petit feu. Tel est le figuier de Marc 11.

Jésus en le maudissant ne fait que constater une réalité. On pourrait résumer la situation ainsi : porter du fruit pour les autres, c’est choisir la vie. Vivre en priorité pour soi, c’est choisir la malédiction.

Une envie de femme enceinte ?!

Une seule chose me dérange dans ce récit, plus encore que la malédiction de Jésus ; c’est cette petite phrase qui à première vue ressemble à une simple information, mais qui est beaucoup plus que cela. Marc précise que « ce n’était pas la saison des figues ».

Je ne comprends pas le titre traditionnellement donné à ce passage dans nos traductions : « Le figuier stérile ». Il n’est pas question de stérilité mais de non production hors saison.

Comment Jésus peut-il maudire un figuier qui ne porte pas de fruit quand ce n’est pas sa saison ? C’est révoltant ! Autant demander à un manchot de devenir champion de tennis !

Mais je n’arrive pas à croire non plus que Marc nous raconte un caprice de femme enceinte qui aurait une envie de fraises à Noël ! Marc est le seul à ajouter cette petite phrase. « Ce n’était pas la saison des figues… ». Quel est le sens de cette indication ?

Souvenez-vous que le figuier, c’est nous et non un arbre ! On peut reformuler le problème ainsi :  Quel est le bon moment pour vivre en chrétien ? Le dimanche matin ? Non pas seulement. Le chrétien est donc comme un figuier qui porterait du fruit toute l’année, saison et hors saison.

Cette idée de « fructification permanente » du croyant est bien au cœur de la pensée de Jésus. La pensée ou la logique du Royaume de Dieu est inverse à celle de notre monde.

Une scène d’évangile en Gare du Nord

Je me trouvais dans un train de banlieue à Paris cet été quand une femme avec un enfant au bras monte dans la rame. J’avais couru pour avoir ce train. Pas de guichet sur mon chemin pour acheter un ticket. Je ne voulais pas manquer ce train. Je m’assoie, inquiet. La femme avec son enfant au bras commence à demander l’aumône aux voyageurs. Je ne l’ai même pas vu me tendre la main tellement j’étais occupé à guetter le contrôleur.

La femme à l’enfant tend sa main vers une autre femme, assise un peu plus loin. Une femme qui de toute évidence vit aussi dans la rue. Elle est sale et semble fatiguée, chargée d’un gros sac à dos… Elle sort de son sac une belle banane et la donne à la femme et à son enfant ; elles se sourient. Je venais de rencontrer la femme figuier selon le cœur de Jésus. Celle qui porte du fruit tout le temps. Elle ne possède pas grand-chose mais elle trouve la force ou la simplicité de le partager. Elle a des yeux pour voir et un cœur pour accueillir.

L’évangile n’est pas seulement un vieux texte poussiéreux qu’il faut lire et commenter à l’Église le dimanche matin ou pour sa méditation personnelle. L’Évangile, c’est le rendez-vous de la vie qui se joue à tous les coins de rues, tous les jours que Dieu fait. Pour cela, il faut des yeux pour voir, quelquefois pour pleurer, et un cœur pour comprendre. Ce jour-là, dans ce train-là, mon figuier n’avait pas de figue… J’étais emprisonné par mes problèmes personnels ; je n’ai pas vu le Christ s’approcher de moi et me tendre la main. La logique du Royaume de Dieu consiste à faire de la place à celle ou celui qui tend les mains, quelle que soit la raison, quel que soit le moment…

A l’Eglise d’Harry Potter.

Quand le groupe repasse le lendemain, le figuier a séché… et Pierre interroge le Christ. Jésus répond au groupe des disciples : « Ayez foi en Dieu. Tout ce que vous demanderez en priant croyez que vous l’avez reçu. ». Alors que Pierre attend peut-être un enseignement du maître sur l’art de donner, Jésus donne une leçon sur l’art de recevoir.

