Le sermon du lendemain

Lundi 25 septembre 2017

« Ma vie c'est Christ ! »

Phil 1.21-26

Philippiens 1.21-26

21 Car pour moi, vivre, c’est Christ, et mourir m’est un gain. 22 Mais si vivre ici-bas doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir. 23 Je suis pris dans ce dilemme : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, et c’est de beaucoup préférable, 24 mais demeurer ici-bas est plus nécessaire à cause de vous. 25 Aussi, je suis convaincu, je sais que je resterai, que je demeurerai près de vous tous, pour votre progrès et la joie de votre foi, 26 afin que grandisse grâce à moi, par mon retour auprès de vous, le sujet de fierté que vous avez en Jésus Christ.
 

 

 

 

(Photo A. Huber. Cimetière prot. de Beyrouth)

Le site web de l'Eglise protestante Française de Beyrouth a été hacké par un groupe appelé "Mafia Syrie" !! Ce qui explique le silence de la semaine dernière !

Avant de lire cette prédication et en guise d'introduction, utilisez votre abonnement Deezer ou votre CD-thèque Classique pour écouter cette pièce de musique de J.S Bach : BWV Cantata N°161 : I Aria... (oui, je me suis mis au Classique !)

"Viens, douce mort"

« Viens, douce mort » de Jean-Sébastien Bach. Composition qui s’inspire directement de cette écriture de Paul : « Pour moi vivre c’est Christ et la mort m’est un gain ». Je n’ai pas choisi ce texte pour l’occasion de notre culte au cimetière protestant, c’est le texte du jour ! Pure expression de la providence divine à notre égard. Accueillons-la et cherchons ensemble à recevoir la parole qu’elle nous tend !

Ce verset est inscrit sur un grand nombre de tombes dans les cimetières protestants et sert à traduire l’espérance qui s’attache à la personne du Christ. Espérance chargée de promesses que le NT nomme la vie éternelle (Jean 3.16).

Personnellement, j’aime beaucoup le Seigneur Jésus, mais je dois vous dire que je ne suis pas impatient de passer sur l’autre rive ! Je ne suis pas prêt, comme l'apôtre Paul, à lever l’ancre et je ne considère pas, comme Bach, que la mort soit si douce !

Je note aussi que l’apôtre Paul n’a pas toujours eu des paroles aussi amènes à propos de la mort.

Le dernier ennemi

Dans sa première lettre aux Corinthiens , celle-ci est appelée le « dernier ennemi »(15.26), c’est à dire le plus féroce de tous ; force implacable, séparatrice et sans pitié. Cette mort dont l’approche remplit d’angoisse le Seigneur Jésus au jardin de Gethsémané ou qui le fait éclater en sanglots devant le tombeau de son ami Lazare.

Alors, comment expliquer cette pensée troublante et paradoxale de l’apôtre Paul, « la mort m’est un gain ? ».

C’est une parole qui a ouvert la voie à toute une mystique chrétienne et évangélique de la mort, où celle-ci est représentée comme un simple passage vers le monde meilleur, un portail vers la félicité éternelle. Ainsi, lors des enterrements, on vient vous décharger des tombereaux de paroles consolatrices du genre, « Oh, il est bien là où il est maintenant ; il est en paix maintenant, c'est mieux pour lui  etc. ». [Oui peut-être... mais c'était mon vieux père !  Il voulait rester et nous, on voulait le garder !].

La mort banalisée comme passage glorieux, c’est en poussant cette logique à l'extrême que les djihadistes islamistes commettent des attentats suicides, assurés qu’ils sont d’obtenir dans la mort leur ticket pour le paradis. Pour citer l'un des plus tristes d'entre-eux : "Vous, vous aimez la vie, nous nous aimons la mort" (Mohammed Merah).

Mais revenons à Paul (qui a su en son temps casser du chrétien en Syrie !). Alors, que veut-il nous dire avec cette mort qui rapporte, cette perte avantageuse ?

