Le sermon du lendemain

Lundi 27 mars 2017

"Guérison d'un aveugle"

Jean 9,1-41

Jean 9.1-41

1 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » 3 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! 4 Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; 5 aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
6 Ayant ainsi parlé, Jésus cracha à terre, fit de la boue avec la salive et l’appliqua sur les yeux de l’aveugle ; 7 et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce qui signifie Envoyé. L’aveugle y alla, il se lava et, à son retour, il voyait.
8 Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaient l’habitude de le voir – car c’était un mendiant – disaient : « N’est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9 Les uns disaient : « C’est bien lui ! » D’autres disaient : « Mais non, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais l’aveugle affirmait : « C’est bien moi. » 10 Ils lui dirent donc : « Et alors, tes yeux, comment se sont-ils ouverts ? » 11 Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, m’en a frotté les yeux et m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” Alors moi, j’y suis allé, je me suis lavé et j’ai retrouvé la vue. » 12 Ils lui dirent : « Où est-il, celui-là ? » Il répondit : « Je n’en sais rien. »
13 On conduisit chez les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14 Or c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il m’a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé, je vois. » 16 Parmi les Pharisiens, les uns disaient : « Cet individu n’observe pas le sabbat, il n’est donc pas de Dieu. » Mais d’autres disaient : « Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d’opérer de tels signes ? » Et c’était la division entre eux. 17 Alors, ils s’adressèrent à nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? » Il répondit : « C’est un prophète. » 18 Mais tant qu’ils n’eurent pas convoqué ses parents, les autorités juives refusèrent de croire qu’il avait été aveugle et qu’il avait recouvré la vue. 19 Elles posèrent cette question aux parents : « Cet homme est-il bien votre fils dont vous prétendez qu’il est né aveugle ? Alors comment voit-il maintenant ? » 20 Les parents leur répondirent : « Nous sommes certains que c’est bien notre fils et qu’il est né aveugle. 21 Comment maintenant il voit, nous l’ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l’ignorons. Interrogez-le, il est assez grand, qu’il s’explique lui-même à son sujet ! » 22 Ses parents parlèrent ainsi parce qu’ils avaient peur des autorités juives. Celles-ci étaient déjà convenues d’exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Messie. 23 Voilà pourquoi les parents dirent : « Il est assez grand, interrogez-le. »
24 Une seconde fois, les Pharisiens appelèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » 25 Il leur répondit : « Je ne sais si c’est un pécheur ; je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle et maintenant je vois. » 26 Ils lui dirent : « Que t’a-t-il fait ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux ? » 27 Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà raconté, mais vous n’avez pas écouté ! Pourquoi voulez-vous l’entendre encore une fois ? N’auriez-vous pas le désir de devenir ses disciples vous aussi ? » 28 Les Pharisiens se mirent alors à l’injurier et ils disaient : « C’est toi qui es son disciple ! Nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là, nous ne savons pas d’où il est ! » 30 L’homme leur répondit : « C’est bien là, en effet, l’étonnant : que vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux ! 31 Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs ; mais si un homme est pieux et fait sa volonté, Dieu l’exauce. 32 Jamais on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance. 33 Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » 34 Ils ripostèrent : « Tu n’es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » ; et ils le jetèrent dehors.
35 Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : « Crois-tu, toi, au Fils de l’homme ? » 36 Et lui de répondre : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » 37 Jésus lui dit : « Eh bien ! Tu l’as vu, c’est celui qui te parle. » 38 L’homme dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant lui. 39 Et Jésus dit alors : « C’est pour un jugement que je suis venu dans le monde, pour que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. » 40 Les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais à présent vous dites “nous voyons” : votre péché demeure.

Un texte du jour presque aussi long qu'un sermon. Beau rééquilibrage ! Ce récit est énorme dans tous les sens du termes. Il mériterait que l'on s'y attarde plus profondément. J'ai choisi un angle, laissant de ce fait bien des subtilités, voire des choses essentielles de côté. L'angle choisi est  celui de la question. Près d'une quinzaine posées au long de ces 41 versets. Les disciples, Jésus, les pharisiens, les gens du village, l’aveugle, les parents de l’aveugle, chacun y va de sa question ! Mais à bien y regarder, peu d'entre-elles sont honnêtes, sans arrière-pensées. C'est un festival de questions perverses dont l'intention est de piéger, d'oppresser l'autre et de pourrir l'espace relationnel. Quelques- unes cependant dérogent à la règle faisant entrer la lumière.