Recevoir quoi ? Une foi à déplacer les montagnes ! On a souvent compris cette réponse de Jésus comme une invitation à rechercher la puissance des miracles. Certains mouvements évangéliques basent leurs réunions sur ces manifestations du surnaturel, au point qu’on se demande parfois si l’on se trouve dans l’Église de Jésus-Christ ou celle d’Harry Potter !

Une montagne de problèmes

Je me demande : « Quel serait l’intérêt de déplacer une montagne ? » A-t-on pensé aux conséquences ? Aux pauvres montagnards, aux animaux qui vont se faire écraser ! Les sources ? Et le tsunami que va provoquer la projection de la montagne dans la mer ! Est-ce qu’on y a pensé ?! C’est absurde ! Non, à l’évidence, Jésus ne nous demande pas de rechercher ce genre de manifestations. Par le mot « montagne », il désigne une autre réalité. Notre langue française l’a bien compris quand elle parle  » d’une montagne de problèmes ! » C’est celle-là précisément que nous sommes appelés à déplacer. C’est ce figuier sans fruit, cette vie centrée sur elle-même qui doit être séchée. Jésus nous demande de tuer en nous le mensonge, l’hypocrisie, l’indifférence, la violence, la soif de posséder, la négation et l’exclusion de l’autre.

Peut-être ici, plus précisément encore, ce qui est condamné par Jésus, c’est le désir de séduire, de paraître, de manipuler. Le figuier est attirant, ses feuilles vertes évoquent l’abondance. C’est un avertissement aux religieux d’Israël qui disent et ne font pas, qui s’attachent à l’apparence de la religion et en délaissent le cœur (ou au pasteur qui prend le train en Gare du Nord !)

Ne cherchez pas à vous améliorer, devenez croyant !

Voilà sœurs et frères, je vous laisse à votre figuier, j’en ai bien assez du mien. Mais ne vous inquiétez pas trop. Le secret d’un figuier plein de figues nous est révélé par Jésus : « Ayez foi en Dieu ! ». Oui, avant de donner, il faut apprendre à recevoir. Nous ne nous sauverons pas nous-mêmes et nous ne sauverons personne autour de nous. L’appel de l’Evangile, c’est de laisser le Christ faire mourir en nous tout ce qui ne sert pas la bonne nouvelle de la vie ; tout ce qui n’enrichit pas ceux qui viennent à nous. La foi, Jésus la donne.

Voilà la vraie puissance : celle qui consiste à laisser agir en nous la grâce de Dieu. Et tout le reste sera donné par-dessus ! AMEN !

J’aurais aimé… (une prière de Noël).

J’aurais aimé

Retourner dans le passé

Fouiller la vieille étable

Retrouver la mangeoire

sentir le foin, la paille,

L’odeur de la nuit

dans les rues blêmes de Bethléem

Un soir de lune, blanche et pleine.

 

J’aurais aimé

Dans la lumière étrange et belle

Entendre le chant des anges

Venus d’en haut

Et suivre les bergers

Sur les chemins de terre

Humer le parfum des bruyères

De la vigne et du figuier

Puis être saisi

Par les senteurs âcres et fortes

Des bêtes et du fumier

Dans l’écurie obscure.

 

J’aurais vu l’étoile

J’aurais marché avec les mages

L’or et l’encens entre mes mains

L’hommage à l’enfant

J’aurais vu le visage d’une maman

Qui n’en croit pas ses yeux

Et le cœur d’une maman

Qui hésite et qui doute

Qui se serre, qui se noue

Parce qu’elle pressent déjà,

Lisant en filigrane

Dans la trame du temps,

La venue d’un drame.

 

J’aurais aimé

Contempler les rides,

Les fronts plissés,

Les joues creusées

Sculptés par les années

Sur les visage d’Anne et de Siméon

.

J’aurais aimé avec eux

Déchiffrer l’histoire

Vivre l’accomplissement de la longue attente

Écrite en silence.

