Pasteur de l'Eglise Protestante Française de Beyrouth depuis juillet 2013

De quel bois te chauffes-tu ? (Méditation de Jacques 2.18-26)

Le sermon du lendemain

Lundi 17 septembre 2018

 

Épître de Jacques, chapitre 2 versets 14- 26

14 Mes frères, à quoi bon dire qu’on a la foi, si l’on n’a pas les œuvres ? Cette foi peut-elle sauver ? 15 Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, 16 et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ! sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? 17 Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas d’œuvres, elle est morte en elle-même. 18 Mais quelqu’un dira : Toi, tu as la foi ; et moi, j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, par mes œuvres, je te montrerai ma foi. 19 Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi et ils tremblent. […]

20 Mais veux-tu comprendre, homme vain, que la foi sans les œuvres est stérile (litt. la foi est morte en elle-même) ?

26 Comme le corps sans esprit est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. (TOB)


« La foi sans les œuvres est morte ». Cette petite phrase de l’apôtre Jacques a fait couler beaucoup d’encre dans l’histoire de la théologie chrétienne et protestante en particulier. Elle est à l’origine de rudes combats au 16e siècle en Europe autour de la question du salut. Sommes-nous sauvés par la foi ou par les œuvres ? Faut-il croire Paul ou Jacques ?

L’épître de paille !

Le réformateur Luther qui redécouvrit la doctrine de la justification par la foi, si chère à l’apôtre Paul, aura pour l’épître de Jacques ce jugement aussi célèbre que sévère : « c’est une épître de paille ! » Pour Luther, l’épître de Jacques accorde trop d’importance aux actions humaine. Au contraire martèlera Luther, les bonnes actions ne servent à rien pour le salut ! Dieu ne tient compte que du don gratuit du Christ pour justifier et sauver le monde. La justice de Dieu, c’est le Christ ! Celui qui croit en Lui est justifié, sauvé !

Les abus de l’Eglise que Luther a combattus explique sans doute en grande part la dureté de ses paroles contre cette lettre de Jacques. La vente des indulgences, (ces certificats vendus par l’Église pour vous ouvrir les portes du paradis) représentait un scandale théologique. Ceci explique peut-être cela…

Qui fait quoi ?

Pour Luther les œuvres sont importantes et même nécessaires mais elles ne sauvent pas. Pour le dire autrement, les « bonnes œuvres » du chrétien sont des actions dont la source ne se trouve pas dans le cœur du croyant mais dans la seule parole de Dieu ; elle seule agit dans le cœur du croyant. Autrement dit si Julia, Damien, Nicole ou May (prénoms de mes paroissiens libanais !) sont de bons chrétiens, ce n’est pas à cause des bonnes dispositions de leur cœur, de leur bonne nature humaine ou de leur belle éducation, mais à cause du travail que le Saint-Esprit ne cesse de réaliser dans leur vie. Les bonnes œuvres, c’est donc l’action de la parole de Dieu en nous.

La musique et le sens des mots

Foi, œuvres… A ces mots, des repères forts émergent des profondeurs de notre éducation protestante et biblique. Nous aident-ils vraiment ? Pour bien comprendre cette opposition FOI/OEUVRES chez Jacques (qui n’a pas la même signification que chez Luther), il faut premièrement s’entendre sur les définitions : qu’est-ce que la foi et qu’est-ce que les œuvres pour Jacques ?

Jacques, fils de Zébédée

Jacques est l’un des 12 disciples de Jésus. Il est l’un des piliers de l’Église de Jérusalem. Sa foi est celle d’un juif pieux, profondément attaché à la Loi de Moïse. Mais sa foi traditionnelle a été bousculée par sa rencontre avec Jésus. Sa prédication et sa vie ne font qu’un. La Loi, si elle reste bonne, juste et incontournable, la Loi n’est plus la seule loi de sa vie, la seule source de son salut. La rencontre avec le Ressuscité a transformé sa personne et sa relation avec Dieu, sa vision du monde et de lui-même. Il est devenu croyant-autrement tout en restant profondément ce qu’il est.

La foi, donc, pour Jacques, ce n’est plus une obéissance servile à la lettre d’une Loi qui dresse la liste des choses à faire et à ne pas faire. La foi pour Jacques ce n’est plus une croyance ou une affirmation sur Dieu comme : « Dieu existe » (ou comme le disait joliment Voltaire : « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »)

Faites le test !

La foi pour Jacques, ce n’est plus seulement affirmer avec les juifs, les musulmans et les chrétiens que « Dieu est un ». La foi ne peut pas être toute contenue ou dite dans une déclaration, une confession. La foi, pour Jacques n’est pas une croyance à croire mais une énergie vitale qui naît d’une relation vivante à Dieu et au Christ !

Il ne faut donc pas confondre « la foi à croire » et la « foi qui croit ». Il ne faut pas confondre la foi qui récite un catéchisme et la foi qui vit et témoigne de la présence du Dieu vivant ! Quand cette foi-là agit, elle soulève des montagnes ! Je ne dis pas que la foi-confession est stérile. Je dis seulement que la seconde, la foi existentielle est le véritable test de notre attachement à Dieu.

Pour le dire autrement, il est plus facile de réciter des prières et des confessions de foi que d’aimer son prochain. On trouvera toujours quelqu’un dans l’Église pour nous rappeler ce que la vérité biblique affirme et ce qu’il faut croire pour être un chrétien orthodoxe. Mais on ne trouvera pas toujours sur sa route un chrétien pour vous tendre une main secourable.

Pauvre de toi !

Pire, nous dit Jacques ! Il arrivera même qu’en implorant le secours parce qu’il a faim, parce qu’il ne sait plus où aller, parce qu’il est réfugié syrien sans espoir, un homme, une femme, une famille entière sur cette terre s’entendra dire : « Aie foi en Dieu mon frère, ma sœur et tu surmonteras cette épreuve passagère ! Va en paix, crois seulement ! »

Ce que nous dit Jacques, c’est qu’une parole comme celle-là n’a que l’apparence de la spiritualité. En réalité, elle est vide et celui qui la prononce est un profanateur de la vérité et un usurpateur de la foi !

« Pauvre de toi, dit Jacques, (v.20) si tu te contentes de beaux discours sur l’amour, la paix et la justice et que tu n’es pas capable d’aimer, de lutter contre les discriminations, contre les injustice, de diffuser la paix autour de toi, ce n’est pas la foi que tu portes, c’est la mort !

La foi en question…

Cette foi est morte « en elle-même », dit précisément le texte. Mais on peut traduire ce « en elle-même », aussi bien par « pour elle-même » ou « selon elle-même » ou encore « contre elle-même » : l’idée ici est qu’une foi qui se regarde le nombril, qui se concentre sur sa rectitude doctrinale, sa conformité biblique et qui se coupe des réalités de la vie et des souffrances humaines, cette foi s’autodétruit de l’intérieur ! Voilà l’avertissement de Jacques ; ce que j’en ai compris du moins…

Prenons garde de ne pas enfermer notre christianisme dans une confessionnalité, une orthodoxie d’énoncés ou un système ecclésial, mais restons attentif à l’appel du Christ qui retentit à chaque coin de rue.

Et n’oublions jamais que lorsque le Christ nous dit : « Va en paix, réchauffe-toi et rassasie-toi!», il fait la route avec nous jusqu’au centre d’accueil et il paie la note ; il la paie au prix de sa propre vie !

Puissions-nous vivre de cette vie, nous chauffer de ce bois sur lequel le Christ a tout donné. Puissions-nous réconcilier chez nous le croire et faire, le confesser et l’agir au nom du Christ. AMEN !