Une religion de la vie

Premièrement, il faut rappeler cette vérité centrale, première, essentielle : le christianisme est une religion de la vie. Il ne rend pas un culte à la mort comme d’autres religions savent le faire. L'Évangile nous appelle à être des femmes et des hommes pleins de vie, des chrétiennes et des chrétiens engagés, passionnés par l’existence et non de tristes croyants figés dans l’attente d’un monde meilleur, enfermés dans une espérance immobile. Ce monde meilleur, c’est celui du Christ qui vient dans notre monde et qui dit : « le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point, il est ici ou il est là. Car voici, Le Royaume de Dieu est au milieu de vous » ! (Luc 17.21) C’est ce qui pousse Paul à proclamer sa foi en ces termes magnifiques : « Ma vie, c’est Christ ! »

On peut en parler ?

Les chrétiens ne nient pas la mort pour autant. Nous ne devons pas céder à la tentation de notre temps qui, à l’inverse des religions, nous invite à nier la mort. Les cultes de l’éternelle jeunesse ou les nouveaux programmes de santé, les nouvelles doctrines diététiques, naturopathes, veggie, vegan (!) sont autant de façons de détourner les yeux de la froide et insupportable réalité de la mort.

Sans désirer cette mort, sans la fuir non plus, nous devons apprendre à en parler, à l’envisager sans drame, sans mépris, de manière réaliste et confiante s’il est possible. Les médecins avec les familles devraient pouvoir dire à un malade condamné : "Tu n'en as plus pour très longtemps, il faut que tu le saches".

Chassez le naturel...

Paul écrit ces mots alors qu’il est en prison. Sa vie est menacée ; sera-t-il bientôt exécuté ? Si c’est le cas, sa foi le pousse à croire que Christ ne l’abandonnera pas au néant. Mais Paul sait aussi que s’il est tué, la voix de son sang, comme celui d’Abel jadis, criera vers le Seigneur et vers le monde. Paul sait bien que la mort d’un martyr est un témoignage plus marquant encore que celui des vivants (relire le martyre de Polycarpe). « Christ est ma vie, mais si je dois mourir, cela profitera aussi à l’Evangile ! » Paul mort servira aussi bien que Paul vivant ! C’est ce qui le pousse à exprimer le désir de quitter cette vie.

Mais voilà qui est très amusant dans notre passage. A peine Paul a-t-il exprimé ce désir de lever l'ancre, que le désir de vivre le submerge à nouveau.

Nous ne sommes pas programmés pour la mort, frères et sœurs. On peut intellectuellement ou spirituellement se convaincre que la mort est un avantage, mais aussitôt dit, les projets, les désirs, l’amitié, la foi, le travail, l’amour - ou quelque fois des désirs moins nobles comme la vengeance, l'amertume - reprennent le dessus et nous projettent vers la vie avec toutes ses complexités, avec son charme fou, ses combats, ses souffrances, son quotidien, cette vie entêtante dont on ne parvient pas à se lasser définitivement !

Les cimetières sont vides

Ceux qui sont morts nous ont laissé un témoignage de foi, il reste d’eux une empreinte de leur passion pour la vie ; il n’y a qu’à visiter ce cimetière : il est plein de messages qui chantent la vie et la foi en Jésus ! Leur témoignage est notre héritage ; il nous faut le transmettre. Ces tombes disent, tout comme je le fais par la prédication, que Christ est le Seigneur de la vie, le Seigneur des vivants et des morts. Les cimetières sont vides !

L’appel de la parole à ressusciter avec Christ retentit maintenant dans le silence de cet endroit et attend notre réponse. Que nous pensions ce matin à notre vie, à notre mort ou à celle des nos bien-aimés, nous sommes appelés à confesser Christ comme notre vie. Lui le Seigneur des vivants et des morts ! AMEN !