 

J’aurais aimé goûter la joie

J’aurais aimé toucher

Sentir, palper,

Et tenir dans mes mains

L’enfant nouveau-né…

 

Mais il ne reste rien…

Il ne reste rien que le vent n’ait emporté

Ni stèle dressée tombée du ciel

Ni mot gravé dans la pierre

Pour saisir et fixer l’insaisissable.

 

Et lui-même

L’enfant de Bethléem

L’enfant de Nazareth

Le promeneur inlassable

Le marcheur de Dieu

N’a pas écrit mot

ailleurs que sur le sable,

Quelques mots vite effacés

Par la colère et la haine.

Lui-même n’a rien laissé d’autre

Que des paroles et des gestes

dans nos fragiles mémoires.

 

Et pourtant c’est à eux

Hommes et femmes

Qu’il a confié son secret

Présence subtile et légère

Murmure et joie de Dieu.

 

Non ! Le granit et le marbre

Ne sont pas aptes

à conserver la vie,

La donner et la transmettre.

Ni l’or, ni l’argent

Pour parler du vivant.

 

J’aurais aimé…

Mais il ne reste rien.

Il a barré la route

À l’impossible retour

Vers la nostalgie et le passé.

C’est ici et maintenant

Que je dois le trouver

Dans le silence de mes nuits

Dans la brume de l’ennui

Dans la main d’un ami

Dans les rires et les pleurs

Dans les regards de tendresse

Dans le secret d’un amour

Dans le lumignon qui brille encore,

Dans la Parole vivante et partagée

Dans la foi toujours reçue, toujours demandée,

Dans l’espérance renouvelée en la promesse de Celui qui est, qui était, qui vient.

« Dieu, Allah et Cyrus le Grand» : la Bible, le Coran et nous…

« Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux… » (Psaume 95.3)

« Proclame sa grandeur ! » (le Coran, Sourate 111.17)

« Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. » (Es 45, 1.4-6)

« Sache donc, qu’en vérité, il n’y a point de divinité à part Allah » (Sourate 47,19 – Muhammad)


Une méditation tirée cette fois d’un article que j’ai publié fin octobre dans l’hebdomadaire catholique « Témoignage chrétien ».

Bible et Coran même combat (sanglant) ?

Il existe d’étranges ressemblances sémantiques entre la Bible et le Coran. En islam, l’appel à la prière (qui n’est pas coranique) débute par « Allahou akbar », ce qui signifie « Dieu est le plus grand » et invite les fidèles à confesser qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu (lâ ilaha illa lâh[1]). Les versets de la Bible et du Coran ont été cités plus haut par ordre de ressemblance Le « proclame sa grandeur » du Coran ressemble en effet comme un frère au « El gadol Yahvé !» (Le Seigneur est un grand Dieu !) du Psaume 95.3 et la Sourate 47 au « Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre » d’Esaïe 45.6. On dit que les mêmes mots de la Bible et du Coran ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités. Mais est-ce si sûr ici ?

Monseigneur Georges Khoder, figure orthodoxe libanaise du dialogue islamo-chrétien au Proche-Orient, explique que cette formule comparative Allahou akbar est un vestige du combat que le prophète Muhammad mena contre le culte des idoles à la Mecque pour faire triompher le monothéisme. La ka’aba[2], avec sa pierre noire, panthéon des croyances préislamiques contenait une foule d’idoles dont celle d’Allah, finalement reconnu comme l’unique et le plus grand de tous les dieux (l’effigie de Marie fut conservée dans un premier temps avant d’être également détruite).

Victoire du monothéisme, qui à l’image du culte de Yahvé, le Dieu d’Israël, s’imposa dans la guerre et le sang (cf. Elie et les prophètes de Baal en 1 Roi 18). Muhammad Elie, même combat ?

