Le sermon du lendemain

Lundi 03 décembre 2018

Luc 3.16-6 (TOB)

1 L’an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d’Abilène, 2 sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. 3 Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, 4 comme il est écrit au livre des oracles du prophète Esaïe : Une voix crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
Rendez droits ses sentiers.
5 Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ;
Les passages tortueux seront redressés,
Les chemins rocailleux aplanis ;
6 et tous verront le salut de Dieu.

« Préparez le chemin du Seigneur… » Dans cette période de l’AVENT, on commence à s’agiter dans les chaumières. Les rues de Beyrouth d’ordinaire très chargées vont devenir dans quelques jours un enfer. La préparation de Noël est lancée ! Les crèches fleurissent partout à Ashrafieh. Mais que prépare-t-on exactement ? 

Noël pour exorciser les peurs

Ce n’est pas la naissance du petit Jésus, puisqu’il est déjà venu il y a 2000 ans !
Non, on dirait que c’est la préparation en elle-même qui est au centre, qui fait sens et nous met en mouvement : il faut préparer. Bien sûr, Noël, c’est la fête des familles, des enfants. Il y a les cadeaux, les traditions auxquelles on est attaché et que l’on remet en scène comme pour se rassurer dans la nuit du solstice d'hiver, comme pour dire que dans un monde où les choses naissent et passent avant même qu’on ait eu le temps de les comprendre et de les nommer, Noël représente un point d’ancrage, une valeur sûre, une sécurité, une manière de dire avec certitude et soulagement que notre humanité est bien là, que nous sommes vivants, qu’il y a du sens. Et nous préparons Noël…

Préparer ou se préparer ?

Pourtant, il y a une différence entre « préparer Noël » et « se préparer à Noël ».
C’est la parole de Jean-Baptiste qui nous aide à le comprendre. 
Préparer Noël, c’est nous placer au centre du jeu ; un jeu généreux et fraternel, certes, mais dont nous sommes les acteurs principaux.
« Se préparer à Noël », c’est faire silence et placer au centre l’attente de quelque chose qui vient à nous du dehors, quelque chose d’inconnu que nous n’avons encore ni saisi ni nommé ; quelque chose qui aiguise notre attention, vers lequel se tend notre désir. Il se creuse en nous un manque, un espace vide, sans sapin ni sans guirlande, sans crèche ni cadeau, sans tradition, sans religion ; un espace où nous nous retrouvons seuls face à nous-mêmes, à nos grandes questions et à cet appel qui retentit puissamment dans le désert de nos vies : « Préparez le chemin du Seigneur ! » Nous attendons autant que nous sommes attendus ! Oui, cette parole du Baptiste nous parle de croisée des chemins, de rencontre de l’homme avec Dieu.

Le salut : sur quel site de rencontre ?

Le Baptiste nous dit que rencontrer le Christ, ce n’est pas comme chatter sur un site de rencontre (qui restent des grands déserts de solitude) ; rencontrer Christ ce n’est pas non plus se payer un stage de sylvothérapie ! Rencontrer le Christ suit une préparation, un chemin précis que la prophétie de Jean nous détaille ici.

La foi, donnée ou possédée ?

Premièrement, se préparer, est-ce quelque chose à faire ? Pour le dire autrement, la foi dépend-elle de nous?
Certains pensent que la foi est donnée, que certains la reçoivent et d’autres non ; qu’on n’y peut rien, que c’est comme ça. Et on trouvera même des versets bibliques qui semblent l'affirmer. Comme la parole de Paul aux Éphésiens : « Vous êtes sauvés par la foi. Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. » (2.8)
Mais la Bible n’a pas qu’une seule résonance, un seul langage. Les Écritures bibliques sont subtiles et plurielles, souvent paradoxales dans leur manière d’approcher et de dire la vérité. 
Dans les Écritures, la foi est aussi considérée comme un acte personnel unique qui vient du plus profond de soi. Et Jésus reconnaît cette capacité personnelle à croire quand il dit par exemple à la femme hémorragique : « Va, TA foi t’a sauvé ». Cette femme ne connaît pas Jésus, elle n’est pas allée au catéchisme, elle ne fréquente pas d’Église, mais elle croit, d’une manière qui nous échappe. Sa foi est unique.
Alors, préparer le chemin du Seigneur, est-ce « quelque chose à faire » ou est-ce « se laisser faire » ? Et bien, c’est les deux à la fois !

La foi est comme l'amour

Oui, la foi est une pure grâce de Dieu, comme le dit Paul ; elle nous est donnée. C’est un peu comme quand on tombe amoureux. On ne tombe pas amoureux tout seul. Ou alors ça finit mal ! On ne décide pas tout seul qu’on aime. L’amour vient à notre rencontre comme un don, il est lumière qui entre dans notre regard et nous remplit. Nous l’accueillons comme une grâce, un bonheur à vivre et nous aimons. La foi est comme l’amour : mystérieuse et lumineuse à la fois, elle est donnée.
Mais la foi est aussi curieusement quelque chose qui nous appartient et que l’on peut mobiliser en nous et qui nous prépare à la rencontre. Si l’amoureux ne prend pas la décision de dire « oui » à son amoureuse, le train de l’amour va lui passer sous le nez et il restera seul sur le quai avec des regrets infinis. Jusqu'au train suivant... ;)

Quel chantier !

C'est en ce sens que Jean nous appelle à préparer « le chemin du Seigneur ». 
Il y a des choses très concrètes à faire. Elles nous sont suggérées ici au travers d’images tout droit tirées du langage BTP !

« Rendre droits les sentiers de Dieu » : ce sont les sentiers par lesquels Dieu veut nous rejoindre. Mais nos vies sont trop compliquées, tortueuses même. Nous nous perdons dans des raisonnements sans fin, des contradictions insolubles. Nous sommes les rois du « en même temps » ! Il faudrait par moments renouer avec la radicalité d’une parole simple, retrouver le courage d’un engagement clair, la simplicité de l'émerveillement, comme savent le faire les enfants. « Rendre droit », c’est rendre accessible, dégager le chemin qui mène à la réconciliation.
Remarquez aussi qu’il n’y a pas ici un seul sentier mais plusieurs. Le chemin de la rencontre avec Dieu peut passer par des sentiers différents. Il est porté par des traditions religieuses différentes, il est pluriel. Nous sommes appelés à la fois à simplifier notre relation avec Dieu et à accepter paisiblement que d’autres empruntent des chemins différents des nôtres.

Are you ready ?

Pour préparer le chemin du Seigneur, il y aura encore à abaisser des montagnes d’égoïsme, à combler des ravins de mesquinerie et d’irresponsabilité, à dés-empierrer nos cœurs de pierres pour apprendre à vivre la fraternité et l’accueil. 
C’est à cela que nous appelle Jean le baptiseur. Préparer Noël, c’est donc ré-interroger nos vies à la lumière de cette promesse qui achève la prophétie de Jean : « Alors, tous verront le salut de Dieu ! »
"Es-tu prêt à rencontrer ton Dieu ?" écrivait déjà le prophète Amos à son peuple (4.12).
Pour être prêt, pour entrer dans ce salut promis, il y a autant à faire qu’à laisser faire. Peut-être est-ce le moment d’entreprendre les grands travaux de terrassement, de dégagement, de lancer les bulldozers à l’assaut de notre vie, de manière à tout réorienter vers Celui qui vient, à Noël et tous les jours, illuminer notre terre d’espérance, de fraternité et de salut. AMEN ! Are you ready ? (titre d'une chanson de Dylan - Saved 1980).