La communauté malgache de l’Eglise protestante française de Beyrouth

Chorale malgache de l’Eglise protestante française de Beyrouth (Noël 2016)

Cette étude, initialement menée en 2016 par le pasteur Pierre Lacoste dans le cadre d’un Master recherche à la Faculté des sciences religieuses de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth est publiée aujourd’hui. Elle a pour but de mieux faire connaître la communauté malgache de l’EPFB, son histoire, ses craintes et son espérance.


INTRODUCTION

L’Eglise Protestante Française de Beyrouth (EPFB), depuis sa fondation en 1925, dans les circonstances d’après-guerre que l’on sait, n’a jamais rassemblé des foules à son culte dominical. Elle rassemblait un petit groupe de fidèles franco-libanais et d’origines ecclésiales diverses, auquel venaient s’ajouter quelques protestants français expatriés ou sympathisants des idées réformées dans leur expression francophone. Dans les années 2000, la communauté a vu ses effectifs s’amenuiser au point que certains dimanches ordinaires, le culte était célébré à quatre ou cinq au presbytère.

Alors que plusieurs s’interrogeaient sur l’avenir de l’EPFB, la venue de quelques protestants originaires de Madagascar, pour la plupart travailleuses domestiques au Liban, vînt ouvrir de nouvelles perspectives. Au fil des mois et des années, par le bouche à oreille, une véritable communauté malgache, mêlant chrétiens protestants et catholiques, devînt numériquement très majoritaire, redonnant espoir et vitalité à l’Eglise. Cette communauté issue de l’immigration, intégrant aujourd’hui d’autres fidèles venus des pays d’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Cameroun, Bénin, Congo, etc.) représente un segment communautaire d’une quarantaine de personnes, soit près de 80 % des participants au culte.

Cette enquête de type sociologique présente des données objectives sur le phénomène que représente cette présence malgache au sein de l’EPFB. Elle sera ponctuée de réflexions.

Nous présenterons dans une première partie l’état des lieux relatif à la présence malgache dans la communauté. Cette situation nous permettra de présenter et de développer la problématique que nous formulons dès à présent : « Comment ces femmes malgaches, migrantes et domestiques, font-elles Eglise et communauté au Liban, loin de leurs repères traditionnels, dans une langue française qu’elles maîtrisent peu ou prou et dans une forme de célébration différente de leur milieu d’origine?  Comment s’identifient-elles à cette communauté protestante française du Liban ? »

Nous nous interrogerons aussi, au-delà des considérations ecclésiales et culturelles, sur l’aspiration profonde de ces femmes : ne serait-elle pas de l’ordre de la quête de dignité humaine ?

Notre réflexion sera réalisée au moyen d’une enquête quantitative (questionnaire anonyme) et qualitative au moyen d’un entretien personnel.

Enfin, en conclusion, nous ouvrirons une réflexion « en sens inverse » : comment une Eglise aussi hétérogène, réunissant des attentes aussi différentes, peut-elle penser sa vocation ?

I. ETAT DES LIEUX : MIGRATION, PAROISSE, VIE SOCIALE ET SPIRITUELLE

La population visée

250 000 travailleuses domestiques vivent au Liban. Selon l’ONG INSAN, 5000 d’entre-elles seraient malgaches. Cette situation s’explique par le niveau d’extrême pauvreté où se situe leur pays d’origine. Selon plusieurs sources, Madagascar est classé au 5e rang des pays les plus pauvres du monde (Cf. Journal du net)

Le voyage :

S’expatrier, quitter sa famille, fuir la famine, amène cette population migrante à appréhender le voyage vers le Liban de façon anxiogène. La motivation n’est pas le tourisme mais la survie ! En guise d’agence de voyage, le « kafala system » (littéralement « adoption » en arabe ; expression politiquement correcte pour évoquer le statut de ces migrants économiques en quête d’un mieux vivre social pour eux et leur famille.)

Conformément aux règles du « transfert » énoncée par l’agence négociante installée dans le pays d’origine, les migrantes du travail ne prennent avec elles ni change, ni trousse de toilette, ni valise ; la famille d’accueil s’occupe de tout et paye le montant du voyage. Elles vont devenir dépendantes pour le nécessaire comme pour l’accessoire pour une durée d’au moins trois ans (durée normal d’un contrat).

L’arrivée : Peu de temps après leur arrivée, elles souffrent d’isolement. Cet enfermement peut-être entretenu par le discours souvent « protecteur » et sécuritaire de la famille d’accueil. Mais au fil des mois,  connexion wifi aidant, (les smartphones payés par leur patronne pour être joignables en permanence), les « filles » (c’est ainsi qu’on les appelle) se rendent compte que le Liban n’est pas le pays dangereux qu’on leur a décrit, qu’il existe des dizaines de millier de personnes employées de maison comme elles et qui sortent le dimanche. Le culte protestant devient alors un projet de sortie possible, du moins pour celles qui en obtiennent l’autorisation. Il est arrivé au pasteur de la communauté d’intercéder auprès des familles pour quémander un Dimanche de Pâques !

Malgaches protestantes ou non : Celles d’entre-elles qui se trouvent être protestantes sont pour la plupart membres de la FJKM (« Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara » – Eglise de Jésus-Christ à Madagascar – la plus importante communauté protestante du pays avec près de 3 500 000 membres). Mais d’autres sont de confession catholique ; c’est finalement la langue française et le lien d’appartenance à la foi chrétienne qui rassemblent.

Certaines femmes voyagent plus d’une heure pour rejoindre le lieu de culte, dépensant annuellement des sommes conséquentes. Mais se retrouver à l’Eglise Protestante Française de Beyrouth, célébrer Dieu en français et en malgache et retrouver ses amies revêt pour elles une importance capitale.

La tenue vestimentaire de ces femmes employées de maison, en congés dominical, mérite un commentaire. Hauts talons, jupes très près du corps, coiffures ostentatoires et maquillage soutenu, autant de signes revendicateurs d’une féminité occultée le reste de la semaine par le tablier rose. Il est important d’accueillir ces expressions de liberté, quelques fois outrancières. Elles manifestent une forme de résistance par une affirmation de soi « compensatoire ».

Le culte dominical

Chaque dimanche, à 10h30,  l’EPFB célèbre son culte. L’assemblée, d’affluence variable, est composée d’environ une 40aine de participants (pour les cultes ordinaires) :

  • 75 % de personnes issues de la migration afro-malgache (environ 90% de cette population est malgache).
  • 15 % de personnes franco-libanaises (membres « historiques » de l’Eglise)
  • 5% de protestants francophone expatriés
  • 5% de visiteurs libanais

Le culte suit le déroulement liturgique classique de l’Eglise protestante Unie de France, déroulement au cours duquel deux chants en langue malgache sont systématiquement proposés avec une traduction en langue française visible sur l’écran powerpoint. Chaque célébration prévoit l’intervention d’une personne d’origine malgache ou originaire des pays d’Afrique par une lecture ou une prière bilingue.

Les condoléances

Plusieurs fois par an, l’Eglise procède à un accompagnement des paroissiennes malgaches en deuil. Une cérémonie de condoléances traditionnelles en langue malgache est organisée à la fin du service religieux pour les personnes ne pouvant rejoindre leur famille en deuil au pays. Faire le deuil d’une mère, d’un mari, d’un enfant à distance provoque des chocs émotionnels et des traumatismes difficiles à effacer. Ce service d’accueil des personnes endeuillées n’étant pas réservé aux seuls fidèles de la paroisse, il peut donner lieu certains dimanches à de grandes affluences.