Est-il fatal que l’affirmation historique de l’exclusivité de Dieu, en Israël ou dans la Péninsule arabique fasse autant de morts ? Le monothéisme est-il violent par nature ?

Cyrus le Grand : grand comment ?

L’appel adressé en Esaïe 45 par Yahvé au roi Perse Cyrus le Grand, dit symboliquement autre chose du monothéisme. Premièrement, Cyrus n’est pas un homme d’Israël. C’est un Babylonien, un impur. Un homme non éligible à l’onction divine mais que le Dieu de Jacob prend néanmoins par la main. Dieu n’appelle pas un zélé d’Israël à rebâtir le temple de Jérusalem mais un ignorant doublé d’un païen. Cyrus n’est pas catéchisé par les prêtres juifs détenteurs du savoir religieux monothéiste, mais par Dieu lui-même : « Je te donnerai les trésors déposés dans les ténèbres, les richesses dissimulées dans les cachettes et tu sauras que c’est moi le Seigneur. Je t’ai appelé par ton nom. » (45.3).

Sa domination sur les nations est marquée par deux événements rapportés ici : les armes tombent et les portes des villes s’ouvrent (45.1). Inspiré par la parole et par l’Esprit du Dieu UN, Cyrus est grand ! Il déploie un règne sans violence. Après son passage, les portes restent ouvertes. Le Dieu UN est bien celui qui façonne au plus profond des cœurs une vision de l’unité fraternelle, attachant tous les hommes à une histoire et un destin communs. C’est en cela qu’il est grand. Une unité qui sait nommer et mettre en œuvre cet essentiel commun que les Évangiles reconnaîtront en Jésus, le Christ. En lui, Dieu est grand ! Ou pour reprendre la formule paradoxale et un peu galvaudée : en Lui, le Très-haut s’est fait le Très-bas.

Cyrus est un messie qui, au-delà de son histoire particulière [3], annonce un règne de paix fondé sur un monothéisme de tolérance ouvrant les portes sans les forcer,  appelant, incluant sans contrainte, aimant sans exigence. Pas plus que le judaïsme et l’islam, le christianisme historique n’a su se montrer à la hauteur de l’appel reçu.

Mais la parole  nous l’adresse à nouveau. Qu’en ferons-nous ?

 

[1] La première partie de confession de foi musulmane, dite la shahada, : « Il n’y pas d’autre Dieu que Dieu » n’est pas plus inscrite dans le Coran que notre Credo dans la Bible.

[2] Vestige des cultes idolâtres de la Mecque autour duquel aujourd’hui tournent les fidèles en pèlerinage.

[3] La figure de Cyrus le Grand est évidemment utilisée comme une typologie messianique. L’histoire montre qu’il n’a pas seulement fondé son empire sur la tolérance.

Concilier les inconciliables (méditation de Matthieu 10.16)

Matthieu 10.1-8

1 Puis Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.

6 N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. 7 En chemin, prêchez que le royaume des cieux est proche. 8 Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

16  Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ;  soyez donc rusés comme les serpents et simples comme des colombes.


Cette parole de Jésus contient toute une ménagerie ! Une véritable arche de Noé : brebis, loups, serpents et colombes ! Elle décrit un climat d’adversité auquel les chrétiens sont confrontés. Notre monde va mal ; oui, mais pas beaucoup plus mal qu’au premier siècle de notre ère ou qu’aux « temps des origines ». Il n’y a qu’à feuilleter les premières pages de la Bible : l’accusation, la jalousie, le meurtre fratricide sont à toutes les pages. « L’homme est un loup pour l’homme » a écrit le philosophe Thomas Hobbes. Cette vie est un combat sans pitié entre loups. Et les brebis dans tout ça ?