Les champions en question

La question des disciples à Jésus : « Qui a péché pour qu’il soit aveugle, lui ou ses parents ? » (v.2) est une question fermée. Elle ne laisse pas de liberté ; elle oblige Jésus à entrer dans une alternative piégeuse.

Question des pharisiens aux parents de l'aveugle : « Est-ce bien votre fils dont vous prétendez qu’il est né aveugle ? » (v.19) Elle traduit la suspicion.

« Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? » (v.17) Question des pharisiens divisés qui cherchent à prendre l'aveugle en otage de leur querelle.

Alors que les questions pièges diffusent ténèbres autour d'elles, la parole de Jésus est d'une nature différente : "Je suis la lumière du monde" (v.5). Elle rompt le cercle infernal de la colère, du jugement et de la peur.

Quand Jésus demande à l'aveugle "Crois-tu au Fils de l'homme ?", la question ne contient ni menace, ni contrainte. Preuve en est la réponse pleine d'une libre spontanéité : "Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?" (v.38).

Spectateurs passifs ?

Le récit nous installant dans le siège confortable du spectateur, il est aisé pour nous de compter les points. Nous distinguons sans peine entre voyants et non-voyants. Le récit nous donne une longueur d’avance. Mais dans la vraie vie, c’est beaucoup moins évident. Sommes-nous sûrs de bien y voir ? Quelle relation avons-nous à nos convictions ?  Comment réagissons-nous quand on s’avise de les mettre en question ? Quant à nos questions, sont-elles empreintes de lumière ou d'obscurité ? Ne sont-elles pas toujours plus ou moins empêtrées dans le piège identitaire ? Interrogeons nos questions !

Au cœur du problème

En quoi les questions des disciples et des pharisiens servent-elles l'obscurité ?

Elles s’intéressent soit à la culpabilité de l'aveugle soit à la transgression du sabbat. Disciples et pharisiens ont un malheureux devant eux et ne voient qu'un problème théologique ou légal. L'aveugle n'est qu'un prétexte pour débattre de prédestination ou de juste observance ! Comme être humain, il n’intéresse personne.

Questionnons-nous face au drame humanitaire qui se déroule sous nos yeux en Méditerranée dans le déplacement de millions de migrants fuyant la guerre en Syrie. On s’interroge sur les causes de cette guerre ; on théorise sur les manœuvres politiques des grandes puissances internationales ; on parle de pétrole, de géopolitique... Mais le drame que représente la mort de 5 enfants syriens avec leurs parents la semaine passée au large des côtes turques sur un canot de fortune nous passionne moins. 

Tels les disciples et les pharisiens des temps modernes, nous cherchons des explications à la souffrance au lieu de la combattre.

Quand bien même aurions-nous des réponses à nos questions, qu’est-ce que ce savoir pourrait concrètement changer à nos vies ? Qu’il y ait une prédestination ou pas ? Qu'il y ait du sens ou du chaos dans le mouvement de l'histoire ?  Absolument rien ! Sauf d'ajouter à nos vies un peu plus d’inertie, de peur, de colère ou d’indifférence et de voter en conséquence !

La maladie ou le remède ?

Le déterminisme ou la rectitude légale n’intéressent pas Jésus. « Ni lui, ni ses parents », répond-il. La vérité est ailleurs. Quand on est malade ce qui est prioritaire, c’est le remède, pas l’histoire de la maladie !

La vraie question qui échappe à tout le monde sauf à Jésus, est : peut-on faire quelque chose pour cet homme ? Cet aveugle est-il condamné à porter sur le lui le signe d’un jugement ? Ne peut-il pas devenir porteur d’un autre signe, un signe de libération et de la grâce de Dieu ? Jésus dit « Non ! » aux déterminismes, aux fatalités qui enferment quiconque dans son histoire. Avec Jésus, une autre histoire commence à s’écrire, avec l’encre de l’Espérance, de la foi et de la liberté.

Il faut changer d’optique ! Voilà ce à quoi nous invite cette histoire d’aveugle. Et pour ce faire, laissons entrer la lumière du Seigneur !

Entrons dans ce dialogue salutaire où nous sommes reconnus et aimés, invités à reconnaître et à aimer à notre tour.

- Crois-tu au Fils de l’homme ?

- Qui es-tu pour que je croie en toi ?

- Je suis celui qui te parle.

Tout est là, notre joie, notre vie et notre vue, dans l’accueil de cette Parole. Que Dieu guérisse nos cécités et remplisse nos vies de sa lumière ! Amen !

Ces pas dans le sable sont ceux des aveugles marchant dans le désert du jugement des autres ou de l'endurcissement. Seigneur délivre-moi des fausses questions et des intentions perverses. Remplis-moi de ta lumière !