L’entraide

Il arrive fréquemment que des besoins à caractère sanitaire ou sociaux se fassent sentir. Les personnes travailleuses domestiques au Liban bénéficient d’un contrat d’assurance maladie dont le niveau de prise en charge est très faible. La communauté met alors en œuvre des contributions et donations permettant à des personnes malades ou nécessitant une opération urgente d’avoir recours à des soins ; les familles d’accueil n’hésitant pas dans certains cas à renvoyer leur employée au pays. Sur le plan social également, l’Eglise s’engage envers les femmes qui élèvent des enfants (souvent seules) dans le soutien financier à la scolarisation.

Les « excursions »

Depuis deux années consécutives, l’EPFB propose deux sorties d’Eglises par an nommées « excursions ». Ces sorties en bus dans un coin de nature, introduite par un culte en plein air, connaissent un grand succès. La dernière en date a rassemblé 100 personnes dont la grande majorité sont des personnes issues de la migration. Cet engouement traduit un immense besoin de liberté, de respiration et de reconnaissance d’humanité.

La fête nationale malgache

Chaque année, le 27 juin, la communauté malgache célèbre sa fête d’indépendance (1960). Le phénomène d’éloignement ajoute sans doute à la ferveur. Le pasteur est sollicité pour une prière spéciale et tranche, « au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit », le gros gâteau aux couleurs verte et rouge du drapeau malgache, sur fond d’hymne national. Cette demande de prise en compte de la dimension nationale est également à verser au compte du besoin de reconnaissance.

Le « Forum protestant » (groupe Whatzapp)

Un réseau social a été constitué via l’application WhatsApp. Il réunit 80 abonnés, tous reliés à la vie de l’Eglise. Ce groupe permet une diffusion efficace de l’information mais l’essentiel semble se situer ailleurs. Chaque vendredi soir, le pasteur diffuse auprès du réseau une lecture méditée au format audio de l’évangile du jour. Les 80 abonnés, une fois le travail terminé (souvent tard le soir), dans le secret du placard qui leur sert de chambre à coucher et de sanctuaire, prennent part à une écoute active des méditations bibliques. Certains membres du Forum Protestant diffusent quotidiennement des textes de la Bible en français. Les réponses des uns et des autres se limitent souvent à des « Amen et Alléluia !» ou à des émoticons d’approbation ; c’est le signe d’une présence vivante et joyeuse. Ce « Forum protestant », ouvert en 2013 est un lieu de parole, d’encouragement mutuel et d’écoute ; il semble correspondre à un besoin.

La fête du travail

Depuis deux ans, le 1er mai est célébré de manière assez originale par l’EPFB. L’Eglise ferme ses portes ce dimanche-là et se joint à la manifestation des « Domestic workers ». Une forme de célébration en actes. A cette occasion, ces femmes employées de maison, issues des pays les plus pauvres de notre monde, revendiquent un minimum de droits et de reconnaissance. Leur leitmotiv : la reconnaissance par l’Etat Libanais de l’article 189 du code international du travail qui leur confèrerait un peu plus de dignité en termes de droit. Est-ce la place d’une Eglise ? C’est en tous cas le chemin que le pasteur de l’EPFB (plus que l’Eglise au  sens institutionnel), a choisi de suivre : accompagner chacun au plus près de ses combats, de ses souffrances.

II. L’ENQUÊTE

Le terrain d’enquête se situe clairement ici dans un espace circonscrit à l’Eglise protestante française de Beyrouth, ses cultes, ses rencontres formelles et informelles. L’objet de l’enquête : les fidèles issues de la migration, travailleuses domestiques malgaches au Liban, participantes de la vie de l’EPFB.

Le sujet de l’enquête : comment la communauté migrante malgache s’identifie-t-elle à l’Eglise protestante française de Beyrouth et comment en modifie-t-elle en même temps la réalité ?

L’enquête quantitative sous forme de questionnaire anonyme a été réalisée auprès de 10 personnes fréquentant régulièrement la communauté.

L’enquête qualitative, sous forme d’un entretien personnalisé a été proposé à la première personne arrivée à l’EPFB en 1996.

1. L’enquête quantitative : le questionnaire.

Les données sont regroupées dans le rédactionnel suivant en trois chapitres :  1. Données générales relatives au profil personnel, social et ecclésial ; 2. L’Eglise comme réponse aux besoins 3. La communauté malgache au service de l’Eglise (en italique, les commentaires).

1. Profil personnel, social et ecclésial

  • 10 femmes malgaches (8 d’âge mûr et 2 plus jeunes), de toutes origines sociales, vivant au Liban dans des conditions (satisfaisantes = 3 ou acceptables = 5 pers / ou difficiles à supporter = 1) depuis (7 à 20 ans = 7 pers / moins de 6 ans = 3 pers), connaissant l’EPFB depuis (1 à 5 ans  = 5 pers / entre 7 et 17 ans= 5 pers), fréquentant l’EPFB (très régulièrement = 5 pers / autant qu’elles le peuvent = 5 pers), et mettant entre 10 mn et 30 mn pour se rendre au culte dominical (= 7 pers) ou entre 30 mn et 1h30 = 3 pers) ont répondu au sondage.
  • Leur niveau d’études à Madagascar est très diversifié (5 = BAC et plus / 5 = le niveau primaire ou brevet) ainsi que leur connaissance du français : (5 = très bon et bon / 5 = moyen et pas très bon).

Cette réalité va affecter la manière dont ces femmes s’identifient à l’Eglise. Le lien ne passe pas nécessairement et uniquement par la compréhension du message annoncé par l’Eglise ou sa théologie.

  • 6 personnes sont issues du protestantisme historique malgache, 3 du milieu évangélique et 1 de l’Eglise catholique.

Ce qui confère à la communauté un caractère plutôt homogène du point de vue de la spiritualité chrétienne.

2. L’Eglise comme réponse aux besoins

  • Elles estiment unanimement avoir reçu un accueil « très chaleureux » à l’EPFB

L’unanimité, malgré le caractère anonyme des réponses, peut laisser penser que les personnes n’ont pas eu la liberté de dire quelque chose de dévalorisant à l’égard de l’Eglise d’accueil. Cette donnée est exploitable mais avec prudence.

  • L’Eglise est premièrement un lieu d’enseignement (5 pers ont situé le service de la parole en premier choix) et d’expression de la louange communautaire (4 pers en premier choix), une seule a définie l’Eglise prioritairement comme une « communauté spirituelle».
  • Elles estiment que la prédication du pasteur est facile ou très facile à comprendre (9 pers), une seule répond : « pas très facile à comprendre ».

Là encore, le sondage émanant du pasteur, il n’est pas impossible que la liberté de réponse ait été affaiblie.

  • En rapport avec les condoléances malgaches, rituel très codifié, le questionnaire offrait la possibilité d’une expression libre. Trois axes de réponses émergent ; certaines réponses cumulant les éléments propres à chaque axe. Le premier axe, mineur, que l’on peut appeler « l’axe identitaire » affirme l’importance de manifester la solidarité-unité entre compatriotes malgaches (3 pers) pers. 2. Le second, « l’axe spirituel » évoque la foi chrétienne (3 pers). 3. Le troisième, « l’axe affectif » est très majoritaire, (8 pers évoquent l’affection à donner pour la personne en souffrance).

Il est intéressant de relever que les aspects affectifs et spirituels sont exprimés plus fortement que le sentiment d’unité nationale. La « malgachité » au cœur d’un évènement traditionnel tel que les condoléances passe après l’affection et le rappel de l’espérance chrétienne.

  • Les excursions (2 cultes en pleine nature par an), permettent premièrement, de faire le culte autrement (5 pers) et de changer d’air (3 pers) ; la fraternité est placée 4 fois dans le binôme de tête.