Pour une foi incarnée

Elles sont envoyées par leur Pasteur dans un monde de brutes. Il ne les met pas à l’écart dans une bergerie blindée. Il ne leur fabrique pas une arche sécurisée aseptisée. « Moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » L’Eglise n’a pas vocation à se bunkériser dans la chaleur moite et étouffante de l’entre soi. L’Eglise qui se replie dans l’illusion d’un idéal de sainteté, court un risque bien plus grand que celle qui choisit de s’exposer aux dangers de la vie. Entre les murs d’une société de purs, on trouve toujours un mal (mâle!) dominant : celui de la culpabilité et du jugement des autres. La foi chrétienne n’est pas une sortie du monde mais une entrée ! Pas une fuite, mais une incarnation, une prise de risque, un engagement.

A la suite du Christ, par nos comportements, nos paroles, nos silences, nos prises de position, nos projets, par toute notre vie, nous proposons une alternative à la violence, nous offrons la possibilité d’un monde nouveau ; nous disons et nous démontrons que la violence, même justifiée, même rationnelle, même légale n’est pas une voie de résolution des conflits, mais une voie de destruction de notre humanité. L’exemple de l’action militaire de la France en Lybie contre le régime de Kadhafi est éloquent ! On pensait extirper le mal et on l’a fait fleurir !

Comme Christ, nous confessons que l’amour de l’ennemi est plus fort que la punition ou la mort de l’ennemi. Nous nous confions nous-mêmes et notre monde à la tendresse de Dieu.

Pas un, mais plusieurs

Chacun de nous sait très bien qu’il ne se réduit pas à cette gentille brebis prête à se faire tondre sans piper le moindre bêlement !

Ça tombe bien car là n’est pas le but de la mission ! Le berger ne nous envoie pas à la boucherie. Il adresse à ses brebis missionnaires une feuille de route, un code de comportement assez surprenant…

Il leur demande d’être rusées comme des serpents et simples comme des colombes. Autrement dit, Jésus nous demande d’être une chose et son contraire. C’est preuve qu’il nous connaît bien ! Il sait que nous sommes des brebis capables de mordre comme des loups ! C’est pourquoi il n’hésite pas à nous demander des choses aussi paradoxales : serpent et colombe : malins et confiants, calculateurs et naïfs, politiques et innocents, prévoyants et légers…

Le Christ signe là une parole d’expert en humanité. Il nous connaît comme s’il nous avait fait ! Il sait que nous pouvons nous montrer doux comme des agneaux le dimanche à l’Eglise et prêts à tuer pour une place de parking le lundi matin en retard au boulot !

Etre rusés comme des serpents, c’est apprendre à penser le monde de façon complexe, paradoxale, à se tenir sur la brèche des choix impossibles. Rien n’est jamais noir ou blanc. Il faut apprendre à composer avec les contraires. Les chrétiens sont des gens capables d’une expertise, d’une herméneutique responsable et courageuse de la vie.

Accompagner jusqu’au bout

Simone Weil nous a quittés ces jours-ci à l’âge de 89 ans. En légalisant le recours à l’IVG dans les années 70, qu’a-t-elle fait ? Certains diront de manière lapidaire qu’elle a donné le droit d’attenter à la vie impunément, qu’elle a légalisé la transgression suprême.

Mais n’a-t-elle pas offert aussi la possibilité à des femmes de rester en vie au lieu d’aller avorter clandestinement dans des conditions sanitaires épouvantables, d’interrompre une grossesse non désirée, psychologiquement insoutenable, au lieu d’accoucher d’un enfant sans amour, sans avenir ? Elle a permis à des femmes d’échapper au régime oppressif des maternités à la chaîne au nom de la loi naturelle, divine ou celle de leur mari !

De bons chrétiens ont eu vite fait de jeter la pierre du jugement.

Mais le chrétien, même s’il est intimement convaincu de l’importance de défendre la vie humaine, peut aussi choisir d’accompagner l’histoire des hommes et des femmes de son temps ; de se montrer plus malin, plus intelligent que les foules bien-pensantes. Il est appelé ici à témoigner de sa foi au cœur des situations humaines les plus douloureuses, à composer avec les réalités plutôt qu’à les nier ou à les juger. Il résiste à la tentation du jugement radical et définitif, pour rejoindre l’autre là où il se trouve et non là où devrait être ! Il fait le choix de l’accompagnement, de la présence et de l’accueil, malgré tout, au nom du Christ, au cœur des situations humaines les plus désespérées.