Ce besoin de vivre l’Eglise autrement loin de la ville, au grand air pour resserrer les liens exprime un besoin évident que la situation sociale de ces femmes explique aisément. L’Eglise répond ici à un besoin « d’ailleurs et d’autrement »

  • L’Eglise soulage-t-elle la détresse sociale de ses fidèles? La réponse est « OUI » à 9 réponses contre 1 « NON ».
  • Selon une majorité, les représentants malgaches au Conseil de paroisse sont là pour « présenter des projets » (5 pers) et pour une minorité importante « représenter la communauté malgache » (4 pers)

Il est intéressant de relever qu’une majorité de réponses fait porter la responsabilité des responsables malgaches du Conseil sur le bien commun et non sur les besoins propres au groupe malgache (5 pers). Même si cette demande arrive juste après (4 pers) ! Indice d’une bonne intégration de la communauté malgache dans l’Eglise.

  • Pour clore ce chapitre une question ouverte sur le sens de l’Eglise. Trois personnes évoquent la référence malgache mais dans des domaines différents. L’Eglise offre aux malgaches une possibilité de se retrouver entre compatriotes 2. d’évangéliser les « brebis malgaches perdues ». 2. Elle offre un culte très proche du culte protestant malgache.

Les autres réponses évoquent des aspects plus classiques : l’Eglise comme lieu d’adoration, d’enseignement, de communion spirituelle et de prière les uns pour les autres.

3. La communauté malgache au service de l’Eglise

  • Qu’apporte le chant malgache dans l’Eglise ? La possibilité de « participer au culte » (7 pers) ; la possibilité de « se sentir reconnu » (2 pers). L’importance de la traduction des chants malgaches en français est reconnue unanimement (10/10)

Le culte n’est pas perçu ici comme un lieu où l’on vient chercher, prendre, mais comme un lieu où l’on vient donner de soi dans sa particularité culturelle et y être reconnu, non seulement toléré.

  • Et quand on demande ce que le groupe malgache apporte à l’Eglise, le langage de la joie est mis en exergue (joie 5x, bonheur 1x, « vivacité » 1x, louange 5x) ; la communion spirituelle, la fraternité, apparaissent comme un apport majeur (6x) ; enfin le « don de la diversité » est également souligné, même si dans une moindre mesure (3x).

Une remarque isolée mais tellement juste, relève que le groupe malgache apporte le nombre !

Une autre remarque, dont il faudrait sonder la profondeur théologique : la présence malgache apporte « du réconfort spirituel » (1x). Cette communauté fait manifestement du bien aux membres historiques. Comment s’apitoyer sur son sort quand les chants polyphoniques de ces femmes, esclaves des temps modernes, remplissent le temple et les cœurs ?

2. Eléments d’analyse

  • Le dépouillement de cet échantillon de données révèle un aspect inattendu : la communauté malgache ne fait pas communauté dans la communauté. Elle fait Eglise avec les autres tout en exprimant sa particularité culturelle et linguistique. Ses attentes ou ses besoins ne sont pas différents de ceux de n’importe quel autre membre.
  • La communauté malgache a conscience d’être un facteur de vitalité pour l’EPFB. L’Eglise serait-elle encore là sans cette « manne paroissiale », cette présence fidèle et engagée ?
  • Il est enfin intéressant de relever la vocation sociale de l’Eglise L’accueil qu’elle réserve à ces femmes exploitées – même si, dans de nombreux cas, traitées avec respect par l’employeur – lui ouvre un véritable champ missionnaire.

3. L’enquête qualitative : l’entretien

Notre choix d’entretien s’est porté sur l’une des toutes premières personnes à avoir franchi le parvis du temple de l’Eglise protestante française de Beyrouth en 1996, il y a  vingt ans. Ce témoin est elle-même travailleuse domestique au Liban et protestante (FJKM).

Vous faites partie des pionnières malgaches de l’EPFB. Qu’est-ce qui vous a poussé à rechercher une Eglise au Liban ?

Le tout premier c’est Emmanuel, un ami protestant malgache. Comme chrétien francophone, on lui avait conseillé l’Eglise maronite Saint-François à Hamra. Là, il rencontre Gaston, un ami de Luc – le gardien du temple protestant. Juste après la messe, Gaston emmène Emmanuel chez Luc qui habitait au Collège protestant. Luc lui fait rencontrer le pasteur Robert et c’est ainsi que la toute première connexion s’est faite. Ensuite Emmanuel m’a fait rencontrer Luc le dimanche suivant et Luc nous a conduit au temple. Il y avait très peu de personnes présentes ; le culte n’avait lieu que tous les 15 jours. Je me souviens de ce jour. Nous sommes entrés à 4 malgaches  dans un temple presque vide.

 Vous souvenez-vous de vos premières impressions quand vous êtes entrée dans le temple ?

Le pasteur Robert nous a accueillies avec joie et nous a demandé d’inviter tous nos amis malgaches à rejoindre l’Eglise. Nous étions reconnaissants de découvrir une Eglise pour nous, de pouvoir chanter à nouveau les cantiques protestants qui ont les mêmes mélodies à « Mada » ou ici. C’était la fête ! A la fin du culte, le pasteur et sa femme nous ont invités à prendre un café au presbytère. Les pasteurs nous ont toujours soutenues. Ils n’hésitent pas à appeler les familles libanaises pour demander des autorisations de sortie en faveur de leurs « bonnes protestantes »

Qu’est-ce qui a changé depuis votre arrivée en 1996 ?

L’Eglise n’a pas changé sur le plan de sa foi. L’annonce de l’Evangile est toujours la même. Ce qui a changé, c’est qu’il y a un culte tous les dimanches aujourd’hui et, malgré la démolition du temple, j’observe une plus grande affluence au culte. La création de la chorale malgache a certainement favorisé cette croissance. La démolition a été un choc. C’était notre Eglise !

Je me souviens que dans l’ancien temple, il y avait les Malgaches à gauche et les Français à droite ? N’est-ce pas une drôle de façon de faire Eglise ensemble ?

Oui c’est vrai ! Mais je ne crois pas que ce soit le résultat d’une ségrégation ou d’une méfiance. Les Malgaches, comme toutes les minorités à l’étranger ont tendance à se regrouper parce qu’ils parlent la même langue. Le pasteur Robert voulait aussi qu’on se mélange ! Je n’ai jamais ressenti de malaise. Au contraire, l’Eglise protestante française nous a rendu la dignité que nous avions perdue en venant au Liban. Toute la semaine je suis une bonne et le dimanche je suis une chrétienne au même titre que les autres.

Si je vous demande trois mots pour décrire que ce que cette Eglise représente pour vous ?

Foi, Dignité et Partage ! La foi, c’est ce que l’Eglise annonce et que nous croyons ; c’est aussi ce qui nous rassemble. La dignité est au centre ! Je ne savais pas que je trouverai un cadeau aussi précieux dans ce pays qui m’a dépossédée de ma dignité humaine. Le partage enfin, c’est la vie communautaire qui se fabrique au fil des années. On apprend à se reconnaître comme frères et sœurs des quatre coins du monde, dans nos différences culturelles ou même de croyances.

Le service de condoléances est aujourd’hui ouvert à tous, pas seulement aux fidèles de l’Eglise. Vous êtes d’accord avec ça ?

Une personne dans la peine n’est ni protestante, ni catholique, ni athée, elle est juste dans la peine. L’Eglise par vocation doit se tenir aux côtés de ces personnes endeuillées. Elle doit accueillir sans condition toute personne en demande de réconfort. Cet accueil inconditionnel peut aussi produire un déclic chez la personne. Dieu agit au travers de notre amour. C’est lui qui évangélise son Eglise. Il reste beaucoup de femmes malgaches à rejoindre !

Vous êtes membre du groupe WhatsApp : qu’est-ce qu’il vous apporte?

J’écoute les méditations du vendredi soir après le travail quand je suis au calme dans ma chambre. Je suis aussi abonnée au site web de l’Eglise ; je reçois les prédications et cela nourrit ma foi. Mais au moins trois fois par semaine  après ma journée de travail, je fais du baby sitting jusqu’à minuit. Je rentre trop fatiguée pour écouter et je me couche directement.

Comment vois-tu l’avenir de la communauté malgache dans l’Eglise ?

Il faut que nous soyons vigilants la communauté malgache est fragile. Il y a eu par le passé des problèmes de mésententes entre responsables. Il y a eu aussi des groupes concurrents et même la chorale a connu des moments difficiles. Ces tensions pourraient mettre l’Eglise en difficulté. Je crois que le rôle du pasteur est ici très important. Il doit rassembler et continuer de travailler à l’unité entre tous. Il doit à la fois veiller à ne pas entrer dans les petites histoires et rester ferme dans la direction à donner. C’est sans doute l’un des grands défis à venir.

(Ps. L’entretien a eu lieu en 2016, au moment où de fortes tensions se faisaient sentir au sein  de la communauté malgache, ce qui n’est plus le cas au moment de la publication de cet article)

Conclusion Générale

Cette enquête révèle une très belle histoire. Elle apporte la « preuve » que Dieu n’abandonne pas son Eglise dès lors qu’il a une mission à lui confier.

Alors que l’Eglise Protestante Française de Beyrouth à la fin du siècle dernier arrivait doucement à la fin de son histoire au Liban, une manne venue de Madagascar et d’Afrique a ouvert de nouvelles perspectives.

Comment la communauté migrante malgache est-elle parvenue à s’identifier à l’Eglise Protestante Française de Beyrouth ? De la plus simple des manières. En s’y laissant accueillir et en y apportant humblement l’expression de sa foi. Cette rencontre montre que la mixité ethnique et culturelle est le plus beau cadeau qui puisse être fait à l’Eglise du Christ. Il est tellement facile (et tellement ennuyeux !) de rester ce que l’on est pour l’éternité. C’est peut-être cela l’enfer…!

Cette étude a montré que la « communauté malgache » – expression devenue désormais inappropriée, a modifié la réalité et le témoignage de l’EPFB. Quelques témoignages rapportent que d’anciens membres franco-libanais ont cessé de venir face à l’affluence des « gens de couleur ». Mais la bénédiction est pour ceux qui la saisissent dans la foi. En vingt ans, l’EPFB est passée du statut « d’Eglise d’amis » à celui d’« Eglise en mission ». Depuis trois ou quatre ans, se greffe sur le vieux tronc historique, un nouveau rameau : celui de la communauté « africaine ».

Luc Dingamoundou, tchadien d’origine, « employé » du temple et du CPF dans les années de guerre (1975-1990), serait heureux de constater l’évolution actuelle de l’Eglise et l’accroissement de la population africaine. Son accueil chez lui de toute personne isolée ou en recherche d’un moment d’amitié, était un sas d’entrée à l’Eglise protestante française.

Aujourd’hui, les uns avec les autres, indépendamment de leur origine ou de leur ancienneté, contribue par leur présence, leur foi et leur amitié, à bâtir une Eglise différente. Dans un monde libanais communautarisé et socialement très compartimenté, l’Eglise protestante française de Beyrouth porte un témoignage à la fois fragile et unique. Que Dieu lui prolonge encore ses jours !

Un verre de l’amitié très joyeux à l’occasion de la visite au Liban du président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

« La saison des figues » (méditation de Marc 11.11-20)

Le sermon du lendemain

Lundi 10 septembre 2018

« La saison des figues » (Marc 11.11-20)

Évangile selon Marc 11.11-26 (TOB)

12 Le lendemain, à leur sortie de Béthanie, il eut faim. 13 Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il n’y trouverait pas quelque chose. Et s’étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas le temps des figues. 14 S’adressant à lui, il dit : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples écoutaient.

20 En passant le matin, ils virent le figuier desséché jusqu’aux racines. 21 Pierre, se rappelant, lui dit : « Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit est tout sec. » 22 Jésus leur répond et dit : « Ayez foi en Dieu. 23 En vérité, je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne : “Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. 24 C’est pourquoi je vous déclare : Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé. 25 Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. »

Le récit du figuier maudit par Jésus est une histoire simple mais qui dérange beaucoup.  Ce n’est pas l’histoire d’un pauvre figuier carbonisé qui m’émeut… Ce qui fait problème, c’est que le figuier est une image de notre humanité. Le figuier c’est moi, c’est nous ! Et Jésus ici est désespéré de ne pas trouver de fruit dans le cœur de l’homme.

Bénédiction et malédiction

Qu’est-ce que ce fruit ? Il y a la longue liste de Gal 5.22 où Paul explique ce qu’est le fruit de l’Esprit.

Porter du fruit, c’est donc devenir des femmes et des hommes en relation, capables d’accueil, de vérité et de fraternité. Des compagnons d’humanité auprès de qui il fait bon vivre, des gens qui diffusent autour d’eux espérance, soutien et affection.

Mais il arrive que nous ne portions pas de fruits. Nous sommes centrés sur nous-mêmes ; de loin nous paraissons brillants, agréables, bons et intelligents, mais dans le regard du Christ qui sonde la profondeur des cœurs, nous sommes secs de l’intérieur. Notre vie n’est pas un lieu de partage, de rencontre. Peu à peu, ceux qui s’approchent de nous s’éloignent ; nous nous desséchons dans un égocentrisme solitaire qui nous tue à petit feu. Tel est le figuier de Marc 11.

Jésus en le maudissant ne fait que constater une réalité. On pourrait résumer la situation ainsi : porter du fruit pour les autres, c’est choisir la vie. Vivre en priorité pour soi, c’est choisir la malédiction.

Une envie de femme enceinte ?!

Une seule chose me dérange dans ce récit, plus encore que la malédiction de Jésus ; c’est cette petite phrase qui à première vue ressemble à une simple information, mais qui est beaucoup plus que cela. Marc précise que « ce n’était pas la saison des figues ».

Je ne comprends pas le titre traditionnellement donné à ce passage dans nos traductions : « Le figuier stérile ». Il n’est pas question de stérilité mais de non production hors saison.

Comment Jésus peut-il maudire un figuier qui ne porte pas de fruit quand ce n’est pas sa saison ? C’est révoltant ! Autant demander à un manchot de devenir champion de tennis !

Mais je n’arrive pas à croire non plus que Marc nous raconte un caprice de femme enceinte qui aurait une envie de fraises à Noël ! Marc est le seul à ajouter cette petite phrase. « Ce n’était pas la saison des figues… ». Quel est le sens de cette indication ?

Souvenez-vous que le figuier, c’est nous et non un arbre ! On peut reformuler le problème ainsi :  Quel est le bon moment pour vivre en chrétien ? Le dimanche matin ? Non pas seulement. Le chrétien est donc comme un figuier qui porterait du fruit toute l’année, saison et hors saison.

Cette idée de « fructification permanente » du croyant est bien au cœur de la pensée de Jésus. La pensée ou la logique du Royaume de Dieu est inverse à celle de notre monde.

Une scène d’évangile en Gare du Nord

Je me trouvais dans un train de banlieue à Paris cet été quand une femme avec un enfant au bras monte dans la rame. J’avais couru pour avoir ce train. Pas de guichet sur mon chemin pour acheter un ticket. Je ne voulais pas manquer ce train. Je m’assoie, inquiet. La femme avec son enfant au bras commence à demander l’aumône aux voyageurs. Je ne l’ai même pas vu me tendre la main tellement j’étais occupé à guetter le contrôleur.