Simone Weil, rescapée des camps de la mort a dit : « Un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s’unissent au moins pour lutter contre la haine de l’autre, contre l’antisémitisme et le racisme, contre l’intolérance ».

Il y aura des loups et des serpents…

Au fond, nous sommes en même temps, tour à tour, selon les circonstances, serpents et colombes, brebis et loups. Nous sommes appelés à concilier en nous et entre nous les inconciliables. C’est bien ce monde-là qui vient et qui est déjà là en Jésus. Ce monde paradoxal annoncé par le prophète Esaïe :

« Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. 7 La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte. Le lion, comme le bœuf mangera du fourrage. 8 Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main.Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR, comme la mer que comblent les eaux. » Amen !

« Aux armes ! » (méditation de Matthieu 10.32-40)

Matthieu 10.32-40

32 « Si quelqu’un dit devant tout le monde : “J’appartiens à Jésus”, alors moi aussi, devant mon Père qui est dans les cieux, je dirai : “Cette personne m’appartient.” 33 Mais si quelqu’un dit devant tout le monde : “Je n’appartiens pas à Jésus”, alors moi aussi, devant mon Père qui est dans les cieux, je dirai : “Cette personne ne m’appartient pas.”

34 « Ne pensez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. 35 En effet, je suis venu séparer l’homme et son père, la fille et sa mère, la belle-fille et sa belle-mère. 36 On aura pour ennemis les gens de sa famille. »

37 « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. 38 Celui qui ne prend pas sa croix et qui ne me suit pas, celui-là n’est pas digne de moi. 39 Celui qui veut garder sa vie la perdra. Celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera.»

40 « Si quelqu’un vous reçoit, c’est moi qu’il reçoit. Et la personne qui me reçoit, reçoit aussi celui qui m’a envoyé.»

Matthieu 5.9

 » Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu  »


On s’intéresse beaucoup aujourd’hui au phénomène de la violence religieuse. Les textes sacrés des religions contiennent tous des « versets sataniques » ! L’histoire avec ses guerres saintes, ses croisades et ses bûchers, comme l’actualité avec ses djihads, ses attentats terroristes revendiquent toujours un ancrage scripturaire. L’évangile du jour nous propose de méditer une parole de Jésus qui fait question : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre mais l’épée ». 

La paix ne se jette pas

Comment concilier cette parole avec la béatitude de la paix : « Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mat 5.9). Comment concilier cette parole d’apparence violente avec le ministère de Jésus entièrement consacré à l’amour du prochain, à la réconciliation et au renoncement à toute forme de violence ?

Regardons de près cette formule étonnante : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais l’épée ». Il faudrait traduire littéralement : « Je ne suis pas venu jeter la paix sur la terre. » Jésus n’est pas venu lâcher la paix sur la terre comme un canadair viendrait larguer sa cargaison d’eau sur une forêt en feu. Il n’est pas venu répondre au problème du mal, de la division et des conflits en lançant un déluge de paix sur la terre ! Dieu vient en Jésus marcher sur la terre ; il vient travailler à la paix en se rendant proche des réalités qui divisent, des conflits où les hommes se déchirent. Dieu vient mettre nos mains dans le cambouis de nos violences et il nous implique dans ce travail. Nous sommes envoyés sur la terre pour travailler à la paix ! Et Dieu nous équipe pour cela. Il nous remet une épée ! Dieu ne vient pas régler les problèmes de l’humanité de l’extérieur mais de l’intérieur.