La femme à l’enfant tend sa main vers une autre femme, assise un peu plus loin. Une femme qui de toute évidence vit aussi dans la rue. Elle est sale et semble fatiguée, chargée d’un gros sac à dos… Elle sort de son sac une belle banane et la donne à la femme et à son enfant ; elles se sourient. Je venais de rencontrer la femme figuier selon le cœur de Jésus. Celle qui porte du fruit tout le temps. Elle ne possède pas grand-chose mais elle trouve la force ou la simplicité de le partager. Elle a des yeux pour voir et un cœur pour accueillir.

L’évangile n’est pas seulement un vieux texte poussiéreux qu’il faut lire et commenter à l’Église le dimanche matin ou pour sa méditation personnelle. L’Évangile, c’est le rendez-vous de la vie qui se joue à tous les coins de rues, tous les jours que Dieu fait. Pour cela, il faut des yeux pour voir, quelquefois pour pleurer, et un cœur pour comprendre. Ce jour-là, dans ce train-là, mon figuier n’avait pas de figue… J’étais emprisonné par mes problèmes personnels ; je n’ai pas vu le Christ s’approcher de moi et me tendre la main. La logique du Royaume de Dieu consiste à faire de la place à celle ou celui qui tend les mains, quelle que soit la raison, quel que soit le moment…

A l’Eglise d’Harry Potter.

Quand le groupe repasse le lendemain, le figuier a séché… et Pierre interroge le Christ. Jésus répond au groupe des disciples : « Ayez foi en Dieu. Tout ce que vous demanderez en priant croyez que vous l’avez reçu. ». Alors que Pierre attend peut-être un enseignement du maître sur l’art de donner, Jésus donne une leçon sur l’art de recevoir.

Recevoir quoi ? Une foi à déplacer les montagnes ! On a souvent compris cette réponse de Jésus comme une invitation à rechercher la puissance des miracles. Certains mouvements évangéliques basent leurs réunions sur ces manifestations du surnaturel, au point qu’on se demande parfois si l’on se trouve dans l’Église de Jésus-Christ ou celle d’Harry Potter !

Une montagne de problèmes

Je me demande : « Quel serait l’intérêt de déplacer une montagne ? » A-t-on pensé aux conséquences ? Aux pauvres montagnards, aux animaux qui vont se faire écraser ! Les sources ? Et le tsunami que va provoquer la projection de la montagne dans la mer ! Est-ce qu’on y a pensé ?! C’est absurde ! Non, à l’évidence, Jésus ne nous demande pas de rechercher ce genre de manifestations. Par le mot « montagne », il désigne une autre réalité. Notre langue française l’a bien compris quand elle parle  » d’une montagne de problèmes ! » C’est celle-là précisément que nous sommes appelés à déplacer. C’est ce figuier sans fruit, cette vie centrée sur elle-même qui doit être séchée. Jésus nous demande de tuer en nous le mensonge, l’hypocrisie, l’indifférence, la violence, la soif de posséder, la négation et l’exclusion de l’autre.

Peut-être ici, plus précisément encore, ce qui est condamné par Jésus, c’est le désir de séduire, de paraître, de manipuler. Le figuier est attirant, ses feuilles vertes évoquent l’abondance. C’est un avertissement aux religieux d’Israël qui disent et ne font pas, qui s’attachent à l’apparence de la religion et en délaissent le cœur (ou au pasteur qui prend le train en Gare du Nord !)

Ne cherchez pas à vous améliorer, devenez croyant !

Voilà sœurs et frères, je vous laisse à votre figuier, j’en ai bien assez du mien. Mais ne vous inquiétez pas trop. Le secret d’un figuier plein de figues nous est révélé par Jésus : « Ayez foi en Dieu ! ». Oui, avant de donner, il faut apprendre à recevoir. Nous ne nous sauverons pas nous-mêmes et nous ne sauverons personne autour de nous. L’appel de l’Evangile, c’est de laisser le Christ faire mourir en nous tout ce qui ne sert pas la bonne nouvelle de la vie ; tout ce qui n’enrichit pas ceux qui viennent à nous. La foi, Jésus la donne.

Voilà la vraie puissance : celle qui consiste à laisser agir en nous la grâce de Dieu. Et tout le reste sera donné par-dessus ! AMEN !

« Oussama, le voyageur du oud » (17 juin 2018)

Ce Dimanche 17 juin 2018 à 18h30, le jardin de la rue de Damas atteignait presque sa capacité d’accueil maximale. Un premier « concert -test » pour savoir enfin si le public franchirait les 30 mètres qui séparent la rue de Damas du jardin, tout au fond, et qui vous oblige à traverser en suivant l’allée centrale le cimetière protestant français. Une traversée vers un lieu de vie. Ils l’ont fait ! Familles, enfants, amis, inconnus aux visages intrigués, 90 adultes et une dizaine d’enfants se retrouvèrent ce soir-là au jardin pour le concert d’Oussama Abdel Fatah. Un son excellent assuré par Jean Gibran et « Sound People ».

Françoise Toscane, enseignante au CPF, a choisi des mots forts pour vous raconter…

« Le cimetière protestant des étrangers est sur la route mythique de Damas, qui a séparé, fut un temps, l’ouest et l’est de Beyrouth. Dans ce lieu de paix, adossée au mur, une tendre pelouse invite au repos et à la méditation. Dimanche, Pierre Lacoste, le pasteur, nous invite à un concert de Oud. Oussama Abdel Fatah, Le musicien, joue une musique aux rythmes hypnotiques et vertigineux. Je ferme les yeux. J’imagine Zyriab, ce musicien de Oud chassé d’Arabie et parti se réfugier à Cordoue. Je suis dans le désert. Je vois aussi Laurence d’Arabie et son enchantement. Je sens l’odeur du thé, qui se mêle au flamenco d’Andalousie. Il y a le bruit des chameaux et les pas des chameliers qui s’enfoncent dans le sable profond. On marche dans le désert au portes de l’orient vers Cordoue la grande. Tout autour, c’est calme, les bébés ne bougent pas, ils écoutent, eux aussi emportés par la mélodie. Le musicien joue, chante et regarde sa petite fille de quelques mois qui bouge dans les bras de sa maman. Pour qui joue t’il ? Les enfants, attentifs, s’agitent peu à peu et filent dans le cimetière au milieu des tombes. Ils s’amusent et c’est simple. Le public entend quelques rires à peine étouffés, et quelques « chut ! » des parents. Les enfants courent entre les tombes, jouent, ramassent une pomme de pin, la lancent. Je les regarde et tout à coup, je suis envahie d’émotion. Un instant de bonheur : ces enfants ont peut-être tout compris en gambadant ainsi en liberté. Qui a dit que les morts avaient besoin de vide et de silence ? En sortant, je rencontre Nadine qui me parle de sa grand-mère espagnole qui aimait visiter les cimetières. Je me souviens de la mienne. Elle était catalane et adorait m’emmener dans les cimetières. L’idée que sa grand-mère ou ses parents se retrouveraient un jour dans un cimetière faisait pleurer mon petit frère. Moi, je regardais les fleurs en porcelaine, je trouvais ça laid. Je détestais ma grand-mère qui adorait nous faire de la peine. Et puis, je voyais des tombes fleuries et d’autres pas, des tombes ostentatoires et d’autres pas, des tombes entretenues et d’autres pas. C’est peut-être à ce moment là que j’ai compris l’humanité. Même les morts sont traités différemment selon leur rang et l’amour qu’on leur porte. Ce dimanche soir, le Oud a été entendu par tous, les vivants et les morts, avec la même émotion et la même énergie. Là, tout au fond de la terre ou tout en haut du ciel, les morts ont dû aussi pleurer en écoutant ces caravanes de chameaux s’élancer dans le désert, entourées d’enfants qui nous souhaitaient une belle route. »

Françoise TOSCANE

« Un moment au jardin… »

L’Eglise protestante française de Beyrouth lance ce mois de juin un programme d’événements culturels, intitulé : « Un moment au jardin… ». Depuis le mois d’octobre 2017, le cimetière protestant de la rue de Damas est prolongé d’un jardin, véritable oasis de paix, au cœur de la ville de Beyrouth. Ouvert au public tous les jours (8h-14h), le jardin se veut aussi lieu de rencontre autour d’événements culturels. Le dimanche 17 juin prochain, à 18h30, nous vous invitons à rencontrer Oussama Abdel Fatah, oudiste libanais et chanteur de poésie arabe empreinte de spiritualité soufi. Son spectacle, non sans résonance avec le lieu, s’intitule : « Hors sujet ». A l’issu du concert, pour prolonger la rencontre, un « apéritif solidaire » sera servi.