Étrange image que celle du chrétien muni d’une épée. Une épée est une arme dont on se sert pour faire passer nos ennemis de vie à trépas. Alors pourquoi Jésus, l’homme de paix par excellence nous envoie-t-il dans le monde ? Faut-il en fin de compte pourfendre ou aimer nos ennemis ?

Parole et Esprit

Dans la Bible, l’épée n’est pas seulement une arme meurtrière, c’est aussi le symbole de l’Esprit. Elle représente l’action souveraine de la parole de Dieu dans le monde, la puissance du Saint-Esprit à l’œuvre.

Voici ce qu’écrivent les auteurs du NT à propos de l’épée :

« Prenez sur vous le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu. » (Eph 6:17)

« Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. » (Heb 4.12)

« Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait ; et, m’étant retourné, je vis sept chandeliers d’or ; 13 et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui semblait un fils d’homme. Il était vêtu d’une longue robe, une ceinture d’or lui serrait la poitrine ; 14 sa tête et ses chevaux étaient blancs comme laine blanche, comme neige, et ses yeux étaient comme une flamme ardente ; 15 ses pieds semblaient d’un bronze précieux, purifié au creuset, et sa voix était comme la voix des océans; 16 dans sa main droite, il tenait sept étoiles, et de sa bouche sortait un glaive acéré, à deux tranchants. Son visage resplendissait, tel le soleil dans tout son éclat. 17 À sa vue, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa droite et dit: Ne crains pas, Je suis le Premier et le Dernier » (Ap 1.16)

L’épée dans la bouche du Seigneur Jésus est une parole qui produit une paix radicale en séparant le bien du mal. Une parole qui tranche entre le juste et l’injuste.

En attendant la grande lessive…

Je me pose une question insoluble : dans la « vraie vie », les situations sont toujours très compliquées ; le mal et le bien, l’ivraie et le bon grain s’enchevêtrent de façon inextricable. Qui a tort, qui a raison ? Dans un conflit personnel, conjugal ou international, il est impossible d’y voir clair, de mettre les bons d’un côté et les mauvais de l’autre.

Jésus nous suggère de commencer par ce qui est à notre portée.

Il dit dans notre passage : « Je suis venu mettre la division entre l’homme et son père » (10.35). L’enfant est donc invité à se diviser, à se séparer de son père, comme le disciple du maître, comme l’homme doit s’affranchir de toute forme de tutelle. Et souvent la séparation fait peur, elle fait mal, comme une naissance peut faire mal. Naître soi-même à la liberté passe nécessairement par un traumatisme ! En tant que fils, nous devons apprendre dans la douleur à ne pas nous prendre pour le père, pour Dieu le Père ! Cette séparation, cette division est nécessaire et salutaire. C’est l’épée de la parole qui va faire ce délicat travail de séparation au bout duquel j’apprends à découvrir ma véritable place dans ce monde. Nous ne sommes pas Dieu et c’est très bien comme ça ! Le combat contre le mal et pour la paix commence en nous-mêmes, pas chez les autres !

Aimer en vérité

Cette distanciation, cette séparation est la condition pour aimer en vérité. L’amour fusionnel, l’amour totalitaire, l’unité absolue détruit. Le nationalisme, c’est-à-dire le culte rendu à la mêmeté ou au soi-même collectif, engendre toujours haine et violence.

L’amour qui sait au contraire se séparer, reconnaît l’autre dans sa différence. Cet amour-là puise dans la parole du Christ. Cette façon de se tenir dans le monde face à Dieu et face aux autres ne produit pas seulement de la tolérance, mais une paix véritable et entreprenante qui va transformer les relations et changer les cœurs au nom du Christ !

Frères et sœurs, le Christ n’est pas venu jeter sur la terre des solutions toutes faites mais nous appeler à prendre les armes pour mener un combat difficile, celui que l’Esprit Saint mène en nous-même et celui encore de la reconnaissance en tout homme d’un frère (10.40). Bienheureux serons-nous de fabriquer une paix comme celle-là ! Amen !