Confirmations à l’EPFB (15.04.2018)

En ce dimanche 15 avril 2018, l’Eglise protestante française de Beyrouth a célébré un grand culte.

Le gâteau des confirmations marqué des textes bibliques choisis par les catéchumènes

Rosa et Nirina, membres des Eglises protestantes FJKM à Madagascar, ont toutes deux confirmé leur baptême en prononçant des paroles d’engagement, très émouvantes, à suivre désormais le chemin de Dieu.

La chorale malgache en grande tenue a fait une entrée solennelle à la suite des confirmantes et du pasteur. Une centaine de personnes s’étaient massées dans la salle de réunion du CPF pour vivre l’événement. Nirina et Rosa ont suivi un parcours catéchétique d’un semestre au cours duquel elles ont pu approfondir leur connaissance de la Bible et débattre de questions relatives à l’engagement chrétien.

Voici les paroles qui scellent aujourd’hui cet engagement :

 

Nirina : « Je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. » (Jérémie 29.11)

Rosa : « Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné! 2 Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas d’iniquité, Et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! (Psaume 32.1-2)

Nous leur souhaitons un chemin plein de vie et de grâce !

Monsieur Achraf, a réalisé une vidéo de la célébration que nous partageons avec vous :

Fête des Rameaux au jardin de la rue de Damas

A l’ombre des cyprès et des oliviers, la petite communauté protestante des « Hauts de la Colline » rassemblée dans son jardin de la rue de Damas (25.03.18)

Cette fête des Rameaux 2018 restera dans les mémoires des fidèles de l’Eglise protestante française de Beyrouth.

Célébrée pour la première fois au jardin de la rue de Damas – entièrement rénové et inauguré à l’occasion du jubilé de la Réforme en octobre 2017 – plusieurs questions restaient pourtant en suspens…

La communauté des Hauts de la Colline, composée en grande partie de personnes originaires de Madagascar et d’Afrique, éprouve, c’est bien connu, quelques réticences à entrer dans les cimetières.

Ce jour des Rameaux était donc un  jour test. L’espace de verdure et de paix, rendez-vous des oiseaux et des visiteurs de passage, bien séparé du cimetière, allait-il exercer un pouvoir d’attraction suffisant ?

Une quarantaine de fidèles se rassembla ce jour-là pour célébrer le culte. Quelques témoignages cueillis à la sortie nous encouragent à recommencer. C’est un bon début.

La prochaine célébration sera franco-allemande à l’occasion du départ du pasteur Jonas Weiss Lange et de son épouse Chris.

En cette période d’attente interminable du nouveau temple, le jardin de la rue d Damas représente un lieu de rendez-vous très agréable, aussi bien adapté au recueillement qu’à la convivialité. De l’avis de tous, il ne faut pas tarder à recommencer !

J’aurais aimé… (une prière de Noël).

J’aurais aimé

Retourner dans le passé

Fouiller la vieille étable

Retrouver la mangeoire

sentir le foin, la paille,

L’odeur de la nuit

dans les rues blêmes de Bethléem

Un soir de lune, blanche et pleine.

 

J’aurais aimé

Dans la lumière étrange et belle

Entendre le chant des anges

Venus d’en haut

Et suivre les bergers

Sur les chemins de terre

Humer le parfum des bruyères

De la vigne et du figuier

Puis être saisi

Par les senteurs âcres et fortes

Des bêtes et du fumier

Dans l’écurie obscure.

 

J’aurais vu l’étoile

J’aurais marché avec les mages

L’or et l’encens entre mes mains

L’hommage à l’enfant

J’aurais vu le visage d’une maman

Qui n’en croit pas ses yeux

Et le cœur d’une maman

Qui hésite et qui doute

Qui se serre, qui se noue

Parce qu’elle pressent déjà,

Lisant en filigrane

Dans la trame du temps,

La venue d’un drame.

 

J’aurais aimé

Contempler les rides,

Les fronts plissés,

Les joues creusées

Sculptés par les années

Sur les visage d’Anne et de Siméon

.

J’aurais aimé avec eux

Déchiffrer l’histoire

Vivre l’accomplissement de la longue attente

Écrite en silence.

 

J’aurais aimé goûter la joie

J’aurais aimé toucher

Sentir, palper,

Et tenir dans mes mains

L’enfant nouveau-né…

 

Mais il ne reste rien…

Il ne reste rien que le vent n’ait emporté

Ni stèle dressée tombée du ciel

Ni mot gravé dans la pierre

Pour saisir et fixer l’insaisissable.

 

Et lui-même

L’enfant de Bethléem

L’enfant de Nazareth

Le promeneur inlassable

Le marcheur de Dieu

N’a pas écrit mot

ailleurs que sur le sable,

Quelques mots vite effacés

Par la colère et la haine.

Lui-même n’a rien laissé d’autre

Que des paroles et des gestes

dans nos fragiles mémoires.

 

Et pourtant c’est à eux

Hommes et femmes

Qu’il a confié son secret

Présence subtile et légère

Murmure et joie de Dieu.

 

Non ! Le granit et le marbre

Ne sont pas aptes

à conserver la vie,

La donner et la transmettre.

Ni l’or, ni l’argent

Pour parler du vivant.

 

J’aurais aimé…

Mais il ne reste rien.

Il a barré la route

À l’impossible retour

Vers la nostalgie et le passé.

C’est ici et maintenant

Que je dois le trouver

Dans le silence de mes nuits

Dans la brume de l’ennui

Dans la main d’un ami

Dans les rires et les pleurs

Dans les regards de tendresse

Dans le secret d’un amour

Dans le lumignon qui brille encore,

Dans la Parole vivante et partagée

Dans la foi toujours reçue, toujours demandée,

Dans l’espérance renouvelée en la promesse de Celui qui est, qui était, qui vient.

Visite de la Fédération Protestante de France à Beyrouth (9-13 décembre)

Du 9 au 13 décembre 2017, le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, accompagné des pasteurs Bertrand Vergniol et Bernard Antérion, respectivement secrétaire général du « Service protestant de mission » (Défap) et président de la « Communion des Eglises protestantes francophones dans le monde » (CEEEFE), ainsi que de M. Marc Friedel, président de l’APFB et de la Fondation des Cèdres, venait retrouver l’Eglise protestante française de Beyrouth. Second voyage depuis sa nomination en 2013, François Clavairoly avait un agenda millimétré.

Après la prédication au culte dominical axée sur la louange de Marie, témoignage des sans voix et des oubliés de notre temps (Luc 1.46-57), le pasteur Clavairoly remettait à la vice-présidente du Conseil presbytéral ainsi qu’au pasteur la médaille de Luther, frappée à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme.

Le verre de l’amitié et le buffet festif partagés sur fond de gospel malgache (https://youtu.be/tjj423Q3law), le Conseil presbytéral se réunissait autour du président de la FPF. A l’ordre du jour, présentation et discussion du projet de façade du nouveau temple. Le Conseil presbytéral exprimait majoritairement son attente d’un affichage clair des signes religieux indiquant la présence d’une Eglise protestante. La croix, la cloche historique et le nom « Eglise protestante Française » sont attendus haut et clair sur un projet architectural également révisé.

Le lendemain matin, visite à la présidence de la République libanaise où le Président Michel Aoun recevait les pasteurs Clavairoly et Lacoste pour un échange sur des sujets sensibles comme l’avenir des chrétiens d’Orient en Syrie et en Irak, ou le conflit israélo-paslestien. Les déclarations jugées irresponsables du président Trump à propos de la ville de Jérusalem ont été commentées. Le Président Aoun évoquait notamment les humiliations quotidiennes éprouvées par les chrétiens de Palestine.

Début d’après-midi, participation au Conseil d’administration de Présence Protestante Française au Liban (PPFL) avec évocation des questions préoccupantes comme la non-obtention du permis de construire du nouveau temple. Il apparaît important aux yeux des présidents de PPFL, FPF, DEFAP et CEEEFE de repenser le projet culturel et social dans sa globalité, projet qui, initialement, avait été adossé au témoignage de l’Eglise.

Visite à Rabieh, le lendemain, au Suprem Council des Eglises protestantes de Syrie et du Liban sous la houlette de son Président le Révérend Salim Sahyouni. La question de l’obtention du permis de construire occupa là encore l’essentiel des discussions. Le message du président Sahyouni fut le suivant : l’EPFB est membre du Supreme Council. Le protestantisme libanais est une petite famille (1% de la population du Liban) qui a besoin de toutes ses composantes. Il nous appelait à plus de proximité et de collaboration.

 

Après un déjeuner sur l’herbe dans le nouveau jardin du cimetière de la paroisse protestante française, rue de Damas, nous étions reçus à quelques centaines de mètres de là par Monsieur l’Ambassadeur de France, Bruno Foucher. Les échanges portèrent en particulier sur la question des réfugiés syriens et du couloir humanitaire mis en place en 2016 par les pays européens et coordonné pour la France et l’Italie par la Fédération de l’Entraide protestante et l’association catholique Sant Edgio.

Cette visite a laissé à l’Eglise protestante Française du Liban le sentiment d’avoir été écoutée et encouragée dans son témoignage. Le président au terme de ces visites a pu réaffirmer l’importance de reconstruire un temple bien identifié et non un bâtiment dont la timidité confessionnelle serait incompréhensible en contexte libanais. L’Eglise remercie vivement la délégation du protestantisme français pour leur présence et leurs encouragements.
Espérons que la prochaine visite sera celle de la pose de la première pierre.

Pierre Lacoste, pasteur de l’EPFB

« Dieu, Allah et Cyrus le Grand» : la Bible, le Coran et nous…

« Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux… » (Psaume 95.3)

« Proclame sa grandeur ! » (le Coran, Sourate 111.17)

« Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. » (Es 45, 1.4-6)

« Sache donc, qu’en vérité, il n’y a point de divinité à part Allah » (Sourate 47,19 – Muhammad)


Une méditation tirée cette fois d’un article que j’ai publié fin octobre dans l’hebdomadaire catholique « Témoignage chrétien ».

Bible et Coran même combat (sanglant) ?

Il existe d’étranges ressemblances sémantiques entre la Bible et le Coran. En islam, l’appel à la prière (qui n’est pas coranique) débute par « Allahou akbar », ce qui signifie « Dieu est le plus grand » et invite les fidèles à confesser qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu (lâ ilaha illa lâh[1]). Les versets de la Bible et du Coran ont été cités plus haut par ordre de ressemblance Le « proclame sa grandeur » du Coran ressemble en effet comme un frère au « El gadol Yahvé !» (Le Seigneur est un grand Dieu !) du Psaume 95.3 et la Sourate 47 au « Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre » d’Esaïe 45.6. On dit que les mêmes mots de la Bible et du Coran ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités. Mais est-ce si sûr ici ?

Monseigneur Georges Khoder, figure orthodoxe libanaise du dialogue islamo-chrétien au Proche-Orient, explique que cette formule comparative Allahou akbar est un vestige du combat que le prophète Muhammad mena contre le culte des idoles à la Mecque pour faire triompher le monothéisme. La ka’aba[2], avec sa pierre noire, panthéon des croyances préislamiques contenait une foule d’idoles dont celle d’Allah, finalement reconnu comme l’unique et le plus grand de tous les dieux (l’effigie de Marie fut conservée dans un premier temps avant d’être également détruite).

Victoire du monothéisme, qui à l’image du culte de Yahvé, le Dieu d’Israël, s’imposa dans la guerre et le sang (cf. Elie et les prophètes de Baal en 1 Roi 18). Muhammad Elie, même combat ?

Est-il fatal que l’affirmation historique de l’exclusivité de Dieu, en Israël ou dans la Péninsule arabique fasse autant de morts ? Le monothéisme est-il violent par nature ?

Cyrus le Grand : grand comment ?

L’appel adressé en Esaïe 45 par Yahvé au roi Perse Cyrus le Grand, dit symboliquement autre chose du monothéisme. Premièrement, Cyrus n’est pas un homme d’Israël. C’est un Babylonien, un impur. Un homme non éligible à l’onction divine mais que le Dieu de Jacob prend néanmoins par la main. Dieu n’appelle pas un zélé d’Israël à rebâtir le temple de Jérusalem mais un ignorant doublé d’un païen. Cyrus n’est pas catéchisé par les prêtres juifs détenteurs du savoir religieux monothéiste, mais par Dieu lui-même : « Je te donnerai les trésors déposés dans les ténèbres, les richesses dissimulées dans les cachettes et tu sauras que c’est moi le Seigneur. Je t’ai appelé par ton nom. » (45.3).

Sa domination sur les nations est marquée par deux événements rapportés ici : les armes tombent et les portes des villes s’ouvrent (45.1). Inspiré par la parole et par l’Esprit du Dieu UN, Cyrus est grand ! Il déploie un règne sans violence. Après son passage, les portes restent ouvertes. Le Dieu UN est bien celui qui façonne au plus profond des cœurs une vision de l’unité fraternelle, attachant tous les hommes à une histoire et un destin communs. C’est en cela qu’il est grand. Une unité qui sait nommer et mettre en œuvre cet essentiel commun que les Évangiles reconnaîtront en Jésus, le Christ. En lui, Dieu est grand ! Ou pour reprendre la formule paradoxale et un peu galvaudée : en Lui, le Très-haut s’est fait le Très-bas.

Cyrus est un messie qui, au-delà de son histoire particulière [3], annonce un règne de paix fondé sur un monothéisme de tolérance ouvrant les portes sans les forcer,  appelant, incluant sans contrainte, aimant sans exigence. Pas plus que le judaïsme et l’islam, le christianisme historique n’a su se montrer à la hauteur de l’appel reçu.

Mais la parole  nous l’adresse à nouveau. Qu’en ferons-nous ?

 

[1] La première partie de confession de foi musulmane, dite la shahada, : « Il n’y pas d’autre Dieu que Dieu » n’est pas plus inscrite dans le Coran que notre Credo dans la Bible.

[2] Vestige des cultes idolâtres de la Mecque autour duquel aujourd’hui tournent les fidèles en pèlerinage.

[3] La figure de Cyrus le Grand est évidemment utilisée comme une typologie messianique. L’histoire montre qu’il n’a pas seulement fondé son empire sur la tolérance.